PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE
Bye bye Mister Bling Bling !
Par Saliou Samb
Il avait misé sur les divisions des Français, arpenté des chemins tortueux, repris à son compte les thèmes chers au Front national (nation, immigration, sécurité, etc) et promis à ses compatriotes, sans doute pour les amadouer, de relancer une croissance économique plombée par la crise financière. Il y avait mis son style propre, moulé à la fois dans un mélange de démagogie, de mépris, de prétention et de condescendance. Jamais vie privée d’un président de la république française n’a été aussi exposée pour son propre plaisir ! Même Felix Faure, mort en pleins ébats (le 16 février 1899), obligeant sa partenaire d’un après midi à filer à l’anglaise, n’était pas allé aussi loin. A l’heure des comptes, l’homme qui promettait à ses partisans une « France forte » s’est retrouvé, sous les coups de boutoir de son adversaire qu’il a trop longtemps sous estimé, le nez dans la poussière sans comprendre ce qui lui arrive.
De Nicolas Sarkozy, les Français retiendront sans doute l’image d’une personnalité incroyablement agitée, volontariste, s’affichant au Fouquet's quelques heures seulement après son élection, puis bronzant à bord du « yatch d’un ami » et qui aimait à s’adresser à ses interlocuteurs sur un ton de donneur de leçons. Imbu de sa personne, il cherchait surtout à jouer sur les peurs. Les Français se souviendront également d’un président qui a voulu manœuvrer dangereusement pour imposer son fils à la tête du prestigieux quartier de la Défense. Passons, sur le projet de loi sur le « rôle positif de la colonisation » heureusement bloqué à temps. Passons également sur toutes ces décisions concernant la presse publique française cherchant tout simplement à assujettir cette dernière à son pouvoir ! Quid du projet de suppression du juge d’instruction, trop « libre » au goût de Nicolas ?
Les Américains trouveront « méprisable » (qualificatif donné par un éditorialiste du New York times à l’extrême droitisation du discours du désormais ex président français) cette course effrénée aux voix des militants de Marine Lepen. Les Asiatiques se souviendront de ses convictions changeantes dans le bras de fer qui l’a opposé à la Chine. Les Africains, eux, auront beaucoup de mal à oublier le « discours de Dakar », même s’ils ont découvert plus tard que le texte a été rédigé par un « mauvais génie » (son conseiller spécial, Henri Guaino). Evidemment, son ministre de l'intérieur Claude Guéant, l’homme pour qui « toutes les civilisations ne se valent pas » (il fallait oser le dire, sans blague !), taxé d’attaché de presse du Front national par un humoriste français, ne saurait impressionner Guaino au chapitre de boulettes…
Tout au long de sa présidence, Nicolas Sarkozy a en réalité tenté d’imposer une marque confuse : contre l’avis de bon nombre de ses compatriotes, il a reçu à grandes pompes un Mouhamar Kadhafi avant de lâcher quelques mois plus tard le dictateur de Tripoli. L’histoire dira plus tard si cette extension du mandat des Nations Unies était plus une volonté de solder des comptes personnels (1) ou s’il l’a réellement fait pour sauver le peuple de Benghazi. Avec les mêmes honneurs, il a reçu le Syrien Bashar El Assad, celui-là même dont il a dénoncé, durant les derniers mois de son mandat, la boucherie orchestrée contre son propre peuple. Et par la suite, c’était pour faire la leçon à Laurent Gbagbo, quoique ce dernier ne soit pas un modèle.
Sarkozy, l’homme qui voulait nettoyer la « racaille » des banlieues parisiennes, était surtout un sacré personnage qui aimait passer pour quelqu’un qui avait de l’autorité, qui aimait les histoires sans maîtriser les contours des tensions inutiles qu’il provoquait (Islam de France et Islam en France, travail et vrai travail, la liste est trop longue), qui adorait parler d’histoire sans prendre la peine de donner à ce mot tout son sens.
L’échec du 6 Mai est à donc un échec personnel du créateur de l’UMP. Comme les Sénégalais l’ont fait avec Abdoulaye Wade (battu par Macky Sall), ses compatriotes en élisant François Hollande, ont tout simplement voulu lui dire à Sarkozy, ce personnage atypique, aimant la vie, les discours lyriques et feux des projecteurs, « bye bye mister bling bling » !
(1) Le site médiapart à publié un document indiquant que Kadhafi aurait financé la campagne de 2007 de Sarkozy à hauteur de 50 millions d’euros soit deux fois plus qu’il n’en faudrait pour un campagne normale.
LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT ABDOULAYE WADE
Vous y croyez vraiment, maître ?
Par Saliou Samb
Cher maître Wade, je vous adresse ces quelques mots pour papoter un peu avec vous, loin des résultats farfelus de Serigne Mbacké Ndiaye ou de Farba Senghor, du bruit infernal des meetings politiques et du vacarme provoqué par les apprentis sorciers de tous bords. C’est vrai que vous n’êtes pas obligé de m’écouter, mais vous serez mal avisé d’ignorer mes remarques dans ce style bien à vous qui a causé votre perte. Avant de débuter mon propos, maître Wade, il me paraît important de dénoncer l’attitude pathétique de tous ceux qui, autour de vous, vous ont fait croire au père Noël durant cette éprouvante campagne électorale. Ce sont eux les traîtres ! Et je m’en explique.
Enfant, du temps de Léopold Sédar Senghor, lorsque les classiques de Jean de Lafontaine étaient encore rigoureusement enseignés, la fable du corbeau et du renard nous invitait à plus d’humilité dans notre misérable vie. Oui, maître, tout flatteur vit aux dépends de celui qui l’écoute ; vous l’avez oublié, aujourd’hui vous l’apprenez à vos dépends.
A présent, face à la froideur des résultats réels sur le terrain, que valent les gesticulations d’un Serigne Mbacké Ndiaye, les sorties hasardeuses d’un Farba Senghor ou les explications abracadabrantes d’un Iba Der Thiam devant la puissance et la fermeté de la voix du peuple ? Un score provisoire de 32,17%, vous l’avez reconnu vous-même ! Où sont les 53% qu’on vous avait promis « dès le premier tour » pour vous permettre de terminer vos « chantiers » ? Que vous a rapporté cette interprétation à géométrie variable de la nouvelle Constitution sénégalaise dont vous dites être l’inspirateur et dans laquelle vous juriez, face caméra, que vous aviez « bloqué les mandats – présidentiels - à deux » et que pour vous il n’était pas question de vous représenter en 2012 ? Que vous coûte aujourd’hui le départ de tous ces compagnons de lutte pour le Sopi, tout ce pouvoir remis à votre seul fils dans le but d’en faire, en vain, un individu respectable et surtout respecté des Sénégalais ? Que vaut en définitive votre appel lancé au dictateur Mohamar Kaddafi depuis Bengazi, « les yeux dans les yeux » et dans la foulée à Laurent Gbagbo, invitant tous les deux à quitter le pouvoir ? D’ailleurs qu’est-ce qui vous a pris durant toutes ces années de présidence passées à vouloir imposer votre fils à vos compatriotes, là où le bon sens vous commandait de préparer sereinement, dans votre parti, un dauphin qui aurait pu rectifier dans le bon sens ou poursuivre votre œuvre personnelle ?
« Ceux qui peignent les paysages se tiennent dans la plaine pour considérer la forme des montagnes et des lieux élevés ; et pour examiner les lieux bas, ils se juchent sur les sommets. De même, pour bien connaître la nature des peuples, il faut être prince ; pour connaître les princes, être du peuple », disait Nicolas Machiavel. Vous, l’homme du peuple, maître Wade, vous vous êtes terriblement mépris, par vanité et par orgueil, sur l’affection que les Sénégalais vous portent. Je crois que le plus grave dans votre démarche, c’est que durant vos années de règne, je n’ai jamais eu l’impression que vous avez réussi à prendre de la hauteur par rapport aux événements et aux crises que vous avez eu à gérer.
A vrai dire, maître Wade, jamais je n’aurais imaginé un seul instant, au crépuscule de votre vie politique, après vos 26 ans passés dans l’opposition récompensés par 12 ans au pouvoir, que vous en seriez là, sans voix, le regard perdu, cherchant pour justifier votre démarche insensée à vous accrocher aux bras d’insignifiants flagorneurs comme ceux dont vous avez fini par aimer la compagnie.
Maître Wade, votre aveuglement vous a conduit à ruiner votre image auprès de générations d’Africains qui ont tant cru en vous. Vous avez anéanti leurs espoirs placés en votre personne en tentant de manière cavalière, à plus de 86 ans, de vous accrocher à un pouvoir usé, discrédité et décrié. Wax waxett (Ndlr : j’ai dit, je me dédis ! en langue Wolof), qu’est-ce qui vous a pris de plomber ainsi votre campagne électorale et ce qui vous restait de votre capital crédit ?
Attaqué et critiqué de toutes parts dans la perspective d’un second tour, rejeté en bloc par ceux qui ont catégoriquement refusé de voter pour vous (plus de 60% de l’électorat au moins), vous vous obstinez aujourd’hui à continuer à faire dans la diversion, en entretenant l’illusion d’une possible réélection. Franchement Maître, vous y croyez vraiment ?
Maître Wade, je ne vous apprends pas qu’il est très important pour un homme politique de savoir décrypter les signaux négatifs, surtout en fin de règne. Tout comme cela vous a été démontré au premier tour, si vous persistez à vouloir coûte que coûte faire durer un suspense qui n’en est pas un, vous ne susciterez que plus de rejet encore et plus de colère. Aucune œuvre humaine n’est parfaite et de ce point de vue, il vous appartient de tirer les conséquences de votre retentissant échec personnel en prenant la bonne décision qui s’impose désormais à vous. Au premier tour, j’ai l’impression que vous avez seulement été égratigné et ramené fort justement à la raison. Au second tour, soyez convaincu que vous serez humilié.
LA LIBYE DE L'APRES KADHAFI
Vers une "démocratie" des intégristes musulmans ?
"Je sais que la non violence est infiniment plus grande que la violence elle-même. Mais s'abstenir de punir n'a de sens que lorsqu'il existe le pouvoir de punir. Cent mille Anglais ne sauraient effrayer Trois cent millions d'Indiens" (Mahatma Ghandi)
Par Saliou Samb
Les images d'un Kadhafi, décoiffé (tout un symbole), le visage en sang, tenant à peine encore sur ses deux jambes et malmené par une foule sauvage, puis couché à même le sol, comme un mouton ayant subi le supplice de la Tabaski (Eid El Kebir), avant d'être embarqué inerte dans un pick up rebelle, ces images là ont fait le tour de la planète. Au delà de cette scène lamentable, assaisonnée par la rhétorique hypocrite d'une coalition occidentale, se pose le problème d'un continent qui file tout droit dans le mur.
Il ne s'agit pas pour nous de défendre ici un homme que nous avons déjà décrit, à travers les colonnes de ce blog, comme un dictateur illuminé, violent, fantasque et dont le départ du pouvoir était plus que nécessaire : il s'agit de revenir aux principes de base qui permettent de distinguer clairement une société civilisée et une autre plongée dans la barbarie. Oui, par ses méthodes expéditives et cruelles, son égocentrisme démesuré, ses diatribes irresponsables, Kadhafi se comportait comme un être arriéré et complètement déconnecté de la réalité. Mais ceux qui, poussés par le "vent de la liberté et la soif de la démocratie", qui de gaieté de coeur (on revoit encore l'image de ce jeune homme se vantant de l'avoir frappé avec sa chaussure !) ont accepté de le lyncher et qui, une fois les mains couvertes de sang et les visages horrifiés, tentent de rattraper leur bourde en maquillant cette exécution sommaire par "une balle dans la tête" valent-ils mieux que lui ? C'est quoi l'intérêt de capturer un prisonnier de guerre aussi important qui devait s'expliquer sur sa gestion de la Libye (attentats terroristes, rébellions en Afrique, etc) et d'organiser une séance de torture pour l'exécuter sans jugement, sans saisir l'opportunité de lui démontrer que le meilleur des mondes est un monde libre ? Pourquoi les soldats du CNT se sont montrés aussi violents alors qu'ils avaient bel et bien le pouvoir de punir Kadhafi et sa clique ? Ces questions méritent d'être posées tant l'assassinat du dictateur libyen est à la fois suspecte, lâche et inadmissible.
Que ceux qui croient encore en ce Conseil national de transition (CNT) se préparent à déchanter : ces gens-là, quoique courageux et volontaristes ne feront pas l'affaire de la Libye. Et les indices pour appuyer la thèse de l'échec de la "révolution" ne manquent pas. Ils vont des déclarations dangereuses de Moustapha Abdeljalil, interdisant les banques classiques (pratiquant "l'usure"), à sa décision rappelant qu'aucune loi autre que celles inspirées de la Charia ne sera acceptée en Libye et sans oublier celle annonçant pompeusement le retour de la polygamie. Sans blague ! Et les thuriféraires de la "démocratie", ces défenseurs occasionnels des "droits de l'homme", parviennent encore à garder le sourire. Pourtant, nul besoin de dire que sans imposer un émirat islamiste, ces mesures semblent chimériques au 21è siècle...
A notre avis, le plus pire est à venir car, à côté, la Tunisie tend les bras aux islamistes d'Ennahda et personne ne serait étonné de voir l'Egypte, avec son armée aux moyens démesurés, tomber sous la coupe des Frères musulmans. De quel moyens disposerait une Afrique subsaharienne (excepté le Nigeria et l'Afrique du sud) face à la forte pression d'Etats aussi puissants régis par la Charia quand ces derniers voudront exporter leur loi au-delà de leurs frontières ? Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que le pouvoir algérien s'est montré très réservé vis à vis du CNT en rappelant le passé islamiste de la plupart de ses ténors (Ndlr : un ancien directeur des services de renseignements français n'avait réussi à obtenir que 14 noms sur les 40 qui composaient à l'époque la liste des nouveaux maîtres de la Libye, le reste étant sciemment dissimulé par le CNT). En clair, "nous ne sommes pas avec Kadhafi, mais nous n'avons pas confiance dans votre capacité à gérer un état démocratique en préservant un minimum de respect des droits de l'homme". Depuis que la cacophonie s'est installée autour du départ du fou de Tripoli, c'est à notre sens la position la plus intelligente de la part d'un pays africain directement touché par la crise libyenne.
C'est à partir de là que l'on mesure toute l'étendue de l'échec en Libye de la politique de l'Union africaine (UA), notre organisation fantoche qui, tout au long du "printemps arabe" - annonçant finalement un hiver glacial -, a voulu gérer une "affaire de famille". C'est cette approche pathétique et frileuse, pendant que l'OTAN formait sa coalition, pendant que l'ONU faisait voter une résolution autorisant la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne et des frappes ciblées pour "préserver la vie des civils" (la ficelle était trop grosse), qui est aujourd'hui à la base de le drame qui risque de se dérouler sous nos yeux, en Afrique du nord.
Au nom d'une certaine intangibilité des frontières, nos minuscules chefs ont préféré préserver leurs relations tumultueuses avec un Kadhafi ingérable à la bonne décision qu'il fallait prendre à l'époque, dès après les premières frappes aériennes occidentales, à savoir lâcher le dictateur de Tripoli pour accélérer sa chute dans la dignité. Une décision qui aurait eu au moins le mérite de permettre à l'UA de garder la main...
Après une telle faute de prévision, comment l'organisation continentale va parvenir à influencer le cours des choses en Libye ? Comment va-t-elle rendre sa voix plus audible que celles d'un Sarkozy et sa perception du "paysan africain" (discours de Dakar), d'un Berlusconi empêtré dans ses histoires de moeurs, surtout après avoir fermé les yeux sur les humiliations subies par les négro-africains à Tripoli, Bengazi, Misrata, etc ? A moins d'une brouille avec leurs alliés occidentaux, aggravée par d'éventuelles erreurs de Abdeljamil et ses compagnons de lutte dans la gestion de la société libyenne, qui obligeraient le CNT à faire appel à l'étranger pour éteindre des tensions en Libye, on voit mal comme notre organisation continentale va empêcher les islamistes de faire main basse sur ce pays stratégique. Voilà où nous en sommes : l'histoire s'est encore une fois déroulé sous nos yeux et, même si cela est très insuffisant, nous ne pouvons rien faire d'autre que croiser les doigts et prier.
PS : Photo prise par un journaliste de l'AFP à travers des images filmées à partir d'un téléphone portable
Affaire DSK-Nafissatou Diallo
Abandon des poursuites contre DSK au-delà du « doute raisonnable » ?
Par Saliou Samb
Le procureur de l’Etat de New York, Cyrus Vance a décidé d’abandonner les poursuites pénales contre l’ancien directeur général du Fonds Monétaire International, Dominique Strauss Kahn, accusé par la Guinéenne Nafissatou Diallo d’agression sexuelle et de tentative de viol. Le juge Michael Obus a logiquement accepté sa requête, prononçant un non lieu. Malgré ce retournement de situation, de nombreuses zones d’ombre planent sur les motivations de la décision d’un procureur déjà en campagne pour sa réélection.
La communiste Marie George Buffet ne s’y est pas trompée : seul un procès aurait pu dénouer les secrets de la suite 2806, celle où Dominique Strauss Kahn a commis son « acte sexuel précipité » (« the defendant engaged in a hurried sexual encounter with the complainant » selon la version originale de la requête formulée par Vance à l’attention du juge Obus).
Pour obtenir un abandon des poursuites, le procureur a motivé sa requête en fustigeant les « mensonges répétés » de Nafissatou Diallo sur son itinéraire en Guinée, sur son entrée aux Etats Unis, sur les conditions d’obtention de sa green card et subsidiairement sur les versions différentes de l’incident donnée par la plaignante.
La jeune femme aurait selon les services de Vance soutenu – faussement –, sous serment, qu’elle avait subi un viol collectif en Guinée de la part de militaires puis menti à la fois sur ses revenus et sur le nombre de ses enfants pour bénéficier de logement moins cher de la part des autorités américaines. Elle serait également entrée aux Etats Unis en utilisant un visa obtenu par une autre personne.
La goutte d’eau qui a fait déborder la coupe de vin du procureur serait, selon Vance, les différentes versions données par la Guinéenne pour raconter le même incident : elle aurait menti aux enquêteurs en changeant sa version des faits relatifs à l’accusation d’agression sexuelle et de tentative de viol.
« Lors de ces premiers entretiens avec les procureurs et la police, qui ont enquêté sur les détails de l’incident ainsi que sur la situation et l’histoire de la plaignante, la plaignante est apparue honnête. Son compte-rendu de l’incident était convaincant, et, comme elle l’a répété à plusieurs reprises aux inspecteurs et procureurs de l’unité spéciale aux victimes, il était matériellement cohérent », affirme pourtant le procureur dans sa requête adressée au juge.
« Des preuves montrent enfin que la plaignante n’avait pas connaissance au préalable du séjour de l’accusé à l’hôtel, ce qui lui aurait permis d’organiser une rencontre entre eux, et qu’elle est entrée dans la suite de l’accusé pensant qu’elle était vide. D’autres preuves étaient cohérentes avec l’idée d’une relation sexuelle non-consentie entre la plaignante et l’accusé », souligne-t-il plus loin.
A ce propos, Vance faisait-il état du premier rapport médical qui concluait au « viol » - terme utilisé dans le texte après l’examen médical de la plaignante – pour justifier son état de choc ?
Dans une telle ambiance, lorsque les substituts du procureur ont découvert la fameuse conversation où la Guinéenne, s’adressant à un trafiquant de drogue en prison (sans doute sa plus grave erreur vu le contexte), aurait dit « ne t’en fais pas, je sais ce que je fais, ce type a beaucoup d’argent », les yeux des avocats de Strauss Kahn ont dû briller de joie…
A propos de ces derniers, il est important de rappeler qu’après avoir dénoncé initialement des « affabulations », laissant entendre de manière laconique dans une premier temps que leur client était « innocent » et qu’une éventuelle relation sexuelle avec une femme de chambre n’était qu’une invention, ils ont changé de tactique en affirmant que le dossier était « très très défendable », avant de plaider pour une « relation sexuelle consentie ».
Car en définitive, en dépit de leurs fanfaronnades, les avocats de DSK n’ont fait que chercher et trouver la bonne stratégie dans un pays comme les Etats Unis : mettre au placard le vrai débat (y a-t-il eu acte criminel ou pas ?) et tenter de discréditer la plaignante pour obtenir éventuellement un non lieu (ce qu’ils ont réussi malgré l’activisme de Me Kenneth Thompson, l’avocat de Nafissatou). S’il s’agissait d’une affaire autre qu’une tentative de viol dénoncée par une personne sans défense en indexant un homme riche et puissant, le dénouement n’aurait pas aujourd’hui les allures d’un drame…
Tout compte fait, cet épisode pathétique met au grand jour les rapports réels existant entre les riches, puissants et célèbres et ceux qui ont trimé sang et eau de leur village natal pour joindre péniblement la capitale de leur pays avant de passer par des chemins tortueux pour se rendre en Occident, là où tous les moyens sont bons pour se tirer d’affaire, là où l’on utilise les méthodes les plus malhonnêtes et les plus déloyales pour se tirer d’affaire. Imaginez un seul instant que Nafissatou Diallo ait bel et bien été victime d’agression sexuelle et de tentative de viol ! Imaginez un seul instant que les premiers articles du fumeux New York Post soient les bons (le journal a titré en grande Une le Perv -le pervers - par allusion à DSK) et que les derniers soient la conséquence de la manœuvre habile des avocats de l’ancien directeur général du FMI ! Dans ce cas, on aurait en face une pauvre petite femme paumée, victime d’un acte inadmissible et naufragée d’un système où le mensonge est « banni » (quelle hypocrisie !).
Aujourd’hui, le même New York Post, toute honte bue, appelle à l’expulsion de Nafissatou Diallo qui, soit dit en passant, risque fort de perdre son travail. Il est vrai qu’une telle situation arrangerait le tabloïd, celui-là même qui avait taxé, sans preuve tangible, la femme de chambre de « hooker » (racoleuse ou prostituée, c’est selon).
Dans mes enquêtes qui m’ont mené jusqu’à Thiacoulé, le village natal de Nafissatou, perdu au milieu de nulle part, quasiment inaccessible, sans eau courante, sans électricité, sans téléphone, j’avais eu très tôt la conviction que la bonne paysanne, devenue femme de chambre ne pouvait pas se retrouver dans un pays aussi structuré et aussi bien organisé que les Etats Unis, sans faire ce que font neuf Africains sur dix (et dans les mêmes proportions pour les Européens qui tentaient de s’installer aux Etats unis après la seconde guerre mondiale), c’est à dire mentir sur leur histoire. Mais personne ne pouvait imaginer que monsieur Vance aurait préféré sa carrière déjà bancale avec ce retentissant fiasco judiciaire (Si DSK est innocent, il a quand même été menotté, humilié, obligé de déposer sa démission du FMI et rayé de la liste des présidentiables français !) à un procès qui aurait au moins eu le mérite de nous dire la vérité sur ce qui s’est passé dans la suite du Sofitel.
De même, alors que les premiers articles du New York Times mettant en lumière les « mensonges » de Nafissatou venaient de paraître, je me suis entretenu avec une Américaine, New Yorkaise, ancienne responsable de l’ambassade des Etats Unis d’Amérique en Guinée. Sa réponse donnait déjà un clair aperçu de la suite des événements : « je crois que Nafissatou est effectivement victime d’agression sexuelle et de tentative de viol, mais dans le système judiciaire américain, le mensonge est fatal ». Bref, la partie semblait perdue mais le tintamarre qui a entouré l’affaire DSK était tellement grand que ce non lieu donne un amer goût d’inachevé…
CRISE IVOIRIENNE
Gbagbo, le Seigneur n'était pas obligé...
Par Saliou Samb
Les images parlent d'elles mêmes. D'un côté, le nouveau président ivoirien Alassane Drahmane Ouattara, le port altier, debout, avec en arrière plan un aide de camp et le drapeau de son pays ; de l'autre un Laurent Koudou Gbagbo affichant une moue désespérée et sa femme Simone, étrangement muette, quelques minutes à peine après leur capture, envahis dans leur chambre de l'hôtel du Golf par leurs propres "ennemis". Ainsi passent les plus grandes gloires du monde...
On se demande encore quelle mouche "mystique" a piqué Gbagbo et ses soutiens pour se lancer dans une aventure aussi insensée que celle de confisquer le vote de leurs compatriotes, contre vents et marées, au point d'engager une guerre qui a fait tous ces morts (des centaines, selon les premiers chiffres rendus publics par les ONG et les Nations Unies). On se demande bien quelle lumière a jailli à la face de l'ex chef de l'état ivoirien, pour l'amener à transformer un simple scrutin présidentiel en véritable guerre urbaine, avec chars et roquettes. Que pouvait-il espérer ? Vaincre par les armes la CEDEAO, l'Union Africaine, l'ONU, les Etats Unis, la France, la quasi totalité des Etats du monde, alors qu'il ne contrôlait plus à peine que 3 quartiers au sixième jour de l'offensive des Forces Républicaines ? Mâter la "rébellion" avec ses proches parents incorporés dans l'armée aidés par des jeunes "patriotes" totalement ignorants du métier des armes ou pensait-il avec des mots, une négation systématique de la réalité ou en se murant dans la prière, avoir une chance de chasser le "diable", voir des éclairs jaillir du ciel pour foudroyer la Licorne, l'Onuci, les FRCI et tous les responsables du RHDP ? Que nenni ! Le Seigneur avait effectivement choisi son camp mais ce n'était pas celui de Laurent et Simone qui, ces derniers jours, ont passé le plus clair de leur temps à l'implorer...
En choisissant une voie sans issue, l'ancien homme fort d'Abidjan n'a pas seulement mis en danger et ruiné l'avenir de sa famille et ses proches (et leurs familles). Il a détruit l'oeuvre de toute une vie (l'acceptation de la démocratie en Côte d'Ivoire) et, le verra-t-on sans doute plus tard, le fondateur du Front populaire ivoirien (FPI) donne ainsi au nouveau pouvoir le prétexte de démanteler légalement tous les noyaux de soutiens dont il disposait non seulement au sein de la société ivoirienne mais également dans l'armée. Ces bastions auraient pourtant pu lui être d'une très grande utilité s'il avait accepté le verdict des urnes et endossé ses habits d'opposant qui lui vont si bien. Alassane Ouattara aurait eu toutes les difficultés du monde à gouverneur un pays où l'opposition, dirigée par un ancien président, pèse 46% des voix et dispose d’appuis incontournables au sein de l'appareil militaire. Quel aveuglement ! D'ailleurs, que restera-t-il de Gbagbo après la purge qui s'annonce ? Au-delà de toutes ces vies sacrifiées pour un résultat aussi désastreux, voilà l'oeuvre la plus absurde de Koudou.
Avec le recul, on pourrait même se poser des questions sur les convictions d'un homme qui disait lutter pour un peuple
qu'il a affamé et privé de services les plus élémentaires, préférant... acheter des armes. Durant toutes ces années de braise, pendant lesquelles on a plus disserté à propos de charniers, de meurtres prémédités, de tentatives d'assassinats, d'escadrons de la mort, du massacre de nombreux membres de la famille de l'ancien putschiste Robert Gueï (y compris Gueï lui-même abattu de sang froid), de disparitions des journalistes Jean Hélène et Guy André Kieffer, l'ex président ivoirien a recueilli les impôts et taxes payées par les Ivoiriens pour préparer "sa" dernière guerre. En d'autres termes, voilà un homme qui, à un certain moment de sa vie, a cru qu'il a été élu (de Dieu ?) pour prouver qu'il est "courageux". Nous n'en sommes plus certains après sa capture humiliante...
Nous avons le témoignage du journaliste Venance Konan qui raconte ce que Gbagbo disait de Slobodan Milocevic, à l'époque engagé dans une guerre similaire contre le monde entier. C'était en 1999. Le voici : « Koudou Laurent, que ne t’a-t-on pas dit? Que ne t’a donc pas enseigné l’histoire que tu professas? Te rappelles-tu ce que tu dis un jour de Slobodan Milosevic? Tu lui dis, lorsque lui aussi voulut défier son destin: «Où croit-il pouvoir aller? Croit-il qu’il aura raison contre le monde entier? Lorsque dans un village tout le monde voit un pagne en blanc et que vous êtes seul à le voir en noir, c’est que vous avez un problème.» Te souviens-tu de cette phrase que tu prononças à Adzopé (ville du Sud de la Côte d’Ivoire) en 1999? Pensais-tu vraiment pouvoir à ton tour défier le monde entier et avoir raison? Que t’est-il donc arrivé, Laurent? Est-ce le pouvoir qui t’a obscurci l’esprit ? Est-ce ton épouse Simone et sa cohorte de pasteurs aux regards de Raspoutine qui t’ont entraîné sur cette voie jonchée de cadavres? »
Le Seigneur n'était donc pas obligé de céder aux caprices d'un homme à la conscience aussi tranquille que Gbagbo, le "socialiste religieux". Il avait pour lui et sa connaissance de l'histoire et le pouvoir de décider. Désormais, reclus dans une chambre d'hôtel, avec pour uniquement compagnon sa femme, il n'a plus rien du tout.
PS: Le titre est inspiré du livre de feu Ahmadou Kourouma, "Allah n'est pas obligé"
CRISE IVOIRIENNE
Gbagbo, le diable et l'illusion du pouvoir
Par Saliou Samb
Jusqu'au bout, et comme il fallait s'y attendre, Laurent Gbagbo est resté fidèle à sa logique absurde, consistant à s'accrocher au pouvoir par tous les moyens. Excédés par la lenteur de la réaction de la communauté internationale, les anciens rebelles des Forces Nouvelles, appuyés par des soldats de l'armée régulière, ont lancé sous le nom de Forces Républicaines l'assaut contre les fidèles de l'ex président ivoirien : la guerre que l'on craignait tant est de retour en côte d'Ivoire.
La Radio télévision ivoirienne (RTI) diffusant des images non datées de Gbagbo, les traits tirés et la chemise devenue trop ample pour lui, devisant "sereinement" avec le premier cercle de ses proches : la scène ressemble à un adieu. Malgré une courageuse - et non moins désespérée - résistance de son cercle le plus fidèle, l'ancien homme fort d'Abidjan finira bien, dans un temps que l'on espère le plus court possible, par plier.
L'historien qui a imposé la démocratie en Côte d'Ivoire, redoutable bête politique reconnue par tous les observateurs, si proche de son "peuple", semble avoir perdu le sens des réalités et a visiblement fait le choix de semer le chaos dans son pays. Son rival, lui, a d'ores et déjà endossé ses habits de chef d'état en prenant les premières décisions prouvant que la réalité du pouvoir commence à changer de camp. Pour leur part, sans doute pressées d'en finir avec le boulanger d'Abidjan, loin des discours pompeux sur les droits de l'homme, les chancelleries occidentales jubilent en sourdine, tout en s'étonnant de la détermination de ce qui reste de "l'armée de Gbagbo".
Nous pensons qu'au mieux, l'ancien président ivoirien parviendra à se tirer de la nasse en fuyant le pays (très improbable) ou rejoindre par on ne sait quel moyen sa base arrière de l'Ouest et organiser sa résistance sous forme de guérilla. Au pire, il se fera soit capturer et livrer à la Cour Pénale Internationale (CPI), soit, hypothèse hautement probable, tuer et faire courir le risque de dangereux affrontements interethniques à la Côte d'Ivoire comme cela s'est passé en 1994 dans un pays comme le Rwanda...
La leçon qu'on pourrait tirer de cette sale guerre est pourtant loin des cadavres déchiquetés, d'un discours aussi anachronique que démagogique du camp Gbagbo ou d'une simple victoire électorale du camp d'Alassane Ouattara.
Il s'agit de trouver à l'avenir les mécanismes qui permettront d'éviter ces incessantes humiliations infligées à l'Afrique par des leaders qui veulent construire l'avenir avec le regard et les méthodes du passé.
C'est cette vision étriquée des choses qui a conduit Gbagbo à s'enfermer comme une huître, accepter de se faire manipuler par un entourage intéressé, laver le cerveau par des extrémistes religieux qui ont fini par lui faire croire qu'il était un "prophète", voire carrément le bon Dieu fait homme.
Ouattara, lui même, quoique plus modéré et plus pragmatique dans son propos, ne semble pas être à l'abri d'une telle dérive puisque dans son cercle de proches qui s'agite, se retrouvent de gros caïmans qui n'ont qu'une idée en tête : imposer une certaine hégémonie dans le pays de Felix Houphouet Boigny quitte à prendre le risque de déclencher d'autres guerres si d'aventure celle-là venait à vite s'achever.
Construire une nation forte en soutenant un groupe ethnique ou religieux contre un autre est une gageure. Refuser d'accepter l'autre parce qu'il est différent, sous n'importe quel prétexte fallacieux, au mépris de ses droits les plus élémentaires, est consacrer son propre échec moral.
La haine entretenue en Côte d'Ivoire a, depuis près d'une vingtaine d'années, plus profité aux politiciens sans scrupules ou aux journalistes véreux, bien calés dans les canapés en cuir de leurs salons feutrés, qu'aux laborieuses populations qui, aujourd'hui, fuient les combats, errant de bleds en bleds et déchirées par la guerre.
Au sortir de cette tragédie, et avant d'ensevelir la montagne de cadavres qui doit peser sur leur conscience, les Ivoiriens doivent comprendre que tous les extrêmismes sont à bannir, quels que soient leurs motivations, leurs prophètes et leurs relais.
Car, entre les conseils fumeux du diable (qu'il soit dans le cerveau, dans le pantalon ou ailleurs) et l'illusion du pouvoir, ceux qui, comme Nelson Mandela, veulent garder des traces indélibiles dans l'histoire, savent se placer bien au-dessus de la bassesse des hommes et de la futilité de leur vanité.
PHILOSOPHIE
Les Grecs ne sont pas les précurseurs de la philosophie
Par Jean-Phillipe Omotunde (source : Africamaat)
Pourquoi cache-t-on le testament des Grecs anciens relatif à leurs sources d’inspiration intellectuelles ? Ceux qui disent aimer la philosophie devraient aussi apprendre à aimer ses sources.
Le dogme eurocentriste de l’origine grecque de la philosophie
La plupart des manuels occidentaux font du « nombrilisme » historiographique : nous et nous seuls ! Toute idée de collaboration internationale ou de diffusion de savoir entre peuples à l’époque antique est abordée en filigrane et pas question de développer cet aspect de l’histoire de l’humanité.
Alors à ce petit jeu pervers, voilà le berceau originel de la pensée philosophique mondialearbitrairement greffé en Europe. La Grèce serait donc l’épicentre de cette « nouvelle » dynamique intellectuelle vers une période historique s’étalant entre le VIè et le Vè siècle avant J-C.
Certains historiens n’hésitent d’ailleurs pas à y voir un avènement de la raison dans le monde, voire une invention européenne de la raison et plus globalement, de la pensée. De fait, la définition même de la philosophie s’en trouve profondément erronée et malheureusement appauvrie... En guise d’exemples, prenons quelques déclarations tirées de divers ouvrages. Ainsi, emporté par son élan eurocentriste, l’historien de la philosophie François Châtelet déclare ceci [1] :
"Je crois qu’on peut parler d’une invention de la raison. Et pour comprendre comment la philosophie a pu surgir comme genre culturel nouveau, je choisirai de me référer à une situation privilégiée : la Grèce classique. Ce n’est pas que je crois que toute philosophie soit grecque. Mais il est clair que la Grèce a connu, pour des raisons contingentes, historiques, des événements tels que des hommes ont pu faire apparaître ce genre original qui n’avait pas d’équivalent à l’époque".
Ainsi, la philosophie serait encore selon Hegel, mais aussi Heidegger, une invention spécifiquement et proprement européenne (sic). A ce titre, dans une conférence célèbre faite à Cérisy-la-Salle (Normandie) en Août 1955 sur le thème "Qu’est-ce que la philosophie ?", le philosophe allemand Martin Heidegger (1889-1976) a donné la définition suivante :
"Le mot philosophia nous dit que la philosophie est quelque chose qui, d’abord et avant tout, détermine l’existence du monde. Il y a plus : la philosophia détermine aussi en son fond le cours le plus intérieur de notre histoire occidentale-européenne. La locution rebattue de « philosophie occidentale-européenne" est en vérité une tautologie. Pourquoi ? Parce que la "philosophie" est grecque dans son être même ; grec veut dire ici : la philosophie est dans son être originel, de telle nature que c’est d’abord le monde grec et seulement lui qu’elle a saisi en le réclamant pour se déployer... La philosophie est grecque dans son être propre ne dit rien d’autre que : l’Occident et l’Europe sont, et eux seuls sont, dans ce qu’a de plus intérieur leur marche historique, originellement "philosophiques".
C’est ce qu’attestent la naissance et la domination des sciences. C’est parce qu’elles prennent source dans ce qu’a de plus intérieur la marche historique de l’Occident européen, entendons le cheminement philosophique, c’est pour cela qu’elles sont aujourd’hui en état de donner à l’histoire de l’homme sur toute la terre l’empreinte spécifique. [...] La langue grecque n’est pas simplement une langue comme les langues européennes en ce qu’elles ont de bien connu. La langue grecque, et elle seule, est logos » M. Heidegger, "Qu’est-ce que la philosophie ?", [2]
Pour le philosophe africain Yoporeka Somet [3], ce que veut dire ici Heidegger au sujet de la langue grecque, c’est qu’elle est la seule (parmi les langues européennes et à plus forte raison parmi les langues du monde) à pouvoir exprimer adéquatement la rationalité. D’où son fameux jeu de mot entre logos (raison) et legein (recueillir) : la langue grecque serait le réceptacle de la raison ! Ceci autorise François Châtelet à écrire, tout naturellement et donc sans avoir à s’expliquer, que : "la philosophie parle grec. On a eu raison de le redire après Heidegger".
C’est par ce type de pétition de principe [4], au racisme à peine voilée, que commence le premier chapitre du premier volume de sa monumentale histoire de la philosophie, publiée en 8 volumes chez Hachette !
En 1921, Sir Thomas Heath publiait un classique intitulé "L’histoire des mathématiques grecques" dans lequel il lançait :
"De plus en plus d’efforts sont entrepris pour établir une juste appréciation et une claire compréhension des dons que les Grecs ont faits à l’humanité. Ils n’ont pas seulement été des précurseurs. Ce qu’ils ont entrepris, ils l’ont porté au sommet de la perfection et n’ont en cela jamais été surpassés. De toutes les manifestations du génie grec, aucune n’est plus impressionnante ou n’impose d’avantage le respect que celle que nous révèle l’histoire des mathématiques (...) Les Grecs, plus que tout autre peuple de l’Antiquité, possédait l’amour de la connaissance pour la connaissance ; chez eux il se ramenait à un instinct, une passion. Les Grecs étaient une race de penseurs".
Les Grecs étaient une "race de penseurs", quelle blague. Ils n’ont cessé de pourchasser voir même tuer leurs propres penseurs.
Ainsi, les anciens révèlent que c’est à Thalès que l’on doit le mot "philosophie". En effet, Thalès à qui les Grecs disaient qu’il était un "Sophos" (sage) répondit qu’il était plutôt un "Philo" (ami) "Sophos" (de la sagesse). Le philosophe grec est donc en principe, un "ami de la sagesse". Vu les monstrueuses déclarations de Platon et d’Aristote sur l’esclavage, nous nous permettons d’en douter !
La volonté manifeste de mentir
Toutes ces déclarations visant à démontrer l’origine exclusivement européenne de la philosophie, seraient valables, si et
seulement si, les Grecs anciens (Hérodote, Strabon, Platon, Diodore de Sicile, Jamblique, Plutarque, Hécatée d’Abdère, etc...), dans leur testament historique sur les origines de leur savoir, avaient confirmé cette origine européenne. Hors il n’en est rien !
On peut alors objectivement se demander, quelle est la nature du complexe ou de la volonté de puissance qui pousse 99 % des historiens occidentaux à travestir les faits, lorsqu’ils abordent les origines de la philosophie. C’est à dire, quelle est l’idée cachée qui les poussent à écrire des choses qui ne sont absolument pas conformes aux déclarations de leurs propres ancêtres, car une telle chose demeure tout simplement exceptionnelle dans l’histoire de l’humanité !
Voyons ensemble quelques déclarations léguées par les Grecs.
Le propre disciple de Pythagore (580 - 500 avant J. C. environ), à savoir Jamblique, raconte dans la biographie qu’il consacre à son maître que ce dernier ayant entendu parlé du mathématicien et philosophe phénicien Thalès de Milet (640 - 547 avant J. C. environ) décide d’aller le rencontrer pour lui proposer de devenir son disciple. Lors de leur rencontre relatée par Jamblique, Thalès lui apprend que tout ce qu’il sait, il le doit aux prêtres noirs de l’Egypte et l’invite à y aller sur le champ, s’il veut un jour devenir comme lui un "philosophos" : [5] :
"C’est ainsi que Thalès l’accueillit avec joie et ayant admiré sa supériorité par rapport aux autres jeunes gens, ayant reconnu qu’elle était plus grande et dépassait même la réputation qui l’avait précédé, il lui donna part à toutes les connaissances dont il disposait et invoquant sa propre vieillesse et sa faiblesse, il l’exhorta à cingler vers l’Egypte et à aller rencontrer tout particulièrement les prêtres de Memphis et Diospolis, c’est d’eux en effet, que lui aussi disait-il, avait acquis le bagage qui lui avait valu auprès du vulgaire le nom de sage (...)
C’est pourquoi il se rendit auprès de tous les prêtres, s’instruisant auprès de chacun d’entre eux sur tout ce en quoi chacun d’eux était sage. Il passa ainsi 22 ans en Egypte dans le secret des temples à s’adonner à l’astronomie et à la géométrie et à se faire initier non pas superficielement ni n’importe comment, à tous les mystères des dieux (...) Pythagore acquit en Egypte la science pour laquelle on le considère en général comme savant".
"C’est d’eux en effet, que lui aussi disait-il, avait acquis le bagage qui lui avait valu auprès du vulgaire le nom de sage", (sophos)... par cette phrase, Pythagore, Jamblique et Thalès reconnaissent ici ouvertement que la philosophie, loin d’être européenne, à pour essence l’Afrique et plus particulièrement, l’Egypte.
Ce fait était reconnu par tous les Grecs, tel l’orateur athénien Isocrate (436 - 338 avant J. C.), qui nous apprend que la philosophie vient effectivement de l’Egypte et a été introduite en Grèce par Pythagore. Pour lui, même le nom "philosophie" vient d’Egypte. Ainsi sur Pythagore il écrivit [6] :
"Pythagore de Samos, venu en Egypte et s’étant fait le disciple des gens de là-bas, fut le premier à rapporter en Grèce toute philosophie".
Venons-en à Thalès. Ce dernier qui faisait partie des 7 Sages de la Grèce est aussi mentionné par Platon qui confirme son initiation égyptienne à la philosophie [7] :
"Thalès, fils d’Examyas, de Milet, Phénicien d’après Hérodote. Il porta le premier le nom de Sage (...) Il reçut en Egypte l’éducation des prêtres ".
L’écrivain grec Diogène Laërce (300 après J. C.) nous confirme encore que les connaissances de Thalès en matière d’astronomie, de philosophie et de géométrie lui viennent encore d’Egypte :
"Il (Thalès de Milet) n’eut point de maître, excepté le fait que lors de son séjour en Egypte, il vécut auprès des prêtres". [8].
Et pour prouver qu’à l’unanimité, les Grecs désignaient le continent africain comme lieu d’émergence de la pensée, Plutarque (50 - 125 après J. C.) dans son ouvrage "Traité sur Isis et Osiris", dédié aux deux principales divinités égyptiennes, prend à témoin tous les sages de la Grèce :
"C’est ce qu’attestent unanimement les plus sages d’entre les Grecs, Solon, Thalès, Platon, Eudoxe, Pythagore et suivant quelques-uns, Lycurgue lui-même, qui voyagèrent en Egypte et y conférèrent avec les prêtres du pays. On dit qu’Eudoxe fut instruit par Conuphis de Memphis, Solon par Sonchis de saïs, Pythagore par Enuphis l’Héliopolitain" .
Il est donc consternant de voir qu’en 2007, l’information historique distillée dans les manuels à propos de l’histoire de l’humanité, reste encore fortement emprunte de romantisme historique, de fables voir d’idées n’ayant rien à envier à l’idéologie coloniale véhiculée par le modèle d’approche historique eurocentrique dit "Modèle Aryen" qui veut arbitrairement que seules les expériences humaines européennes soient frappées du sceau de l’universalité. Telle est la dérive philosophique du monde occidental aujourd’hui. [9].
Quel était donc le statut du sage ou du philosophe Africain de la période pharaonique ?
Les Grecs ont clairement avoué que leurs maîtres en matière de philosophie étaient les prêtres Kamits de l’Egypte ancienne. Je dis « kamits » parce qu’ils les ont décris comme tels : "Ils ont la peau noire, les cheveux crépus et descendent des Ethiopiens installés dans le sud du pays".
En Grèce, Thalès a défini le philosophe comme étant un "ami de la sagesse". Mais cette déclaration est incomplète, vide de sens et sans saveur. Pourquoi ? Pour le comprendre, il faut d’abord percer le mystère de la sagesse égyptienne.
Selon une définition proposée par l’égyptologue africain Mubabinge Bilolo, "du point de vue africain, la philosophie est mrwt-n-maât « l’amour de la vérité » ; vérité prise au sens de ce qui est vrai, de la connaissance, de la justice, de la solidarité, de la rectitude, de l’ordre et de la balance (...) L’amoureux de la maât est hm-n-maât « serviteur-de-la-maât". [10]..
Le prêtre égyptien se définit donc comme un "Serviteur de l’ordre, de la vérité, de la justice, de l’équité, de la sagesse divine, de l’harmonie universelle, de la rectitude et de la connaissance divine", à savoir "Mâat". Il considère que les paramètres de sa sagesse ont été définis à l’aube des temps par Dieu lui-même.
Ce que l’on appelle vulgairement "10 commandements" en raison de l’épopée de Moïse l’Africain, relève en fait des 42 vertus cardinales de Mâat, dans la tradition africaine de la période pharaonique. Ces 42 commandements étaient prononcés par le défunt lors de son passage dans laPlace de la Vérité (salle du jugement) où les divinités de l’Egypte allaient devant Mâat, constater si ce dernier avait réellement vécu conformément aux principes divins énoncés par Mâat, c’est à dire, s’il avait respecté à la lettre les 42 commandements divins de Dieu. Dans le cas contraire, il n’accède pas au paradis et disparaît" (A ce sujet, voir sur le site le texte sur "la Place de la vérité", rubrique religion).
Donc la philosophie africaine est "mrwt-n-maât", (mérout n mâat) c’est à dire, « Amour de la vérité, de la justice selon la vision divine ». Outre l’aspect théorique ou purement intellectuel, il y a là une dimension éthique de la sagesse, que se doit précisément de cultiver le sage.
De ce double point de vue, le sage, au sens africain, est non seulement un "Serviteur de la vérité-justice" "Hm-n-maât", mais aussi, au sens moral du terme, un « Grand », « Wr » en égyptien [11].
Dans ce sens précis, l’historien africain Cheikh Anta Diop est bel et bien un « Wr », comme l’a bien noté l’artiste Seva (Ibrahima Ndiaye) sur la stèle qui lui est dédiée devant l’IFAN à Dakar. Cheikh A Diop est qualifié de « ndty wr n t3w kmw », à savoir de "Grand protecteur des nations nègres".
Les mensonges historiques perpétrés sur l’origine réelle de la philosophie, poussent le professeur Bilolo à déclarer que "nous avons constaté que la plupart des philosophes sont anti-maâticrates, ennemis de la vérité-justice. Ils sont au service du mensonge et de jsft« l’iniquité" [12].
"Isefet" apparaît ici clairement comme étant le contraire de Mâat, c’est à dire le mensonge, l’injustice, le désordre, l’hypocrisie, la falsification, la méchanceté, l’iniquité et les serviteurs d’Isefet, les "Isefetiou", sont décrits par les Egyptiens, tout simplement comme étant au service du désordre ! Quelle est donc la faille incommensurable de la philosophie grecque qui fait qu’elle demeure incomplète, imparfaite et incapable d’être un appui réel pour remédier à la dévire idéologique et philosophique des occidentaux ?
Les Grecs ne lui ont pas donné d’éthique, c’est à dire qu’ils n’ont pas fixé clairement les limites de leur sagesse (frontière claire entre le bien et le mal, le juste et l’injuste, l’humanisme et la barbarie). D’origine nomade et guerrière, la société grecque était profondément individualiste, machiste (patriarcat) et esclavagiste (Platon et Aristote nous ont d’ailleurs légué des déclarations fumantes destinées à justifier l’esclavage dans leur cité).
Il fallait donc délimiter des "vertus cardinales" voir fixer une éthique, en dehors des préoccupations de la cité, pour pourvoir ensuite les faire appliquer et modifier ainsi, le comportement des hommes et non pas accommoder les vertus de la sagesse aux us et coutumes quelques peu tendancieuses des cités grecques pour finalement obtenir une soupe "sans saveur", au sens du respect de la personne humaine (femme, enfant, étranger).
C’est exactement la même démarche que l’on retrouve dans le comportement des divinités grecques qui empruntent aux hommes tous leurs vices. Cette vision est quelque peu inachevée ou incomplète.
Certes les pythagoriciens ont énoncé des principes. Mais ils sont souvent assimilés à des superstitions. "Tels sont ceux-ci : Ne mangez pas dans un char. Ne vous asseyez pas sur le boisseau. Ne plantez point de palmier. Ne remuez pas le feu avec l’épée dans votre maison", nous révèle Plutarque.
CONCLUSION :
Lorsque l’on aime la philosophie ou la sagesse, on se doit d’apprécier et de révéler les sources de la sagesse.
Aujourd’hui, le schéma suivant lequel l’histoire de la philosophie est le plus souvent présentée dans nombre de manuels est donc celui-ci : la philosophie commence en Grèce avec les présocratiques, événement qu’on ne manque pas de saluer comme « un miracle » (sic).
Ce qui dispense d’avoir à s’interroger sur l’origine du savoir des présocratiques. Mais pire que cela, cette notion absurde de « miracle grec en philosophie » permet d’occulter le témoignage même des présocratiques ainsi que des historiens de l’Antiquité sur leur dette reconnue à l’égard des Egyptiens.
Un exemple, parmi d’autres, de la façon dont cet « oubli » de la source du savoir grec a été construit est fourni par l’historien de la philosophie Emile Bréhier.
La deuxième édition de son Histoire de la philosophie datée de 1938 est précédée d’un « Premier Fascicule Supplémentaire » dans lequel Paul Masson-Oursel traite successivement de l’Asie occidentale, de l’Egypte, de la Mésopotamie, de l’Iran, l’Inde et la Chine, comme autant de sources d’inspiration possibles des Grecs.
Or dans les rééditions actuelles du livre de Bréhier, aux PUF/ Quadrige, chacun peut constater que le « Fascicule » de Masson-Oursel a purement et simplement disparu pour laisser place aux présocratiques !
Pourquoi cette ablation ? La démarche de Masson-Oursel est-elle à ce point indigne d’intérêt ou contraire à la déontologie de la réflexion philosophique ? Dans ce cas, pourquoi ne pas le soumettre à l’examen critique qui devrait être au fondement de toute démarche réflexive, au lieu de l’en écarter sans bruit ?
Quoiqu’il en soit, voici le sens que Masson-Oursel donne lui-même à sa démarche, et qui ouvre l’avant-propos de son livre :
« L’ouvrage auquel font suite les pages que nous présentons ici, est une histoire de la philosophie de notre civilisation occidentale.
Personne aujourd’hui ne peut plus croire que la Grèce, Rome et les peuples de l’Europe médiévale et moderne aient seuls possédé une réflexion philosophique.
D’immenses foyers de spéculation abstraite ont été allumés, ont même brillé d’un vif éclat, dans d’autres sections de l’humanité. A vrai dire, comme jamais ces divers foyers ne furent aussi séparés qu’on l’a supposé naguère, il faut reconnaître que la pensée de notre Occident ne se suffit pas à elle-même : son explication historique exigera qu’on la replace dans un vaste milieu humain, car la seule histoire qui puisse être vraie serait l’histoire universelle.
Le présent livre a pour objet de situer la philosophie occidentale dans l’ensemble de la pensée humaine, en tant que celle-ci se laisse étudier historiquement.."
Voilà une démarche beaucoup plus honnête !. Notre volonté de replacer l’Afrique dans l’historiographie Universelle et notre démarche de nous appuyer sur des faits et des documents concrêts pour combattre l’égocentrisme "racial" européen, dévoile notre désir de bâtir une nouvelle humanité, plus humaine, plus solidaire et moins prédatrice.
Références bibliographiques :
1] Cf. Une histoire de la raison, Entretiens avec Emile Noël, Paris, Seuil, 1992, p. 17
[2] in Questions II, p. 321 et p. 326, Tel Gallimard
[3] Pour découvrir sa brillante analyse sur les origines égyptiennes de la philosophie, en plus de cet article, merci de consulter le dernier numéro de la revue Ankh
[4] Le dictionnaire Larousse définit la pétition de principe comme « un raisonnement vicieux consistant à tenir pour vrai ce qui fait l’objet même de la démonstration ».
[5] Cf. Vie de Pythagore, éd. Les belles lettres, 1996
[6] Cf. Busiris
[7] Cf. République, X, 600 a. Scolie
[8] Cf. Diogène Laërce, Vies, Thalès
[9] Pour découvrir toutes les déclarations des Grecs anciens, lire l’ouvrage de Jean Philippe Omotunde, l’Origine négro-africaine du savoir grec, éditions Menaibuc
[10] Cf. M. Bilolo, « L’idéal du progrès historique en Egypte ancienne », in Ankh, n°4/5, Juillet 1996, p. 73-90
[11] Dans Parenté génétique de l’égyptien pharaonique et des langues négro-africaines, p. 341, Cheikh Anta Diop montre comment cette dimension morale de l’égyptien Wr a subsisté dans le terme walaf Wër qui signifie aussi bien « grand au sens moral » !
[12] M. Bilolo, « L’idéal du progrès historique en Egypte ancienne », in Ankh, n°4/5, Juillet 1996, p. 73-90.
CRISE LIBYENNE
Lâcheté des leaders africains ou rançon de la cupidité ?
Par Saliou Samb
La répression sauvage en Libye n'a pas seulement montré la face hideuse d'un colonel iconoclaste que tout le monde a qualifié de fou : elle a aussi révélé la lâcheté de nos dirigeants de camelote, anesthésiés par cette cupidité qui n'a d'égale chez eux que leur irresponsabilité.
Ce ne sont pas seulement des Libyens qui sont morts dans cette entreprise surréaliste du dirigeant libyen, cherchant vaille que vaille à s'accrocher à un pouvoir qui lui glisse résolument entre les doigts, et qui traite ses compatriotes de "rats" et de "terroristes". Selon plusieurs témoignages concordants, des milliers d'Africains assimilés à des mercenaires venus à la rescousse du régime libyen, sont menacés de mort. Les plus malheureux ont d'ailleurs été lynchés par une foule en colère, incapable de discernement dans une situation aussi confuse.
Au même moment, l’apathie, voire la complicité des régimes d’Afrique au sud du Sahara, semble si évidente qu’on a du mal à l’expliquer. Pourquoi une telle attitude ? Pourquoi un tel degré de lâcheté ? La raison est simple : soit la plupart nos petits chefs pensent en ce moment à la tirelire trouée du Guide décoiffé, soit le reste du groupe de comédiens professionnels qui nous dirigent, beaucoup plus nombreux, font une fixation sur les propos dangereux de ce démagogue indécrottable qui est parvenu à se convaincre qu’il a le pouvoir de se régénérer, de renaître tout seul de ses cendres, au milieu des corps calcinés de ses compatriotes, des gravas et des bâtiments détruits. Tel ce "sorcier" vivant dans une misère affligeante mais qui promet monts et merveilles à ceux qui viennent consulter sa science !
Pourquoi Kadhafi ne se prendrait-il pas pour Dieu le père pendant que nous y sommes, d’autant plus qu’au cours de ces dernières années, c’est à peine si les costumes et grands boubous de nos leaders à plat ventre ne remplaçaient pas le tapis rouge de l’Union africaine (sa "créature") pour accueillir le "Grand Guide" ?
Nos – indignes - "rois" l’ont intronisé "Roi des rois", nos populations affamées l’ont accueilli comme un messie, ses hôtels, ses hôpitaux et ses grands chantiers ont poussé un peu partout à travers ce continent de la main tendue (voir aussi le post « Notre Khadafi qui est sur terre ») où il y a une énorme et scandaleuse confusion dans la compréhension des notions d’Etat et de pouvoir. "Le peuple qui ne m’aime pas ne mérite pas de vivre !" ; la logique du colonel fou est claire.
A partir de là, il est important de se poser certaines questions sur la volonté des Africains de se faire respecter à travers le monde. C’est quoi un gouvernement qui n’a pas le courage de condamner les actes d’un homme aussi cruel qui bombarde son propre peuple dans le simple but de se maintenir au pouvoir ? C’est quoi un "chef d’Etat" qui, au mépris des règles démocratiques, n’ose pas dénoncer le soutien ouvert de Kadhafi à de nombreux mouvements de rébellion qui minent l’avenir de ce continent ? A quoi sert-il d’avoir un Etat incapable de prendre à temps, sans faiblesse et sans hésitation toutes les mesures qui s’imposent pour sauver la vie de ses citoyens en danger dans un pays dirigé par un sanguinaire ? A quoi sert l’Union africaine si c’est pour continuer à organiser des séances de chants à la gloire d’un homme qui méprise tous ses membres ? C'est quoi cet abandon d'initiative des Africains quand on sait que se joue en Libye l'une des plus grandes mutations du monde de ces dernières années ? Evidemment, nos dirigeants préfèrent laisser le temps faire son oeuvre, espérant - vainement - qu'il leur sera favorable.
Pourtant, un jour - que nous espérons très proche - viendra où, les mêmes personnalités, libérées de leurs entraves, se rueront comme des vautours sur le cadavre d’un homme fait de chair et de sang, incroyablement incohérent dans ses discours, à la santé mentale douteuse. Ce jour-là, nos petits chefs auront au moins le "courage" indien de dénoncer sa "dictature"…
DICTATURES ET REVOLTES POPULAIRES
La Liberté est au-dessus de tout
Par Saliou Samb
J’ai lu avec beaucoup d’attention un article publié dans le journal français Le Point intitulé « Monde arabe, la théorie des dominos ». Une belle analyse que vous pouvez consulter en cliquant sur le lien suivant http://www.lepoint.fr/monde/analyse-monde-arabe-la-theorie-des-dominos-03-02-2011-135513_24.php. Je me suis aussi amusé à lire les réactions (et je vous invite à les lire). Certaines sont d’une insipidité affligeante. Je me suis donc amusé à envoyer mon point de vue sur cette question à la fois brûlante et déterminante pour l’avenir du monde. Merci d’avance pour vos réactions.
On voit déjà cette bande de thuriféraires aux échines si souples qu'ils se croient déjà à l'abri. De leurs ordinateurs fixes et autres PC dernier cri, ces grands penseurs fixent les règles à la place de leurs compatriotes (sans blague), pourtant ensevelis sous une montagne de misère, mais si heureux d'aimer "leur" roi. On voit aussi, les grands théoriciens de la "stabilité économique" et "de la croissance accélérée", minimiser les graves humiliations, violations de droits de l'homme et autres faits révoltants commis sous les yeux de cette prétendue classe supérieure, arriviste, corrompue et méprisante.
Mais tous ces efforts visant à élaborer un discours commode, aseptisé ou tout au moins permettant à certains individus, à la conscience aussi tranquille qu'un volcan en éruption, de voir l'avenir en rose et le maintien du statu quo sous prétexte que ceux qui sont méprisés, oubliés, avilis à longueur de journée sont "heureux", sont évidemment vains. Car, dans sa nudité et sa cruauté, la réalité est toute autre.
La liberté est au-dessus de tout, et que les thuriféraires m'en excusent, au-dessus des forces de leur monarque dont la seule apparition permet de trouver une solution définitive à leurs problèmes. Fausse illusion.
Ce qui s'est passe en Tunisie et qui est en cours en Egypte, au Yemen, en Jordanie, et peut-être demain en Algérie, en Syrie, en Libye, bref dans toutes ces dictatures bancales qui profitent des peuples, ne peut être un fait isolé. Cela est surtout valable pour la grande majorité des pays africains, y compris le Maroc, d'Asie mais également de l'ex URSS. La liberté doit être la règle et la soumission l'exception. Aucun argument, qu'il soit religieux, culturel, politique, ne saurait justifier l'absence de liberté et de l'Etat de droit dans un pays civilisé du 21è siècle. Le philosophe dirait : "la liberté, c'est l'homme. Même pour se soumettre, il faut être libre. Pour se donner, il faut être à soi".
Evidemment, un tel idéal a un revers de la médaille : il ne doit surtout par profiter aux illuminés, qu'ils soient fondamentalistes de tous bords ou extrémistes. Mais le plus important est que tout se passe dans un cadre démocratique, pacifique et civilisé. L'histoire est en marche et ce ne sont pas les angoisses des anciens mentors des dictatures (Etats Unis, France, Portugal, Espagne, Angleterre, etc), les voeux pieux, gesticulations désespérées et autres mouvements de menton capricieux qui vont casser cette dynamique plus que positive. Quel bonheur pour les opprimés ! Quelle victoire pour les laissés-pour-compte, avilis, méprisés, humiliés par de vils individus accrochés comme des sangsues à leur pouvoir ! Quelle humiliation pour tous ces "visionnaires" de pacotille qui ont tout anticipé et "vu" sauf leur propre déchéance ! Ainsi va la vie : plus rapide et plus fulgurante est l'ascension, plus dure sera la chute, qu'on se nomme Ben Ali, Moubarak, Bachar El Assad, Poutine, Mohamed VI ou... Mobutu. Les peuples se sont réveillés : il n'appartient plus qu'aux dictateurs d'ouvrir les yeux.
CRISE IVOIRIENNE
Comédie africaine
Par Saliou Samb
Les Ivoiriens qui se sont déplacés massivement pour placer leurs bulletins de vote dans l'urne le 21 novembre dernier peuvent prendre leur mal en patience. L'Union africaine, sous la pression de l'Afrique du sud de Jacob Zuma, de l'Angola d'Edouardo Dos Santos et de l'Ouganda de Yoweri Museveni, a accepté de mettre en place un collège de chefs d'Etats pour trouver une gentille solution à la très sérieuse crise ivoirienne. Les apprentis dictateurs qui doivent prochainement remettre leurs mandats en jeu, se frottant les mains, peuvent s'exclamer Alléluia !
Il y a cela de désespérant en Afrique : toutes nos énergies, toute notre science de la dictature, du rétropédalage et des faux fuyants, toute notre vision de l'Etat et du pouvoir, nous servent, quand il s'agit d'affronter la réalité des crises politiques majeures, à prouver au reste du monde que nous adorons la comédie.
Nos illustres dirigeants, avec cette bonne foi si légendaire qu'on leur connait, ont décidé de déplacer le théâtre africain en pleine capitale éthiopienne. Après une réflexion intense, profonde, aussi mûre que celle de ce barbon affamé, oublié dans un village abandonné, eh bien nos immenses chefs ont accouché de l'idée lumineuse de "remettre la balle au centre" sur le terrain ivoirien, pour emprunter l'expression du président de la commission de l'Union Africaine (UA), Jean Ping.
Il est vrai que les merveilleux acteurs que sont Zuma, Dos Santos et Museveni nous ont habitué à des déclarations ou des attitudes très "responsables" sur la meilleure méthode de se prémunir du sida après une relation sexuelle non protégée (Zuma), sur la justification de l'expulsion de milliers de frères africains (Dos Santos) ou sur la démocratie (Museveni). Ils crèvent même l'écran, pardon le plancher !
Le problème, c'est que ce plancher, placé trop haut, risque de s'écrouler sur tous ces visages illuminés par tant de génie, et que ce farniente de mauvais goût devrait logiquement galvaniser tous ces petits Néron régnant, comme leur modèle préféré, sur des Etats aux institutions faibles et sonner définitivement le glas de la démocratie en Afrique.
Est-il nécessaire de rappeler que plus de 80% des Ivoiriens ont participé à l'élection présidentielle, ce qui donne une légitimité incontestable à celui qui a été désigné par la majorité de ses compatriotes, c'est à dire Alassane Ouattara, aux yeux de l'écrasante majorité des observateurs locaux, africains et étrangers dont le sérieux ne saurait être si facilement remis en cause par le perdant ?
Vouloir, par amitié, par sympathie, par faux nationalisme ou par n'importe quel autre subterfuge (françafrique, néocolonialisme et j'en passe), masquer cette réalité pour donner une bouffée d'air aux vrais responsables de la crise post-électorale dans ce pays respectable n'est pas loin de la plaisanterie. Que vient chercher et quelle leçon un mauvais acteur comme Sarkozy et son fameux discours de Dakar ou ceux qui lui ressemblent pourraient donner à une Afrique qui se respecte et qui respecte ses institutions ? Mais comment éviter une immixtion opportuniste de celui-là même qui aurait mieux fait de s'occuper des propres problèmes en France quand des "juges" comme Paul Yao Ndré ont du mal à mesurer le poids de leur responsabilité face à l'histoire ?
Nous avons observé, le coeur meurtri, des personnalités africaines de renom s’époumoner vainement dans la défense de l'arrêt de la Cour constitutionnelle ivoirienne et tomber dans le piège tendu par le Boulanger d'Abidjan mais, sur ce coup-ci, Koudou a utilisé une farine aussi mauvaise que cette comédie africaine, dont il est le metteur en scène, et qui pourrait déboucher sur une véritable tragédie.
Comme le recommande le code électoral ivoirien, pourquoi Ndré ne s'est pas montré juste en annulant purement et simplement l'élection présidentielle, si à ses yeux, le scrutin était entaché d'irrégularités de nature à en compromettre la sincérité ? Le vrai débat est là.
En ce qui nous concerne, nous croyons fermement que s'il faut à tout prix éviter la reprise de la guerre en Côte d'Ivoire (quelle soit une rébellion ou, passez moi l'expression une "force légitime"), nos gentils petits chefs doivent déployer la même énergie pour ramener Laurent Gbagbo à la raison ou, à défaut, lui imposer la règle de la démocratie qui veut que quand on accepte d'organiser des élections, on doit accepter de les perdre. Tout simplement.

