Non, jamais nous ne croirons en votre Dieu (des ténèbres) !

Par Saliou Samb

images (1)

Une bataille cruciale se joue actuellement au Mali, un pays partagé entre une junte militaire égarée dans ses ambitions et des islamistes armés qui ont profité du manteau de la rébellion de bien naïfs Touaregs pour faire main basse sur toute la partie nord de ce pays phare d’Afrique noire. Entre une solution politique plus que boiteuse, défendue à la fois par le président burkinabé Blaise Compaoré et les principaux pays occidentaux, et une solution militaire envisagée par les Etats africains, les plus directement menacés par la crise, il faudra faire un choix rapide pour mettre un terme aux souffrances des populations aujourd’hui plongées dans les ténèbres d’un inadmissible obscurantisme.

La situation au Mali s’assimile à la tragédie du crapaud qui voulait être plus gros que le bœuf. Tombouctou, la ville du grand érudit Ahmed Baba (1), construite depuis des siècles sur un mélange d’idéologie islamique et de culture noire, est en train d’être saccagée par des voyous se réclamant de l’Islam. Gao, la ville des Askia, qui, dans le mouvement de Tombouctou,  a embrassé la religion du prophète Mohamed (Psl), souffre actuellement le martyre, du fait des mêmes individus violents dont le seul objectif est de contrôler la pensée de l’Homme. Des villes comme Tessalit et Kidal ne se portent guère mieux pour les mêmes raisons…

Ce qui se joue au Mali dépasse le simple cadre d’une guerre classique entre des individus sans foi ni loi, introduits maladroitement par une « rébellion » interne, et une armée malienne humiliée par tant de défaites militaires. Ce qui s’y joue, c’est un combat pour notre liberté à tous et qui ne saurait être mené par les Maliens seuls. Quand une bande de barbus, dangereusement endoctrinés par des thèses pseudo-religieuses, prône et défend une guerre « sainte » où la petite fille aura peur de se rendre à l’école pour éviter qu’on lui verse de l’acide au visage, où les femmes devront faire plus que se couvrir la tête, emprisonnées qu’elles seront dans une tenue aussi incommodante que ridicule (et qui n’a rien d’islamique !), où les hommes seront forcés à porter la barbe dans une dictature barbare qui contrôle même la longueur des tenues vestimentaires, il est vain de croire aux vertus du dialogue.

Ne sommes nous pas mieux placés pour comprendre le sens et l’enjeu de la liberté, nous, Africains, qui avons souffert de l’esclavage et qui avons subi les affres de la colonisation ?

La totalité des monuments détruits, tous sous la protection de l’Unesco, étaient plusieurs fois centenaires et faisaient la fierté des Africains en général et des Maliens en particulier. Ils nous permettaient, faute de mieux dans cette région ouest africaine, de conserver une partie de notre mémoire collective altérée par des siècles de falsification honteuse.

Au demeurant, la destruction d’aussi importants vestiges de notre histoire procède d’abord d’une volonté manifeste d’imposer aux Africains des 

Au-Mali-des-islamistes-s-en-prennent-aux-mausolees-de-Tombouctou_article_main

codes et une culture qui ne sont pas les leurs. Elle sonne comme une humiliation de plus que nous font subir des personnes qui, non contentes de nous obliger à choisir leur Dieu et leurs prophètes, usent aujourd’hui d’une violence aussi gratuite que bestiale pour effacer notre mémoire. Enfermés dans leurs mensonges (aucune de leurs thèses ne résiste à une vraie critique scientifique !), ces pillards qui savent qu’ils nous doivent tout, n’ont jamais renoncé à leurs velléités expansionnistes, comme cela se faisait au moyen âge. C’est une démarche totalement inacceptable.

Dans leur œuvre destructrice, le mépris affiché par les brigands de Tombouctou devrait sonner chez nous la révolte et nous obliger à nous remettre en cause dans nos relations avec les autres. Nous aurons aussi besoin de clarifier nos rapports avec certains Etats musulmans, clairement identifiés comme les bailleurs de fonds des terroristes islamistes qui pensent imposer la Charia en Afrique. Tant que nous continuerons d’accepter cette attitude condescendante de la part de gens qui ne sont rien d’autres que des mystificateurs du vendredi, notre sort sera celui d’une troupe qu’on grossit à volonté et qu’on mâte pour se faire plaisir. Notre destin d’Africains ne devrait pourtant pas se résumer à suivre la meute comme des êtres qui ont perdu tout sens de la douleur, comme une bande de moutons sans âme qui se contente de subir sans réagir. Le choc des cultures est inéluctable ; nous sommes dans l’obligation de l’assumer pour ne pas que, dans un future proche, une horde de sauvages réduise nos petits enfants  à l’esclavage. Et pour éviter un tel désastre, dans un élan commun, nous devons dire stop à tous ces farfelus qui sillonnent le monde, plastronnant dans différents palaces avec leurs faux complexes de supériorité. Nous devons dire d’une voix ferme et forte et qui aura plus beaucoup plus d’impact sur ce qui leur reste d’humanité qu’une hypothétique intervention militaire, même si cette dernière est vivement souhaitée : allongez vos barbes et raccourcissez vos pantalons mais jamais nous ne croirons en votre Dieu (des ténèbres) !

(1)    Le célèbre savant noir du XVII siècle, Ahmed Baba, fut l’un des plus grands théologiens du moyen âge. Son aura s’étendait bien au-delà de Tombouctou. Il détruisit dans une thèse argumentée la fameuse « malédiction » de Cham, le personnage biblique présenté par l’imaginaire collectif comme l’ancêtre des Noirs. Cham serait un fils de Noé.

Photos : Telegraph, AFP