02 août 2008
DISCOURS DE SARKOZY A DAKAR
Pathétique Monsieur Guaino !
Par Saliou Samb
Nicolas Sarkozy n'était donc pas seul dans sa chevauchée fantastique. Sans doute affecté pas la qualité et la virulence des réactions d'intellectuels africains et européens qui ont suivi la fausse "leçon" administrée à la jeunesse africaine par l'inventeur de "l'immigration choisie", voilà donc le vrai rédacteur du discours controversé du président français, Henri Guaino pour ne
pas le nommer, qui sort de ses gongs pour en remettre une couche. Oui, il faut avoir le "courage" de le reconnaître, "les Africains ne sont pas assez entrés dans l'histoire". Que de fantasmes ! Que de clichés ! Même des lunettes bancales du 19è siècle ne permettent pas une telle lecture de l'histoire, la vraie. La seule.
Nous allons donc faire un effort surhumain pour savoir pourquoi nous ne sommes pas "assez" entrés dans l'histoire en posant des questions au maître à penser de Nicolas Sarkozy (arriérés que nous sommes, nous croyons benoitement que c'est bien ça le rôle d'un conseiller principal d'un président français). Que Monsieur Guaino, malgré la très haute idée qu'il se fait de lui même, veuille bien se donner la peine de répondre à nos questions à nous, les nègres, qui avons tant de mal à comprendre et à embrasser la modernité.
Dites, cher conseiller de Nicolas Sarkozy, qui sont ces Africains qui ne sont pas « assez entrés » dans l’histoire ? L’ancien de la Nasa, Cheikh Modibo Diarra ? Le savant Cheikh Anta Diop ? Le génial poète, académicien, Leopold Sedar Senghor ? L’avocat et homme politique – sans doute l’un des plus respectés au monde -, Nelson Mandela ? Le linguiste, historien et égyptologue Théophile Obenga ? Philip Emeagwali, surnommé "le père de l'internet" par le Times et CNN ? L'historien Joseph Ki Zerbo ? Qui donc, cher monsieur ? En quoi êtes-vous plus dans l’histoire que ces gens là qui ont visiblement, plus que vous, fait accomplir des pas de géant à l’humanité ? C’est quoi l’histoire dans votre entendement ? C'est quoi entrer "assez" dans l'histoire ? Je pense qu'il nous faut un baromètre pour mieux comprendre comment votre génie vous permet de sélectionner les hommes, à la manière d'un Gobineau (l'auteur "de l'inégalité des races humaines") ; d'un côté ceux qui ne sont pas du tout dans l'histoire, de l'autre ceux qui ne sont "pas assez" dans l'histoire, et enfin du haut de votre piédestal, ceux qui, comme vous, sont dans une histoire qu'ils sont libres de faire et de défaire. En tout cas, nous sommes trop en retard pour comprendre votre raisonnement pathétique et nous vous prions humblement d’être beaucoup plus précis.
Il est tout de même sidérant de constater qu’un homme si « bien ancré » dans l’histoire que vous, donc théoriquement très loin de la caricature que vous vous faites du paysan africain, en soit réduit à se (ra)baisser, raser les murs, patauger dans la gadoue pour tenter de blesser ceux qu’il feint de mépriser. A notre avis, de deux choses l’une ; soit vous ne croyez pas vraiment à votre belle et laborieuse légende, soit vous avez un sérieux problème dans votre perception de l’Afrique et des Africains. Ils sont pourtant très nombreux sur ce continent meurtri à ne pas prendre au sérieux ni Nicolas Sarkozy, encore moins un certain Henri Guaino. C’est pourquoi, tous les Africains vous souhaitent bon courage dans vos manœuvres inutiles.
Quoi qu'il en soit, et là nous voulons être plus fermes avec vous, votre réaction anachronique nous prouve au moins que nous n'avons pas la même vision de l'histoire. Quand Hérodote, surnommé "le père de l'histoire" rend hommage dans son livre II (Histoires) à l'Africain, vous avez parfaitement raison de le traiter de menteur. Quand le Comte de Volney s'exclame dans son livre "Voyage en Syrie et en Egypte" en débitant bêtement des inepties du genre "(...)quel sujet de méditation de voir l'ignorance et la barbarie actuelle des Coptes, issus du génie profond des Egyptiens et de l'esprit brillant des Grecs, de constater que cette race d'homme noirs, aujourd'hui notre esclave et l'objet de notre mépris est celle-là même à qui nous devons nos sciences nos arts, jusqu'à l'usage de la parole (...)", il avait sans doute des problèmes de vue. Il exagère quand même ce Volney ! Quand tous ces témoignages de célèbres Grecs (Thalès, Pythagore, Strabon, Diodore de Sicile, Achille Tatius, Aristote, etc), les ancêtres dont vous êtes si fiers, convergent étonnamment dans la description de la race des Egyptiens de l'antiquité, cette nation même qui a civilisé le monde, ça ne peut être que le fruit de l'imagination. Non, tous ces gens-là ont mal vu et vous avez encore raison !
Monsieur Guaino, bien que nous n'ayons nullement besoin de votre opinion pour connaître l'histoire (la nôtre), nous pensons qu'une telle réaction à postériori ne vous grandit pas. Faites un effort "missié", car la recherche scientifique a énormément avancé entre le 19è et le 21è siècle. Oui, nous en sommes conscients, ce serait une offense faite à votre auguste personne que de penser que c'est vous, l'immense Henri Guaino, qui êtes en marge de l'histoire. Ce serait même prétentieux. Ainsi, lorsque le Pr Théophile Obenga, parlant des manipulateurs et de falsificateurs de l'histoire africaine dont vous ne faîtes pas partie (nous vous avons dit que vous avez raison !), affirme que "l'homme faible avance en plein midi", vous être en droit de penser qu'il a évidemment tort...
