08 décembre 2008
Quand les médias dérapent...
Anes blancs, ânes noirs Par Claude Ribbe Voici le landernau germanopratin qui se démène. Et les ânes bâtés habituels de se mettre à la queue leu leu pour venir donner leur coup de pied à leur collègue fait aux pattes. J'espère que ma réaction était attendue. En tout cas, la voici. Quand on commence ses études de philosophie, on apprend que les sens sont trompeurs, que croire n’est pas savoir, qu’un bâton plongé dans l’eau paraît brisé alors qu’il ne l’est pas, que la couleur n’est pas dans les choses, mais dans la lumière qui se pose sur les objets. La nuit, tout est gris, tout est noir. Les ânes et les vaches aussi. Si on éteint la lumière, la jeune fille n’est plus «noire» et le journaliste n’est plus «blanc». Un enfant de sept ans en déduira avec justesse que ce n’est pas parce qu’une jeune fille a la peau d’une couleur a priori différente de la mienne qu’il y aurait des groupes humains qui différeraient par la couleur de leur peau. Gageons que ce journaliste n’a pas été un très bon élève en philosophie et qu’en disant tout haut ce que malheureusement beaucoup pensent tout bas, il a perdu une bonne occasion de se taire. On a tous des idées aberrantes qui nous passent par la tête. C’est humain. Mais, à l'analyse, on s'aperçoit facilement qu'elles sont absurdes. Cela s'appelle réfléchir. Quand on exprime à la télévision une idée fausse en soutenant qu’elle est vraie, évidemment, on peut s’attendre à des réactions, même si cette idée fausse est largement partagée chez les ignorants, qui sont toujours majoritaires, donc flattés par les politiques, ne l’oublions jamais. À la « sacralisation » des races de la période nazie aurait succédé, toujours selon ce journaliste, une «négation» des races propre à la période contemporaine. À lire les journaux les plus réputés comme Le Monde (on a vu les réactions de Véronique Maurus lorsque je m’étonnais de la majuscule au substantif « noir » ou « blanc »), on n’a pas le sentiment, pourtant, que la période contemporaine soit une période de négation de l’idée de « race humaine ». Bien au contraire. Cette idéologie de la "race", communément admise du début du XIXe siècle à la fin du XXe, simplement pour donner une justification morale à l’esclavage puis à la colonisation, semble au contraire revenir en force sinon dans les mentalités du moins dans les médias. Cette fois pour donner une justification morale à l'ordre économique et politique mondial. Et c’est justement là que la réaction indignée contre les propos du journaliste, simple épiphénomène, est intéressante. Dire que l’affirmation de l’existence de "races humaines" est raciste est une évidence pour toute personne un peu éduquée, une absurdité pour les ignorants, toujours prompts à l'invective lorsqu'ils sont pris en flagrant délit de bêtise. On pourrait même dire que le racisme, heureusement, n’est à peu près que cela : la croyance naïve aux "races". Donc on peut en sortir. Je ne prendrai même pas la peine d’invoquer les scientifiques qui, depuis plus de trente ans, ont démontré que l’idée de "race humaine" était dépourvue de toute valeur. Qu'on relise le discours du Pr Ruffié lors de son entrée au collège de France en 1975. En fait, le débat n’est pas scientifique mais philosophique. Il est donc extrêmement sain que, grâce à ces propos de journaliste, qui révèlent un manque évident de réflexion et de culture, ce qui n’est pas rare chez les journalistes auxquels on tend le plus souvent les micros de la démagogie « idiot-visuelle », une réflexion durable s’engage enfin. Bien au-delà de la polémique, toujours éphémère. Grâce à ce journaliste, qu'il faut peut-être finalement remercier, des contradicteurs prennent enfin conscience de ce que je ne cesse justement de répéter depuis des années dans mes livres et sur mon blog : l’idée de "race humaine" est raciste. C’est le racisme même. Le journaliste pris à partie était invité à parler de la question du "métissage" et il déclarait, non sans une certaine logique, que s’il n’y a pas de "races humaines", la question du "métissage" n’a pas de sens et qu'on peut clore le débat. On pourrait s’interroger, en effet, sur la manière donc ceux qui avaient organisé l’émission voyaient, eux, les choses. Bien sûr que l’idée de "métissage" suppose implicitement une croyance aux « races humaines ». « Métis » vient du latin mixtus et renvoie à l’idée de mélange de deux éléments différents. S’il n’y a pas de « races humaines », donc pas de différence malgré les apparences, il ne peut évidemment y avoir de mélange. Si les responsables de l'émission avaient fait ce raisonnement enfantin, ils auraient choisi un autre titre. Le journaliste a eu le malheur d’exprimer ce que pensent la majorité des Français. Soixante douze pour cent des Français, pour être précis. Les chiffres nous sont donnés par le sondage annuel de la commission nationale consultative des droits de l’homme, une institution salutaire, méconnue et sous-utilisée, au sein de laquelle j'ai eu l'occasion de siéger pendant trois ans. J’ai d’ailleurs moi-même participé activement au pilotage de ce sondage, donc à l’examen des questions posées. La discussion avec les techniciens de l’institut chargé de l'enquête fut parfois des plus savoureuses. Certains d’entre eux pensaient, comme le journaliste, que l’idée de « race humaine » allait de soi et que « noir c’est noir »... Pour revenir au sondage (publié par la Documentation Parmi ceux qui ont crié haro sur le journaliste, on trouve curieusement des personnes dont le fonds de commerce était jusqu’alors lié à l’idée de « race humaine » et qui semblent à présent virer de bord à 180°. Tant mieux ! Il faut être cohérent : on ne peut pas d’un côté valider l’existence d’un groupe humain fondé sur la couleur de l'épiderme et, de l’autre, s’en prendre à ceux qui disent exactement la même chose. Celui qui affirme croire aux races et dont la peau est plus claire ne peut pas être stigmatisé par celui qui dit la même chose mais se croit autorisé à le faire parce que sa peau est plus sombre. Il y a des ânes blancs et des ânes noirs. J’engage donc à la prudence ceux qui voudraient donner à cette affaire une suite judiciaire. Il est évident que le journaliste, devant un tribunal, ne manquera pas de faire remarquer que la partie civile est mal placée pour l’accuser si elle dit exactement la même chose que lui. Il soutiendra également que la notion de « race humaine » est inscrite dans la constitution française (article 1) et dans tous les textes antiracistes. Enfin, la proportion des Français qui croient aux races (72 %) doit être identique chez les magistrats et chez les journalistes. Donc le résultat attendu n’est pas garanti. J’ajoute qu’en France, aussi bizarre que cela paraisse, aucune loi - non absolument aucune ! - ne stigmatise le fait de se déclarer raciste. Si quelqu’un affirme demain à la télévision qu’il est raciste, qu’il n’a pas peur de le dire, qu’il l’assume, les bien-pensants auront beau engager des poursuites, aucun texte ne sera applicable. On ne tombe sous le coup des lois antiracistes que si l’on s’en prend à un groupe supposé, ce qui n’est pas le cas en se déclarant habilement raciste dans l’absolu. Alors que faire ? On se souvient que Stéphane Pocrain, auquel j’avais posé exactement la même question que la jeune fille de l’émission de télévision a posée au journaliste mis en cause – à savoir : « Qu’entendez-vous par « noir » ? » - m’avait rétorqué avec aigreur : « Je ne suis pas votre élève ! ». C’est vrai que j’ai longtemps enseigné la philosophie, parcourant chaque année des dizaines de milliers de kilomètres sur des routes parfois fort enneigées pour aller parler de Descartes ou de Spinoza à des adolescents a priori peu motivés. Tout cela pour un salaire de misère et pour rentrer épuisé après des cours toujours improvisés pour être plus vrais. Mais je ne regrette pas ces années de jeunesse consacrées, au fond de la province, à l’éducation des jeunes esprits. Plutôt que de stigmatiser l’ignorant, il me semble toujours plus simple d’essayer de l’éduquer. Beaucoup de mes anciens élèves ont aujourd’hui l’âge du journaliste incriminé. J’ai la quasi-certitude qu’ils font, pour la plupart, partie des 23 % qui ne croient pas aux « races humaines ». J’en appelle à présent aux parlementaires, aux politiques. Qu’attendent-ils pour supprimer le mot de « race » de notre constitution et voter des deux mains la proposition de loi Lurel portant remplacement du mot « race » par celui d' « origine » ? Qu’attendent-ils pour supprimer ce mot dépassé (et abominable) de « race » des textes antiracistes répressifs ? Qu’attendent-ils pour déposer une proposition de loi réprimant l’apologie du racisme et combler ainsi un vide juridique surprenant ? Nous sommes à la veille du soixantième anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme qui eut lieu à Paris le 10 décembre 1948. Or, soixante ans plus tard, le racisme est resté non seulement l’une des atteintes les plus graves aux principes de l’humanité, mais l'une des principales causes de discrimination. Ce serait le bon moment, me semble-t-il, pour que le gouvernement français, en souvenir de René Cassin (l'initiateur de la déclaration de 1948) déclare enfin la guerre au racisme. D’abord en s’efforçant, une bonne fois pour toutes, de définir de quoi on parle - ce qui pourrait être l’objet d’un rapport que je suis prêt à rédiger en urgence après avoir auditionné tout le monde, y compris le journaliste aujourd'hui cloué au pilori– ensuite en prenant des mesures rapides pour en finir. Le ministère de l’Éducation nationale pourrait donner l’exemple en intégrant clairement dans les programmes - philosophie, sciences naturelles, histoire, littérature –un enseignement spécifique, de sorte qu’on ne puisse plus, au XXIe siècle, sortir de l’école en débitant des âneries sur les prétendues « races humaines ». Il appartient aussi au CSA de veiller au grain. Les programmes de télévision ne doivent plus être l’occasion, comme c’est trop souvent le cas, d’une apologie du racisme. Le propos même de l'émission où s'est exprimé le journaliste fauteur de polémique était le "métissage". En choisissant un titre pareil, en invitant un journaliste connu pour ses écarts de langage et en ne mettant pas en face de lui de contradicteur capable de le remettre en place une fois pour toutes, les responsables de l'émission ont pris des risques, pour ne pas dire plus. On remarquera que je n'étais pas invité, que je ne suis jamais invité dans ce type d'émission alors que j'aurais peut-être des choses à dire. Je vois d'ailleurs dans cette attitude systématique, qu'il faut bien appeler une censure, le plus bel hommage à mes qualités médiatiques (dont je ne suis au demeurant pas très fier). On sait trop que le journaliste incriminé aurait eu du fil à retordre en m'ayant en direct en face de lui. Pour ceux qui aiment le spectacle, je suis d'ailleurs prêt à le démontrer quand on veut sur n'importe quelle chaîne, posément, avec des arguments, ce qui serait plus intéressant, j'en suis sûr, qu'un procès ridicule. Il suffirait d’être un peu plus vigilant au moment de la nomination des responsables de l’audiovisuel public et tout irait beaucoup mieux. De bons patrons de chaînes ne laisseraient pas longtemps des incapables notoires à la direction des programmes. De bons directeurs des programmes ne confieraient pas des émissions à des crétins incultes. Et de bons responsables d'émission n'inviteraient pas systématiquement n'importe qui pour parler n'importe comment de n'importe quoi. Des dispositions devraient rapidement être prises pour assurer l’égalité effective entre Français. Des mesures concrètes qui ne seraient pas fondées sur les préjugés mais reconnaîtraient une évidence : Ceux qui sont aujourd’hui les victimes des discriminations racistes n’ont pas forcément la même couleur de peau ni la même religion ni la même origine ni la même culture mais se trouvent être, tous sans exception aucune, les descendants des esclaves de jadis et des indigènes de naguère. Qu'on y réfléchisse un peu et on trouvera facilement les solutions.
Un journaliste - dont la différence avec moi n'est pas la mélanine mais qu'il dispose, lui, d'une tribune sur France Ô... - avoue dans une émission de télévision, non sans une certaine naïveté, qu’il croit - comme tout le monde, pense-t-il - aux « races humaines ». La jeune fille à la peau sombre qui est en face n’est pas de sa « race » à lui. Il le dit, il le répète. « C’est évident ». Au sens étymologique. Ses yeux ne peuvent le tromper. Manque de chance, la fille est intelligente et cultivée. Elle s'étonne d'être ainsi négrifiée et c'est dévastateur. Elle a raison. L'autre, en face, visiblement, ne comprend pas. Il écarquille les yeux comme s'il essayait, finalement, d'y voir plus clair. Il cherche des arguments. Il peine. Il s'enfonce. Il a dérapé. Pour le coup, sa race, la gamine la lui a fait manger, comme on dit dans les banlieues. C'est le Titanic. Là, en direct. Glouglou le gladiateur. Son trou dans l'eau se refermera vite. Il disparaîtra comme il est apparu. Sa mère regrettera de ne plus le voir dans la lucarne. A force de le laisser sur toutes les chaînes tirer tout seul, pour le compte de ceux qui pensent comme lui mais ne se mouillent pas, le lourd fardeau de la sottise, ça devait forcément finir mal un jour ou l'autre.
27 novembre 2008
ELECTIONS USA 2008
Barack OBAMA à la Maison Blanche. Et après ?
Par Mamadou BAH Baadikko
Dès que la victoire de Barack OBAMA à la course à la Maison Blanche
« Obamania » s’est emparée des masses africaines et même d’autres, aux quatre coins du monde. On a vu fleurir partout des affiches, des tee-shirts et autres gadgets, à l’effigie du candidat démocrate à la présidence de l’Etat le plus puissant du monde. La fièvre a pris à certains endroits, des allures messianiques, tournant parfois au délire. A la victoire de celui sur lequel le cow-boy le plus audacieux n’aurait pas parié un seul dollar il y a à peine six mois, tous les analystes sont unanimes à considérer qu’il s’agissait d’un événement historique, de portée mondiale.
A ce titre, nous sommes bien évidemment interpellés, pour comprendre le sens de cette victoire et formuler nos souhaits pour l’avenir.
Une victoire aussi inattendue qu’exemplaire
Inattendue, cette victoire l’a été. Exemplaire, la campagne méthodique, intelligente et déterminée menée par Barack OBAMA et son équipe, a fait tomber un à un tous les obstacles à son élection.
En premier lieu, il fallait d’abord oser. Comment pouvait-on imaginer que dans un pays bâti depuis le XVIème siècle sur l’esclavage des Noirs et l’extermination des Indiens, un jeune homme qui se réclame haut et fort de son appartenance à la race noire (minoritaire dans le pays) et qui est le fils d’un immigrant kenyan, l’ayant abandonné à sa mère blanche assez pauvre, peut-il se porter candidat à la magistrature suprême ? Mais de ce côté, il faut dire qu’il n’en était pas à son coup d’essai : en 2004, celui qui n’était alors qu’un brillant professeur de droit, avait réussi à se faire élire au Sénat à Washington, devenant ainsi l’un des trois seuls nègres à entrer dans ce temple du pouvoir des Etats-Unis d’Amérique.
En second lieu, il fallait maîtriser les arcanes de la politique américaine, bâtir et délivrer un message multipolaire, percutant et solidement argumenté. Soutenu par une équipe compétente et engagée, il a réussi à faire des propositions de renouveau dans lesquelles se sont retrouvés de jour en jour, des dizaines de millions d’Américains de tous horizons et de toutes les communautés. Mieux, par son courage, son honnêteté intellectuelle, son sens de l’équilibre et sa maîtrise de soi, il a réussi à convaincre l’establishment de son sérieux et de sa crédibilité. Des journaux prestigieux lui ont accordé leur soutien. A une Amérique désemparée, doutant d’elle-même, détestée de toutes parts, frappée par une crise économique, financière et sociale sans précédent depuis 1929, engluée dans des guerres ruineuses et sans issue en Irak en Afghanistan, en attendant sans doute le Pakistan, il a su offrir de meilleures perspectives.
En troisième lieu, il a su faire rêver et mobiliser la jeunesse en faveur de son grand projet unitaire et novateur. Grâce à cette levée en masse de la jeunesse américaine réconciliée avec la politique, la consultation du 4 novembre 2008 s’est traduite par le taux d’abstention le plus bas depuis 1908! N’ayant pas de fortune personnelle à dépenser pour une campagne électorale extrêmement coûteuse, il a su capter les contributions financières volontaires de millions et de millions d’Américains, dont certains n’avaient à lui donner qu’un dollar.
En quatrième lieu, et c’est peut-être le plus remarquable, le candidat OBAMA a su tout au long de cette campagne harassante, déjouer un à un tous les pièges qui lui étaient tendus. Il a su faire face avec sang-froid et dignité à toutes les attaques, même les plus perfides et les plus haineuses. Jusqu’au bout, il a tenu bon, au grand dam de ses adversaires qui désespéraient de le voir commettre enfin, la faute qui l’aurait enterré. Il a été accusé de tout et de n’importe quoi. Que n’a t-on pas vu ou entendu à son propos ? Un pasteur noir aux idées excentriques qui a été son ami de jeunesse a été « ressorti » pour lui coller une étiquette d’extrémiste. Mettant en exergue son prénom swahili de Barack Hussein, on l’a fait passer pour un « musulman », synonyme en ces lieux de « terroriste », alors que tout le monde sait qu’il est un chrétien pratiquant. Ses contacts avec un activiste contre la guerre du Vietnam des années soixante, ont été mis en exergue pour le traiter « d’anti-américain ». On a inventé des histoires de fraudes aux inscriptions sur les listes électorales auxquelles on a voulu l’associer. De guerre lasse, on a même cherché en vain dans ses fréquentations, une petite amie pour l’accuser de légèreté des mœurs. Rien n’y a fait. De façon extraordinaire et inexplicable, chaque attaque contre lui, le grandissait un peu plus dans l’opinion, contraignant le camp républicain à changer continuellement de stratégie. Tous les analystes ont reconnu n’avoir jamais vu un candidat mener une campagne aussi soignée, aussi efficace et sans commettre la moindre faute fatale. Son adversaire démocrate à l’investiture, Hillary Clinton, sentant sa défaite prochaine, n’avait pas hésité à dire ouvertement, qu’il ne sert à rien de le choisir comme candidat du parti, car il tombera avant le scrutin sous les balles d’un extrémiste blanc! En face, dans le camp républicain, la campagne n’a été qu’une suite de flops et de fiascos. Au cours des débats contradictoires entre les deux candidats, le vieux républicain, à court d’arguments, n’a jamais fait le poids face à lui. La colistière de John MacCain, Sarah Palin, présentée comme « une jeune femme du peuple », pressentie pour être l’héroïne de l’Amérique bien pensante, a multiplié les bourdes et les couacs. A chacune de ses sorties, elle étalait un peu plus son ignorance et faisait perdre un peu plus de points à son ticket. Le désastre final pour elle et son candidat a été la révélation de ses achats frénétiques d’habits pour plus de 150 000 dollars! Drôle de femme du peuple…De sauveuse, elle a plutôt fait le désespoir et la honte du camp républicain.
Mais l’initiative la plus ridicule du candidat républicain a été sans doute celle de « Joe le plombier ». Pour attaquer le programme économique de Barack OBAMA, l’équipe MacCain a mis en scène un « bon américain moyen, brave type, aimant son pays, mais qui devrait sans doute être victime des reformes fiscales projetées par le candidat démocrate ». Le coup a fait long feu : ce sont les journalistes qui ont découvert que « Joe » n’était qu’un mythomane inconsistant. Il n’était pas agréé plombier comme il le prétendait. Et de toute façon, tous calculs faits, il devrait bénéficier d’une réduction d’impôts grâce à la reforme projetée!
Une victoire de la démocratie
Le choix massif du peuple américain est une illustration supplémentaire des vertus du système démocratique (lorsqu’il fonctionne à peu près correctement) et de sa supériorité sur d’autres formes d’organisation sociale. L’Administration républicaine de George W. Bush a été lourdement sanctionnée par la majorité du peuple américain, pour ses échecs cinglants dans tous les domaines. Le rejet a été si net que cette fois, on n’a même pas eu besoin de recompter des votes ou de passer par des procédures judiciaires pour départager les candidats. Barack OBAMA, sorti du rang, appartenant à une minorité longtemps opprimée et méprisée, un homme que rien à priori ne prédestinait à une telle charge, a gagné. A l’occasion de cette consultation, les Américains ont su transcender des oppositions raciales séculaires et des préjugés tenaces. Ils ont réussi à surmonter les divisions de toutes sortes, pour se rassembler derrière celui qui leur est apparu comme le plus capable de relever les défis auxquels doit faire face leur pays. Pour les peuples africains éprouvés par plusieurs siècles d’esclavage, de colonisation et d’indépendance factice, déchirés par des divisons à caractère identitaire, en quête d’un avenir meilleur, il apparaît clairement, que la démocratie, quelque soit le contenu qu’on lui donne, est encore le moins mauvais des systèmes politiques.
Racistes anti-nègres de tous les pays, unissez-vous !
Il n’est pas inutile d’analyser le comportement des uns et des autres au cours de la campagne électorale et après le scrutin. On remarque tout d’abord que Barack OBAMA avait été chaleureusement reçu en Allemagne par les dirigeants de ce pays et par 200 000 admirateurs et admiratrices enthousiastes. En France, il est accueilli en catimini. En Angleterre, accueil moyen. Au fur et à mesure que se précisait l’avance du candidat noir dans les sondages, les racistes de tous bords, pris de panique, avaient du mal à cacher leur dépit: vous vous rendez compte ? Qu’allons-nous devenir avec nos thèses racistes? La vénérable institution française qu’est Larousse, avait quant à elle, « voté » avant même la fin des élections primaires : dans le choix de la personnalité devant figurer dans le Larousse 2008, les honorables encyclopédistes avaient estimé, tous comptes faits, qu’Hillary Clinton, la première femme candidate à ce poste méritait plus d’y être présente que le premier candidat noir. Certains médias européens, français en particulier, exprimaient ouvertement leur désarroi devant la perspective d’une telle catastrophe annoncée. Ils rêvaient éveillés d’une défaite d’OBAMA à la dernière minute, en s’accrochant désespérément à un effet « Bradley », c’est à dire une contradiction entre les réponses données par les votants blancs aux sondeurs et leur vote effectif dans le secret des urnes. Dans ces attitudes, on reconnaît sans peine les complexes des colonisateurs européens dont beaucoup sont encore murés dans la certitude de la supériorité de leur race.
Les dirigeants chinois ont été quant à eux les seuls au monde à avoir ouvertement manifesté leur déception pour ne pas dire leur mécontentement, face aux choix massif et sans équivoque du peuple américain pour le candidat noir. La Chine qui a été un des premiers amis de la Guinée se retrouve exactement dans la position des puissances impérialistes occidentales au XIXème siècle. Au nom d’un slogan tout droit sorti du Far West, « business is business », ses dirigeants sont prêts à sacrifier les intérêts des peuples africains pour avoir des matières premières et des débouchés pour son industrie. L’Afrique qui a toujours été en retard d’une guerre devrait prêter attention à ce phénomène.
L’explication culturelle de la victoire de Barack OBAMA
Dans la victoire d’OBAMA, il y a un détail qui semble avoir échappé à bien des observateurs : celui-ci, bien qu’appartenant à la communauté noire, n’est pas un descendant des esclaves Africains-Américains. En effet, il n’a pas eu à porter comme ceux-là, le poids écrasant de l’héritage esclavagiste, avec son cortège de discriminations, d’injustices, d’humiliations, de frustrations, d’aliénation et de révoltes plus ou moins contenues. Dans les conditions actuelles, un candidat noir, descendant d’esclaves, aurait pu être rapidement disqualifié par des gaffes, des prises de positions outrancières, des propos vulgaires ou par l’inconsistance des propositions. C’est ainsi que le Révérend Jessie Jackson par exemple, militant chevronné des droits civiques, n’a jamais réussi à atteindre le stade de la convention désignant le candidat d’un parti. Nous n’insisterons jamais assez sur la nécessité d’une véritable émancipation culturelle, si nous voulons réussir notre lutte pour la renaissance de l’Afrique et sortir du sous-développement, de la misère, de l’aliénation et de l’humiliation.
Ceci dit, nous ne pouvons que déplorer le spectacle pitoyable de ces populations africaines qui, dans leur misère et leur désespoir, ayant perdu confiance en leur capacité de s’en sortir par elles-mêmes, veulent à tout prix s’accrocher à une nouvelle icône, pourvu que celle-ci ne soit pas africaine. C’est ainsi que Barack OBAMA est devenu pour les Africains l’incarnation d’une nouvelle espérance. Pour les diasporas noires, OBAMA est devenu le symbole d’une dignité retrouvée. Le phénomène hélas n’est pas nouveau. Notre jeunesse aime s’identifier à toutes sortes de célébrités dans le monde, mais surtout pas à des Africains: Ernesto Che Guevara, Fidel Castro, Lénine, Mao-Tse-Toung, Saddam Hussein, Bill Clinton, Osama Ben Laden, et on en passe. Et pourtant, notre continent a produit dans les temps modernes, de dignes enfants, de vrais héros qui ont courageusement lutté pour son émancipation et pour son progrès : Kwame Nkrumah, Cheikh Anta Diop, Patrice Lumumba, Ruben Um Nyobe, Félix Moumié, Mehdi Ben Barka, Amilcar Cabral, Eduardo Mondlane, Herbert Chitepo, Nelson Mandela, Oliver Tambo, Thomas Sankara, Julius Nyerere, et bien d’autres. La lutte pour rétablir l’Afrique dans sa dignité, ne peut se limiter aux mots et aux slogans. Enfants, nous avions crié à tue-tête l’injure d’en dessous la ceinture «De Gaulle baa wuee», en signe d’émancipation, pensions-nous. Cinquante après, nous voyons bien que seule l’édification d’une Afrique débarrassée de la misère et du sous-développement, peut lui rendre son honneur, sa dignité et sa place dans le monde.
Le patronyme « Obama » et l’unité culturelle de l’Afrique : remember Cheikh Anta Diop
la Péninsule
Un autre fait culturel très important est passé presque inaperçu, à propos d’Obama : ce nom se retrouve partout au Soudan, en Ouganda, en Tanzanie, en République Démocratique. du Congo, au Gabon, en Guinée Equatoriale, au Gabon, au Cameroun, etc. Au Kenya, Obama est considéré comme appartenant à « l’ethnie » Luo. Mais au Cameroun où ses « frères » sont très nombreux, il serait plutôt un « Bulu ». Au Gabon, ce ne peut être qu’un « Fang ». Dans tout le Bassin du Congo, il serait simplement un « Beti ». Pour d’autres, on parlerait sans autre précision de « Bantu ». Nous voyons là une confirmation presque parfaite des découvertes de Cheikh Anta Diop sur la communauté d’origine des peuples négro-africains et le peuplement de l’Afrique noire à partir des grandes migrations venant de la vallée du Nil, après la destruction de l’Egypte pharaonique par les grandes invasions venant de
Que pouvons nous attendre du nouveau Président des Etats-Unis d’Amérique ?
L’Afrique, berceau de l’humanité, siège de la plus ancienne civilisation attestée, a été gouvernée par des pharaons
nègres jusqu’en 700 avant Jésus Christ. Du Fari Narmer, unificateur de l’Empire égyptien, 4000 ans avant l’ère chrétienne, aux derniers Pharaons Piankhi, Shabaka et Taharqa, l’Egypte négro-africaine a été pendant longtemps, le pays le plus puissant et le plus avancé du monde. De ce fait, on peut dire que le Noir OBAMA, dirigeant un pays comme les Etats-Unis d’Amérique, n’est pas une nouveauté ou un accident dans l’histoire universelle. Malgré le poids des humiliations que nous subissons aujourd’hui du fait de notre incapacité temporaire à relever nos pays de leurs ruines, nous ne doutons pas un seul instant de la capacité d’un nègre à gouverner l’Etat le plus riche et le plus puissant du monde. Il est donc de la première importance que Barack OBAMA et son équipe réussissent leur pari de sortir l’Amérique de la crise actuelle. Mais les Africains doivent savoir que Barack OBAMA l’Américain, si attaché soit-il à ses racines africaines, ne peut pas sauver l’Afrique. Tout au plus peut-il promouvoir une politique américaine, la plus favorable possible aux peuples africains.
Sur un plan général, nous espérons qu’il va mettre fin à la « politique de la canonnière » qui a caractérisé toute la période de George W. Bush. Pour celui-ci, tous les problèmes de ce monde ne peuvent être résolus que par l’emploi exclusif de la force. La lutte contre le terrorisme est certes importante pour garantir la paix et la sécurité des peuples, mais la méthode doit nécessairement changer, si on ne veut pas plutôt renforcer les terroristes. Le moyen le plus efficace pour éradiquer la violence extrémiste, produit du sous-développement, de la misère, de l’humiliation et de l’obscurantisme, est le progrès économique, social et culturel des peuples.
Le Président OBAMA devra privilégier la concertation et la solidarité internationale. Pour commencer, il devrait ouvrir les négociations pour faire adhérer son pays, un des plus gros pollueurs du monde, au protocole de Kyoto, afin de lutter contre le réchauffement climatique qui menace le devenir de l’espèce humaine. Il sera aussi important qu’il amène progressivement les agriculteurs américains à se soumettre aux mêmes règles que tous leurs confrères du monde, en renonçant aux subventions agricoles massives qui tuent l’agriculture des pays pauvres.
Pour l’Afrique, le nouveau président doit réorienter la politique de son pays en abandonnant le postulat égoïste du « tout pour le pétrole ». C’est cette option chère aux lobbies pétroliers texans auxquels appartient la famille Bush, qui a amené l’Oncle Sam à concentrer toute son attention sur l’Afrique du Nord, le Golfe de Guinée et en général, sur les seuls pays africains producteurs de pétrole, au détriment du reste du continent. Il doit renoncer purement et simplement au projet d’installation de bases militaires en Afrique. Nous militons depuis longtemps pour la fermeture de toutes les bases militaires étrangères en Afrique, car celles-ci n’apportent pas le développement et la stabilité, mais plutôt l’insécurité et la dépendance. L’aide la plus conséquente et la plus utile que l’Amérique pourrait nous fournir, serait celle consacrée à l’éducation et à la diffusion des sciences et des techniques, son point fort. Bien entendu, il ne faudra pas nous demander de choisir comme l’ont fait les Rwandais, entre le Français, l’Anglais ou le Portugais, car comme le disait le Président Nkrumah, «nous sommes des Africains ; mais le fait que nous parlons Anglais ou Français ou Portugais, ne fait pas de nous des Anglais, des Français ou des Portugais.»
Pour la Guinée particulièrement, nous attendons de la nouvelle administration qu’elle précise ses vues sur le blocage de la situation actuelle par un régime anti-démocratique et rétrograde qui multiplie les manœuvres pour confisquer le pouvoir, en reportant indéfiniment la tenue d’élections libres, honnêtes et équitables que le peuple attend impatiemment. La conjoncture régionale en Afrique de l’Ouest est tout à fait favorable à une révision de la politique des Etats-Unis à l’égard du pouvoir du Général Lansana Conté qui a été son allié précieux, lors de la guerre contre le seigneur de guerre libérien, Charles Taylor.
Sur un autre plan, nous souhaitons que le nouveau pouvoir à Washington, dans un esprit humanitaire, règle enfin le problème de ces centaines de milliers d’Africains vivant aux Etats-Unis en situation illégale, depuis parfois plus de vingt ans! A défaut de régulariser la situation de tous les concernés, un plan pourrait être mis en place pour aider ceux qui le souhaitent à se former, à s’équiper et à retourner dans leur pays d’origine afin de contribuer au renouveau économique de l’Afrique.
06 novembre 2008
ELECTIONS USA 2008
Obama, l'Afrique, les préjugés et les clichés
Par Saliou Samb
"Yes we did it !". Aussi incroyable que cela puisse paraître, Barack Obama, le fils d'un "immigré" kenyan, enfin d'un étudiant kenyan et d'une Américaine, est devenu l'homme le plus puissant du monde - cela nous parait plus exact que de dire l'Africain le plus puissant du monde -, le 44è président des Etats Unis d'Amérique. Qui l'eût cru ? Même après son investiture par le parti démocrate, même après avoir remporté les trois débats qui l'ont opposé au républicain John Mc Cain, presque personne n'y croyait réellement. Elle est vraiment belle la démocratie, quand on se débarasse des préjugés et autres clichés réducteurs.
En réalité, dans aucun pays du monde autre que les Etats Unis, un tel scénario n'est possible, même pas en Afrique et surtout pas en Europe où l'extrême droite fait des percées inquiétantes dans certains pays. Vu sous cet angle, en dehors de ces files d'Américains qui ont réellement cru en leur pays, les commentaires flatteurs, les montagnes de fleurs déversées en direction du prochain président des Etats Unis ne valent que ce qu'ils valent...
Dans quel pays africain, dans quel Etat où une majorité noire détient le pouvoir, un blanc né sur place et marié à une femme blanche peut espérer être porté à la présidence de la République ? Dans quel Etat européen, asiatique, sud américain ou du Pacifique, un noir marié à une noire peut devenir président de la République ? En dehors de quelques monarchies qui n'ont pensé que tout récemment à des élections (comme le Koweit), nous pouvons dire : aucun.
Quand on réécoute les commentaires mettant - souvent de mauvaise foi - en avant la couleur de peau de Barack Obama, ou ces Africains qui, de manière pathétique, se sont rangés derrière Obama parce qu'il est métis et donc perçu comme tel comme un des leurs, on comprend pourquoi le monde est resté longtemps accroché à des préjugés les plus stupides.
Tout ce beau monde a oublié l'essentiel : l'Amérique a trouvé en Obama un homme qui rassemble les Américains au-delà de leurs origines, indéniablement compétent (formé à Harvard), au discours nouveau, plein d'espoir et à la vision très éloignée d'un débat qui se focaliserait sur la couleur de la peau. Obama a fait renaître l'Amérique qu'on aime tant, celle qui permet aux laissés pour compte et autres déprimés de croire qu'à coeur vaillant rien n'est impossible. Quel talent ! Il a réussi à se concentrer sur l'essentiel - c'est à dire la crise économique en ce moment - refusant de se laisser distraire par des considérations futiles.
La victoire d'Obama est donc la victoire sur la peur, les préjugés et les clichés. Elle a le mérite de montrer aux Africains qu'il existe sur terre des sociétés qui reconnaissent les hommes par leur valeur. L'ascension d'Obama permettra-t-elle à ceux qui continuent de penser que l'Afrique est un continent négatif de dépoussiérer leurs mentalités ? Donnera-t-elle une occasion aux Africains de se remettre profondément en cause pour s'engager dans la voie du travail ? Rien n'est moins sûr. Dans ce cas, toutes les déceptions, toutes les illusions qui seront éventuellement perdues ne sauraient être le fait d'Obama. Il aura au moins lui réussi ce que personne avant lui n'avait réussi : il a écrit l'une des plus belles pages des Etats Unis d'Amérique. Il a, avec panache, aidés par tous ces jeunes américains qui ont compris le monde moderne, fait tomber la barrière de la "race".
Il serait injuste de terminer sans dire un mot sur John Mc Cain, le candidat malheureux. Cet homme a été impressionnant de responsabilité et de dignité. Très peu de personnes, dans son cas, auraient fait preuve de la même élégance. C'est avec grand peine que nous voyons ce sympathique vieillard au franc parler perdre l'élection car, pour avoir dit ce qu'il a dit dans son dernier discours prononcé après la défaite, cet homme est bien loin de la caricature qu'on se fait de lui. Il mérite vraiment qu'on lui tire le chapeau pour avoir recadré énergiquement ceux qui voyaient en Obama un "musulman" (est-ce un crime ?), un "socialiste" (où est la faute ?), voire un "terroriste" (ce qui est évident faux)...
02 août 2008
DISCOURS DE SARKOZY A DAKAR
Pathétique Monsieur Guaino !
Par Saliou Samb
Nicolas Sarkozy n'était donc pas seul dans sa chevauchée fantastique. Sans doute affecté pas la qualité et la virulence des réactions d'intellectuels africains et européens qui ont suivi la fausse "leçon" administrée à la jeunesse africaine par l'inventeur de "l'immigration choisie", voilà donc le vrai rédacteur du discours controversé du président français, Henri Guaino pour ne
pas le nommer, qui sort de ses gongs pour en remettre une couche. Oui, il faut avoir le "courage" de le reconnaître, "les Africains ne sont pas assez entrés dans l'histoire". Que de fantasmes ! Que de clichés ! Même des lunettes bancales du 19è siècle ne permettent pas une telle lecture de l'histoire, la vraie. La seule.
Nous allons donc faire un effort surhumain pour savoir pourquoi nous ne sommes pas "assez" entrés dans l'histoire en posant des questions au maître à penser de Nicolas Sarkozy (arriérés que nous sommes, nous croyons benoitement que c'est bien ça le rôle d'un conseiller principal d'un président français). Que Monsieur Guaino, malgré la très haute idée qu'il se fait de lui même, veuille bien se donner la peine de répondre à nos questions à nous, les nègres, qui avons tant de mal à comprendre et à embrasser la modernité.
Dites, cher conseiller de Nicolas Sarkozy, qui sont ces Africains qui ne sont pas « assez entrés » dans l’histoire ? L’ancien de la Nasa, Cheikh Modibo Diarra ? Le savant Cheikh Anta Diop ? Le génial poète, académicien, Leopold Sedar Senghor ? L’avocat et homme politique – sans doute l’un des plus respectés au monde -, Nelson Mandela ? Le linguiste, historien et égyptologue Théophile Obenga ? Philip Emeagwali, surnommé "le père de l'internet" par le Times et CNN ? L'historien Joseph Ki Zerbo ? Qui donc, cher monsieur ? En quoi êtes-vous plus dans l’histoire que ces gens là qui ont visiblement, plus que vous, fait accomplir des pas de géant à l’humanité ? C’est quoi l’histoire dans votre entendement ? C'est quoi entrer "assez" dans l'histoire ? Je pense qu'il nous faut un baromètre pour mieux comprendre comment votre génie vous permet de sélectionner les hommes, à la manière d'un Gobineau (l'auteur "de l'inégalité des races humaines") ; d'un côté ceux qui ne sont pas du tout dans l'histoire, de l'autre ceux qui ne sont "pas assez" dans l'histoire, et enfin du haut de votre piédestal, ceux qui, comme vous, sont dans une histoire qu'ils sont libres de faire et de défaire. En tout cas, nous sommes trop en retard pour comprendre votre raisonnement pathétique et nous vous prions humblement d’être beaucoup plus précis.
Il est tout de même sidérant de constater qu’un homme si « bien ancré » dans l’histoire que vous, donc théoriquement très loin de la caricature que vous vous faites du paysan africain, en soit réduit à se (ra)baisser, raser les murs, patauger dans la gadoue pour tenter de blesser ceux qu’il feint de mépriser. A notre avis, de deux choses l’une ; soit vous ne croyez pas vraiment à votre belle et laborieuse légende, soit vous avez un sérieux problème dans votre perception de l’Afrique et des Africains. Ils sont pourtant très nombreux sur ce continent meurtri à ne pas prendre au sérieux ni Nicolas Sarkozy, encore moins un certain Henri Guaino. C’est pourquoi, tous les Africains vous souhaitent bon courage dans vos manœuvres inutiles.
Quoi qu'il en soit, et là nous voulons être plus fermes avec vous, votre réaction anachronique nous prouve au moins que nous n'avons pas la même vision de l'histoire. Quand Hérodote, surnommé "le père de l'histoire" rend hommage dans son livre II (Histoires) à l'Africain, vous avez parfaitement raison de le traiter de menteur. Quand le Comte de Volney s'exclame dans son livre "Voyage en Syrie et en Egypte" en débitant bêtement des inepties du genre "(...)quel sujet de méditation de voir l'ignorance et la barbarie actuelle des Coptes, issus du génie profond des Egyptiens et de l'esprit brillant des Grecs, de constater que cette race d'homme noirs, aujourd'hui notre esclave et l'objet de notre mépris est celle-là même à qui nous devons nos sciences nos arts, jusqu'à l'usage de la parole (...)", il avait sans doute des problèmes de vue. Il exagère quand même ce Volney ! Quand tous ces témoignages de célèbres Grecs (Thalès, Pythagore, Strabon, Diodore de Sicile, Achille Tatius, Aristote, etc), les ancêtres dont vous êtes si fiers, convergent étonnamment dans la description de la race des Egyptiens de l'antiquité, cette nation même qui a civilisé le monde, ça ne peut être que le fruit de l'imagination. Non, tous ces gens-là ont mal vu et vous avez encore raison !
Monsieur Guaino, bien que nous n'ayons nullement besoin de votre opinion pour connaître l'histoire (la nôtre), nous pensons qu'une telle réaction à postériori ne vous grandit pas. Faites un effort "missié", car la recherche scientifique a énormément avancé entre le 19è et le 21è siècle. Oui, nous en sommes conscients, ce serait une offense faite à votre auguste personne que de penser que c'est vous, l'immense Henri Guaino, qui êtes en marge de l'histoire. Ce serait même prétentieux. Ainsi, lorsque le Pr Théophile Obenga, parlant des manipulateurs et de falsificateurs de l'histoire africaine dont vous ne faîtes pas partie (nous vous avons dit que vous avez raison !), affirme que "l'homme faible avance en plein midi", vous être en droit de penser qu'il a évidemment tort...
10 mars 2008
Note de lecture
« Chronique d’une démocratie annoncée » ou le constat d'échec d'un système
Par Saliou SAMB
Pour ses débuts dans le monde de la littérature politique, l’une des plumes les plus autorisées de la presse guinéenne, Ousmane Tity Faye (voir photo)
, a choisi le genre qui lui sied le mieux : l’essai. Sa « Chronique d’une démocratie annoncée » est d’abord et avant tout une autopsie du processus démocratique en Guinée, marqué par un pilotage à vue, des déséquilibres criards, des intrigues de bas étage et des querelles strictement personnelles. C’est le premier essai politique digne de ce nom écrit par un pionnier de la presse indépendante en Guinée.
De Lansana Conté à Alpha Condé, en passant par feu Siradiou Diallo, Bâ Mamadou, Jean Marie Doré, Facinet Touré, Bâ Oury ou feu Alpha Sow, sans oublier les différents premiers ministres qui se sont succédé au sommet de l’Etat, tout le monde y passe. L’ancien rédacteur en chef du journal L’indépendant (1992-1995) dénonce la liberté d’action accordée entièrement par le « parti qui soutient les actions du gouvernement » à son candidat qui, une fois élu, ne s’est jamais senti obligé d’associer ses « promoteurs » à la gestion du pouvoir. L’auteur fustige la base ethnique de l’ensemble des partis politiques en Guinée et regrette la mauvaise volonté et la mauvaise foi qui ont fragilisé les alliances au sein de l’opposition. Pour l’auteur, le fait que les partis d’opposition n’ont pas pu s’entendre sur le minimum dans le but d'aménager un front commun, a contribué à prolonger le bail du régime actuel.
Parlant de l’inadéquation entre la gouvernance et les besoins des populations, O. Tity Faye souligne d’abord que « ce tour de force qui n’a aucune base idéologique a eu pour conséquence de vider ces institutions de leur contenu et de favoriser une valse de confusion entre l’Etat et le gouvernement » (PP 231-232, par.3), avant de faire remarquer aussitôt que cette situation était « propice à l’exercice de la dictature sous sa forme directe ou indirecte ». Abordant les blocages au sein de l’opposition, le journaliste pointe du doigt le « multipartisme sauvage ».
Ainsi, dira-t-il, « Avec le multipartisme sauvage, les critères de reconnaissance d’un parti politique de caractère national n’ont pas été émis ou observés. Les formations politiques légalisées ont été créées en fonction d’une personnalité dénommée le leader politique. En général, il est celui qui assure les dépenses financières. Par conséquent, ses décisions, mêmes subjectives sont indiscutables. Un potentat politique ! » (sic) (P.247, par.2). Pour O. Tity Faye, la remarque est également valable pour le parti au pouvoir, embourbé dans la même mélasse.
Bref, dans « Chronique d’une démocratie annoncée », l’auteur y accueille le lecteur dans son univers de l’analyse fine, lui tient la main pour le promener à travers les dédales d’un laborieux processus, marquant quelques pauses sur les étapes les plus importantes, le contexte intérieur de l’époque et les – mauvais – choix qui, trop souvent malheureusement, ont été opérés en toute… irresponsabilité par les acteurs politiques.
Cependant, contrairement à une pratique courante chez certains de ses compatriotes « essayistes » préférant troquer leur plume comme un plumeau surtout lorsqu’ils interpellent ceux qui symbolisent le pouvoir ou l’opposition, O. Tity Faye met à fond le pied dans le plat en plaçant les uns et les autres face à leurs responsabilités devant l’échec cuisant de ce qu’on avait pourtant annoncé comme une démocratie.
A travers 259 pages (sans les annexes), l’auteur, dans un style à la fois sérieux, alerte et parfois ironique, s’exerce à démontrer comment cette chose qu’on a appelé pompeusement « démocratie » a finalement accouché d’un monstre froid tenu à bout de bras par une poignée d’individus dont la vision de l’Etat se réduit au pouvoir personnalisé. C’est tout le sens de ce livre qui, au finish, soulève chez le lecteur des questions d’une dramatique actualité : ces messieurs-là ont-ils réellement compris l’intérêt de faire de la politique dans un contexte véritablement démocratique, libre, régi par le respect scrupuleux de la loi ? Que vaut l’Etat sans des institutions solides et opérationnelles ? Sans une population éduquée et responsable ? Quelles épithètes coller à une « république » ou un « parti politique » où tous les pouvoirs importants sont concentrés aux mains d’un seul individu ? Ces blocages culturels ne sont que la face visible de l’iceberg. L’auteur vous invite à les disséquer, à les analyser, à remettre en cause ce qui doit l’être pour construire et parfaire le modèle démocratique souhaité en Guinée.
En définitive, il est possible d’esquisser un mouvement de menton ou une moue boudeuse en parcourant « Chronique d’une démocratie annoncée ». Il est également normal de ne pas toujours partager le point de vue de O. Tity Faye ; par contre, ce qui serait inquiétant, c’est de rejeter ce livre d’un revers de main, avec dédain, comme ceux-là qui, l’ego surdimensionné et le regard rivé sur leur propre nombril, ne veulent ni souffrir de la moindre critique, ni épouser leur siècle !
Ces réflexes de « Néron des Tropiques » - au sens le plus péjoratif du terme – ont servi de terreau à la logique aveugle des acteurs politiques qui ont opté pour des raccourcis paresseux voire opportunistes au moment où la gravité de la situation exigeait beaucoup d’humilité, des convictions fermes, un programme et une vision clairs et un sens politique poussé. Selon l’auteur, ces fondements incontournables n’ont pas prévalu dans les choix qui s’offraient aux leaders politiques au cours de la période 1984-2007. C’est pourquoi, nonobstant quelques erreurs de frappe qui n’altèrent en rien sa portée – erreurs que l’auteur promet de corriger dès la prochaine réédition -, l’œuvre de O. Tity Faye est quasiment parfaite. A lire absolument !
28 juillet 2007
Sarkozy : ignorant des réalités africaines ou provocateur ?
Par Saliou Samb
Nicolas Sarkozy a encore frappé. Après s’être fait le chantre de l’immigration choisie – un concept qu’il dit avoir
abandonné -, le président de la République française, s’est lancé dans un « généreux » plan de moralisation de la jeunesse africaine.
Pour ce faire, le N°1 français a bien choisi le moment ; son premier voyage en Afrique, et bien sûr le lieu ; l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Sur un ton qui frise l’arrogance, il a administré ce qu’il a cru être une véritable leçon de vie à l’Afrique et aux Africains.
Ainsi, sous le prisme déformant de cet « amoureux » du continent noir, l’Afrique (re)devient un « univers où la nature commande tout » et ses habitants des êtres « immobiles au milieu d’un ordre immuable où tout est écrit d’avance ». Le pauvre paysan africain se révèle la pâle caricature dressée par Hegel et Gobineau ; il est décrit comme un homme qui « ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles » (sic !). L’image est très forte mais exhibée par la première personnalité incarnant la France, elle revêt un sens tout particulier.
Dès lors, il n’est pas du tout étonnant de constater ce qui suit : « ce que l’Afrique veut et la France avec, c’est la coopération, c’est l’association, c’est le partenariat entre nations égales en droits et en devoir ». Voilà donc que Sarkozy ne se limite pas seulement à de faux clichés ; tel un missionnaire, il a maintenant la prétention de révéler aux jeunes africains le fond de leur pensée. Etonnante prouesse ! Sans doute, ces derniers, éternels enfants terribles chasseurs de pirogues en direction de l’Europe, n’étaient-ils pas assez conscients du contenu de leur propre cerveau…
D’autres propos péremptoires lâchés par le président français font froid au dos : « (…) la colonisation n’est pas responsable des guerres civiles ; elle n’est pas responsable des génocides ; elle n’est pas responsable des dictatures (…) », dixit Sarko.
Au-delà de leur caractère méprisant, ces mots révèlent bien qu’on nous prend pour des hommes qui ont perdu tout sens de la douleur et donc de la mémoire. En effet, qui a entretenu à son profit la haine entre Hutus et Tutsis, en portant les mentions ethniques sur les cartes d’identité du peuple rwandais ? Qui a abandonné près de 2000 Rwandais, parce qu’Africains, finalement massacrés par une bande d’idiots dans une école à Kigali, préférant toute honte bue évacuer les ressortissants occidentaux, sans états d’âme ? Voilà des faits qui ne remontent pas plus tard qu’en 1994 et dont les responsabilités peuvent être clairement situées. Mieux, qui « conseille » et finance, au gré d’intérêts bassement mercantiles, ces choses qui sont devenues dans la bouche du Grand Avocat des « dictatures » ? On voit que pour des raisons évidentes, notre Moralisateur ne devrait jamais rater une occasion de se taire. Parce que autrement, c’est comme si les mots revêtaient subitement un sens ésotérique…
Ce qu’il y a d’inquiétant, c’est le parallèle qu’on peut faire entre ce discours de Nicolas Sarkozy et celui du général De Gaulle, prononcé le 26 Octobre 1940, à Brazzaville, au moment où cet officier supérieur n’était plus rien du tout, un homme réduit à sa plus simple expression, ballotté entre l’Angleterre et les lambeaux de l’Empire, chassé de son pays par la violence nazie.
« (…) Les malheureux ou les misérables qui prétendent à Vichy, constituer le Gouvernement français, sont engagés de force avec l’ennemi dans d’infâmes négociations. C’est que la servitude n’enfante qu’une plus grande servitude », se prononçait un De Gaulle sous les applaudissements d’un peuple pourtant colonisé et donc asservi. Et pour montrer aux Africains qu’ils n’étaient pas au bout de leurs peines, De Gaulle se lancera dans une envolée lyrique qui trahissait ses véritables intentions ; la liberté pour les Français (de la métropole) mais pas pour les Africains, pourtant appelés à se sacrifier pour cette même France.
« (…) Français libres, Français de Brazzaville, et vous, peuples indigènes fidèles à la France (sic !), nous savons quels durs devoirs, nous imposent le salut de l’Empire et le salut du pays », disait De Gaulle, convaincu que ses propos galvanisaient ces peuples « immobiles », vivant dans un Empire qui, dans son entendement, était différent du « pays » (entendez la France). Tout cela s’est passé en Afrique.
Il est évident que Sarkozy, le gaulliste, n’aurait jamais pu prononcer un discours aussi réducteur s’il n’avait pas trouvé un terrain favorable à ses « idées novatrices ». Il y a d’abord l’accueil que lui ont réservé ces populations engluées dans « un univers où la nature commande tout ». Elles n’ont rien compris certes, ni de leur histoire que les autres s’échinent à falsifier, ni des vraies motivations de Sarkozy, mais à leur décharge, il serait lâche de les condamner de n’être que les victimes de tant d’années de corruption, de gabegie, de népotisme, de bassesse et d’erreurs d’orientation politique. Il y a aussi tous ces détails qui ne sont que le reflet du complexe d’infériorité nourri par certains dirigeants africains qui sont prêts à tout pour arracher des sourires à l’Occident. Il y a enfin toute cette culture biaisée de l’Afrique qui a sous-tendu le travail de tant d’africanistes, base du raisonnement de ce chef d’Etat français qui prétend paradoxalement vouloir « rompre avec le passé ».
Sarkozy voulait choquer ; il a réussi. Il voulait provoquer et lancer un signal fort à sa base en France (la fameuse « France d’en bas » de Raffarin) ; il a également réussi. Toutefois, son discours révèle une profonde méconnaissance des réalités africaines et ce n’est pas en se défoulant sur de pauvres paysans qu’il va masquer ses propres faiblesses. Sur ce plan précis, son échec a été lamentable. Et les Africains dignes, qui ne se retrouvent pas du tout dans ses formules toutes faites, en sont parfaitement conscients.
29 juin 2007
Notre Khadafi qui est sur terre…
« Seule une véritable connaissance du passé peut entretenir la conscience, le sentiment d’une continuité historique, indispensable à la consolidation d’un Etat multinational » (Cheikh Anta Diop, L’Unité culturelle de l’Afrique noire, 1959)
Par Saliou Samb
Le colonel Mouammar El Khadafi, Guide de la révolution libyenne, n’est pas près d’oublier l’accueil exceptionnel que lui ont réservé les populations guinéennes, massées le long de la route Kouremali-Conakry et qui s’est poursuivi jusqu’à Pamelap. Tout au long du parcours, les Guinéens ont répondu avec une ferveur débordante aux moindres gestes de l’homme fort de Tripoli. Ils étaient des centaines de milliers à chanter, danser, hurler à en perdre la voix pour saluer l’hôte de marque, magnifier son parcours marathon de près de 40 ans à la tête de son pays et, implicitement, appuyer sa toute nouvelle vocation de panafricaniste convaincu. Il y en a même qui ont longtemps espéré que les fines gouttelettes de pluie se transforment en billets de banque sous la baguette magique de celui qui a porté le coup de grâce à la ringarde Organisation de l’unité africaine (OUA). A Conakry, ville symbole où les Français du général De Gaulle ont été obligés de rassembler à la hâte leurs pénates dans un baluchon après le « Non » de Sékou Touré, Khadafi s’est livré à un véritable réquisitoire contre les Européens à qui il a gentiment demandé de « rester chez eux ». Au passage, l’officier putschiste de la fin des années 60 – le temps passe si vite - a également exhorté avec une verve remarquable ses frères africains à « vivre et mourir en Afrique ». En bon militaire, il n’a pas pris des gants pour flinguer la récente Union africaine (UA) dont il est lui-même l’inspirateur. Ce discours de Khadafi, prononcé devant des milliers de personnes et relayé par l’une des plus grandes chaînes de télévision au monde (Al Jazeera), n’est pas passé inaperçu. Il marque une nouvelle étape dans la prise de conscience d’un continent en quête d’identité, miné par les ambitions personnelles de ses dirigeants, par un manque total de vision de ces derniers et une perte dramatique de repères chez les populations, accentuée par une grave méconnaissance de leur propre histoire. Ce passé a pourtant été, depuis 1954, exhumé par Cheikh Anta Diop, l’auteur de « Nations nègres et culture ». C’est sur la base de cette histoire commune que Kwame Nkrumah s’est fondé, dès le début des années 50, pour mener son combat qui visait une Afrique unie. La question, logique, qu’il convient dès lors de poser est celle-là : mais au fait qu’est-ce qui lie les Africains ? Sans une réponse satisfaisante à cette interrogation, sans cette recherche pour retrouver ce que Diop a appelé « le fil conducteur », sans cette « conscience historique », il n’y aura jamais assez de ciment pour fédérer les Etats africains. Les intentions de Khadafi sont louables, sa vision magnifique, mais ce qui gêne le plus chez un homme aussi controversé que le N°1 libyen, adulé par les uns (essentiellement l’Afrique noire avec sa politique de la main tendue) et détesté par les autres (Les Occidentaux et une bonne partie de la communauté arabe), c’est surtout ce côté mystérieux. Ses plus grands détracteurs parlent aussi de son caractère versatile… Voilà une personnalité qui gère un pays où l’Islam est la religion d’Etat, où des conflits violents opposant négro-africains et arabo-berbères ont éclaté il n’y a pas longtemps, qui a décidé de prendre son bâton de pèlerin pour prêcher la bonne parole à travers un continent qui compte des musulmans, des chrétiens et des animistes. Voilà un homme qui propose une Afrique verte, aux couleurs de son propre drapeau national, inspirée de la couleur de l’Islam. Il est dès lors important de s’interroger sur la place que cet homme accorde à ceux qui ne partagent pas sa vision du monde. Des chrétiens, des animistes et même des athées pourront-ils s’exprimer librement dans l’Afrique du leader libyen ? Les rapports entre les communautés noires et arabo-berbères seront-elles débarrassées de tous ces préjugés ridicules, sans aucune justification pour ceux qui connaissent la vraie histoire de l’Afrique noire - qui est loin de se résumer à l’esclavage et la colonisation ! -, pour nous permettre de nous forger ensemble un destin commun ? Qu’allons-nous construire ; une vraie République, une vraie Démocratie (sur le modèle suisse ou américain par exemple et sans esprit de suivisme bien entendu !) ou une Monarchie, fut-elle « éclairée » comme le veulent bien les laudateurs de tout poils, où la voix des peuples comptera dans la réalité des faits pour du beurre ? Que désirons-nous : un pouvoir concentré entre les mains d’un seul individu, Seul Maître à bord après Dieu, un Grand Timonier qui aimera son peuple d’un « amour tyrannique » ? Ces questions sont fondamentales pour juger de l’applicabilité des nouvelles idées si chères au Guide de la révolution libyenne. Vouloir faire l’impasse sur de réelles entraves culturelles ne contribuera guère à faire avancer le débat sur la nécessité vitale de construire les Etats-Unis d’Afrique, la voie incontournable pour nous permettre de reprendre notre destin en main, de peser sur les grandes décisions engageant nos vies d’humains, d’avoir enfin une chance de sortir des abysses de la pauvreté, du sous-développement et du misérabilisme. Jusque-là, on a toujours fait preuve à l’égard des Africains d’un paternalisme navrant en appliquant paradoxalement à leurs Etats des remèdes de cheval rappelant l’amour de la corde pour le pendu. Avec son idée de gouvernement fédéral, « Notre Khadafi qui est sur terre » a tout à fait raison de provoquer l’incident qui pourrait conduire nos petits chefs à prendre la décision historique de se mettre ensemble, couper court aux inutiles et onéreuses rencontres sous-tendues par aucune volonté politique réelle. Ces désespérantes mises en scène ont duré plus de 40 ans… Ce serait déjà un grand service rendu à l’Afrique et aux Africains dont les consciences ne semblent pas du tout troublées par ces images lamentables de leurs frères, candidats à l’immigration, accrochés comme de vulgaires poissons à des filets de pêche. Mais, disons-le tout net, il faudra plus pour que le nom du Guide soit « sanctifié »… Car une Afrique forte et libre passera nécessairement par l’acceptation, sans exclusive, de toutes les exigences de la démocratie. Et celles-là se nomment justice indépendante, élections libres, égalité totale de tous les citoyens quel que soit leur rang social, défense des minorités, liberté d’expression et donc presse indépendante, etc. Ce sera le prix à exiger pour tous ceux qui vont accepter le transfert au futur Etat fédéral d’une bonne partie de la souveraineté de leur pays. Et la note, tous les chefs d’Etat qui gèrent leur pays comme Khadafi devront se résoudre à la payer.
08 juin 2007
Colloque du Caire, février 1974
Aperçu du fameux rapport destiné à l'Unesco suite au colloque du Caire
Le Colloque d’égyptologie scientifique dit « Colloque du Caire », s’est déroulé en 1974 sous l’égide de l’UNESCO, comme
son nom l’indique, au Caire, en Egypte. Son objectif était d’une part, de terminer la rédaction du premier ouvrage encyclopédique consacré à l’histoire de l’Afrique. D’autre part, il visait à statuer sur l’origine du peuplement de l’Egypte ancienne sans oublier de faire le point sur le déchiffrement de l’écriture Méroïtique.
Menée par le professeur sénégalais Cheikh Anta Diop, la délégation africaine ne se composait que du professeur Théophile Obenga pour diverses raisons. Leur mission était de défendre scientifiquement l’origine négro-africaine du peuplement de l’Egypte. Face à eux, plus de 22 savants venus des quatre coins du monde. Parmi lesquels on peut citer :
. Jean Leclant (France, Professeur au Collège de France),
. H. de Contenson (France, Chef de la Mission française d’archéologie en Ethiopie),
. Jean Vercoutter (France, université de Lille),
. J. Desanges (France, Chargé de conférence à l’université de Nantes),
. P. Vérin (France, Chercheur à Madagascar),
. J. Yoyotte (France, Directeur d’Etudes à l’Ecole pratique des Hautes Etudes),
. F. Anfray (France, archéologue),
. G. Mokhtar (Egypte, ancien directeur du Service antiquité en Egypte),
. A. Abu Bakr (Egypte, Spécialiste égyptien de l’histoire ancienne de l’Egypte et de la Nubie),
. S. Donanoni ( Italie, Professeur d’université à Rome),
. K. Michalowski (Pologne, Vice-directeur du musée national de Varsovie),
. M. Posnansky (Angleterre, Historien et archéologue),
. A. Mahjoubi (Tunisie, spécialiste de l’Afrique du nord),
. J. E. G. Sutton (Anglais, Président du Département d’archéologie de l’université d’Oxford),
. P. Salama (Algérie, chercheur),
. B. H Warmington (Angleterre, Spécialiste de l’Afrique du nord et de la Rome antique),
. Tekle Tsadik Mekouria (Ethiopie, historien),
. Y. Kobishanov (Russie, Membre de l’académie des sciences en Russie),
. A. M. H. Sheriff (Tanzanie, Maître de conférence à l’université de Dar es Salam),
. P. Van Noten (Belgique, Conservateur au Musée Royal de Préhistoire et d’Archéologie),
. B. W. Andah (Nigéria, archéologue), . N. M. Shérif (Soudan, archéologue), etc...
Les Actes de ce colloque, rapportés par le professeur Jean DEVISSE, sont publiés par l’UNESCO sous le titre :
"Le peuplement de l’Égypte ancienne et le déchiffrement de l’écriture méroïtique - Histoire générale de l’Afrique, Études et documents 1, Paris, UNESCO, 1978". Il existe aussi un rapport de synthèse en annexe du Volume II de l’Histoire générale de l’Afrique (Paris, Jeune Afrique/Stock/UNESCO, 1980, pp. 795-823).
Lors de ce colloque, deux thèses se sont clairement affrontées :
1- La première défend une progression première du nord vers le sud et un peuplement indo-européen de l’Egypte antique. Il n’en demeure pas moins que la culture de l’Egypte antique reste fondamentalement africaine. Cette thèse est résumée dans le rapport, par le passage ci-dessus :
"... la majorité des égyptologues (VANDIER, 1952, p. 22) estime que la population primitive qui occupe la vallée du Nil égyptienne et nubienne, depuis le Prédynastique (Badarien et Amratien ou Nagada I) et jusqu’à la première dynastie, appartient à une race brune, "méditerranéenne" ou encore "euro-africaine", souvent improprement appelée "hamite", ou encore "khamite". Cette population serait leucoderme, donc blanche, même si sa pigmentation est foncée pouvant aller jusqu’au noir ; [...] Ce type [humain] serait donc d’origine africaine, sans être "nègre" au sens où on l’entend habituellement. Au demeurant même les égyptologues convaincus du caractère africain essentiel de la civilisation égyptienne insistent sur le fait que la population qui a créé cette civilisation n’était pas "nègre" (NAVILLE, 1911, p. 199 ; BISSING, 1929 ; FRANKFORT, 1950]."
Démonstration de la concordance de la conjugaison du verbe "kef" entre l’égyptien et le wolof
2- La deuxième thèsevise à démontrer l’origine négro-africaine de la civilisation égyptienne et est soutenue par les professeurs Diop et Obenga :
« L’Egypte pharaonique, par l’ethnie de ses habitants, la langue de ceux-ci, appartient en totalité, des balbutiements néolithiques, à la fin des dynastie indigènes, au passé humain des Noirs de l’Afrique", souligne Obenga. Le professeur Diop rappelle que c’est l’influence de l’idéologie coloniale (« Je suspecte les Nègres et en général les autres espèces humaines d’être naturellement inférieurs à la race blanche. Il n’y a jamais eu de nation civilisée d’une autre couleur que la couleur blanche, ni d’individu illustre par ses actions ou par sa capacité de réflexion... Il n’y a chez eux ni engins manufacturés, ni art, ni science. Sans faire mention de nos colonies, il y a des Nègres esclaves dispersés à travers l’Europe, on n’a jamais découvert chez eux le moindre signe d’intelligence », David HUME), qui poussent les savants à échafauder des thèses se caractérisant par le non-sens (un individu à peau noire et aux cheveux crépus ne peut être blanc).
a) Critiques méthodologiques des Actes du Colloque :
En toute objectivité, les Actes du colloque laissent, apparaître de sérieux vices dans leur conception. En effet, dans la rédaction de présentation des thèses en présence, 120 lignes sont consacrées à la thèse 1 et seulement 26 à la thèse 2 soutenant l’origine négro-africaine de l’Egypte.
En introduction, Jean Devisse et Jean Vercoutter exprime largement leur thèse sur plusieurs pages alors que celle-ci a été battue en brèche par l’argumentation scientifique de Diop et d’Obenga et n’a finalement pas convaincu les spécialistes présents. Une attitude juste exige que le document commence par l’exposé de la thèse gagnante à savoir celle démontrant l’origine négro-africaine.
Le rapporteur devrait être neutre et non pas prendre partie pour l’une ou l’autre des thèses. Cela fausse la rédaction, surtout lorsque celui-ci s’avise à rédiger son « avis personnel » après avoir consacré 120 lignes à la 1ère thèse et seulement 26 à l’autre.
Enfin, pourquoi avoir consacré en début de rédaction, autant de pages à la communication de Vercoutter démontrant en résumé, qu’en Afrique noire, les nègres ont toujours été minoritaires si c’est pour apprendre plus loin que les spécialistes présents ont reconnu que ces thèses, dans leur forme rigide et absolue, constituaient un pas en arrière d’une trentaine d’années et ne pouvaient conduire qu’à un coup d’épée dans l’eau ? Si ce n’est que pour influencer d’emblée le lecteur profane ?
b) Les données du colloque :
1- La thèse de l’origine négro-africaine de l’Egypte antique : (Thèse gagnante du colloque)
Le professeur Cheikh Anta DIOP, rappelle que les découvertes du professeur LEAKEY démontre l’origine africaine de l’humanité. Cette humanité a pris naissance en Afrique, dans la zone des grands Lacs, induisant un premier peuplement humain de la Terre ethniquement homogène et forcément « nègre « ; en raison de la loi du professeur Gloger. Cela inscrit le peuplement de la vallée du Nil dans un mouvement progressif allant du sud vers le nord et qui s’est échelonné du Paléolithique supérieur à la Protohistoire. Ainsi, le fond de la population égyptienne prédynastique était nègre.
Il présente alors les arguments prouvant l’origine nègre des anciens Égyptiens
l’examen des peaux de momies : " le professeur DIOP a étudié un ensemble de préparations faites en laboratoire. Il s’agissait d’échantillons de peau prélevés sur les momies provenant des fouilles de MARIETTE. Ils révélaient tous - et le professeur DIOP a soumis ces échantillons aux spécialistes participant au colloque - la présence d’un taux de mélanine considérable entre l’épiderme et le derme. Or la mélanine, absente des peaux des leucodermes (peau blanche), se conserve, contrairement à ce qui est souvent affirmé, des millions d’années, comme l’ont révélé les peaux des animaux fossiles. Le professeur DIOP a souhaité pouvoir effectuer le même type de recherche sur les peaux des pharaons dont les momies sont conservées au Caire (ce qui lui a été par la suite refusé)."
les mensurations ostéologiques et les groupes sanguins : l’ostéologie fait des égyptiens des nègres (Canon de Lepsius). Leur groupe sanguin générique est B comme ceux des noirs (et à un moindre degrés O) à l’instar des blancs qui sont A 2.
l’iconographie : représente partout des nègres (tresses africaines en dégradées, posture, peau d’animaux sur le corps...).
les témoignages des auteurs grecs et latins : ceux des voyageurs tels que Hérodote, Diodore de Sicile, Plutarque, etc..., qui attestent tous que les Egyptiens anciens étaient des noirs... et aussi l’académicien français VOLNEY, ou encore celui légué lors de son dessin du SPHINX (à l’époque en meilleur état) par Vivant DENON, durant l’expédition d’Égypte dirigée par BONAPARTE :
"Je n’eus que le temps d’observer le Sphinx qui mérite d’être dessiné avec le soin le plus scrupuleux, et qui ne l’a jamais été de cette manière. Quoique ses proportions soient colossales, les contours qui en sont conservés sont aussi souples que purs : l’expression de la tête est douce, gracieuse et tranquille ; le caractère en est africain : mais la bouche, dont les lèvres sont épaisses, a une mollesse dans le mouvement et une finesse d’exécution vraiment admirable ; c’est de la chair et de la vie.", (Vivant DENON, Voyage dans la Basse et la Haute Égypte pendant les campagnes du Général BONAPARTE, Paris, 1ere édition Didot l’Aîné, 1802 ; réédition, Pygmalion/Gérard Watelet, 1990, p. 109). Plus loin commentant l’art égyptien, il écrit : "Quant au caractère de leur figure humaine, n’empruntant rien des autres nations, ils ont copié leur propre nature, qui était plus gracieuse que belle. ... en tout, le caractère africain, dont le Nègre est la charge, et peut-être le principe" (op. cit., p. 168).
les traditions biblique et coranique : qui ont voulu que Kam, ou Cham soit l’ancêtre des noirs (Kam ou Cham venant de l’égyptien KMT, Kamit, Kémit). Le professeur Diop rappelle que pour les écrivains grecs et latins contemporains des Egyptiens de l’antiquité, l’anthropologie physique de ceux-ci ne posait aucun problème : les Egyptiens étaient des Nègres Lippus à cheveux crépus et aux jambes grêles (Cf. Aristote, Lucien, Hérodote, Diodore de Sicile, Plutarque, Apollodore, Strabon, Eschille, Ammien Marcellin mais aussi, Champollion-Figeac, Volney, Amélineau, etc...) (...) Les Egyptiens n’avaient qu’un terme pour se désigner eux-mêmes : KMT, littéralement, les Nègres. C’est le terme le plus fort qui existe en langue pharaonique pour indiquer la noirceur. Ce mot est l’origine étymologique de la fameuse racine « Kamit » qui a proliféré dans la littérature moderne. La racine biblique « Kam » ; en dériverait. Il a fallu donc faire subir aux faits une distorsion pour qu’il puisse signifier blanc ; dans la langue des savants (...) Enfin noir ou nègre était l’épithète divine qui qualifie invariablement les principaux bienfaiteurs de l’Egypte (...) Km-wr : le grand Noir, surnom d’Osiris Athribis, Kmt : déesse, la noire, Km : est aussi appliqué à Hathor, Apis, Min et Thot, Set Kemet : la femme noire, Isis. Le professeur Diop signale encore que ce hiéroglyphe (KMT), n’est pas écrit avec des écailles de crocodiles mais avec un morceau de bois charbonneux. C’est en s’appelant eux-mêmes « KMTJW » (Kemtiou) que les Egyptiens se distinguaient des autres peuples.
En matière de parenté linguistique : les mots égyptiens se révèlent être identiques en Wolof (exemple Kef empoigner en égyptien = saisir en Wolof, « feh » ; s’en aller en égyptien = s’en aller précipitamment en Wolof, etc...). Les coïncidences hasardeuses sur une liste de mots interminable, ne peuvent plus être le fait du hasard.
Le professeur Obenga rappelle qu’il est acquis que pour relier deux ou plus de deux peuples culturellement, les preuves linguistiques sont les plus évidentes. A l’issue de sa longue démonstration scientifique et linguistique devant les spécialistes, il conclut que les rencontres morphologiques, lexicologiques et syntaxiques obtenues constituaient une preuve péremptoire de la parenté étroite de l’égyptien ancien et des langues négro-africaines d’aujourd’hui. De telles rencontres étaient impossibles entre le sémitique, le berbère et l’égyptien. Il ajoute qu’un substrat culturel homogène est nécessairement lié à un substrat ethnique homogène en d’autres termes, si l’on reconnaît que la civilisation égyptienne est fondamentalement africaine , sa population l’est forcément tout autant.
Sur le même registre, le professeur Gordon-Jacquet, signale que les noms de lieu, c’est un phénomène bien connu, sont extrêmement vivaces et chacun des groupes linguistiques qui se succèdent dans une région y laisse sa marque sous la forme de toponymes, plus ou moins nombreux, suivant l’importance numérique de ce groupe et la durée de sa prédominance dans la région. Tout apport permanent important qui serait venu s’ajouter de l’extérieur à la population égyptienne se serait forcément reflété dans la toponymie du pays. Or ce n’est pas le cas. La toponymie égyptienne des extrêmement homogène : elle se compose de noms dont l’étymologie peut, dans presque tous les cas, s’appliquer à la langue égyptienne elle-même (Ceci réfute encore tout idée d’infiltration étrangère dans la population égyptienne antique et atteste bien qu’elle était homogène dans son aspect négro-africain).
Aucun participant n’a explicitement déclaré qu’il soutenait l’ancienne thèse " d’un peuplement leucoderme à pigmentation foncée pouvant aller jusqu’au noir " dont le professeur Vercoutter avait rappelé l’existence dans la communication. Le consensus en faveur de l’abandon de cette thèse ancienne n’a été que tacite.
Pour l’ensemble des participants, l’Egypte est essentiellement une civilisation africaine dans son écriture, dans sa culture dans son tempérament et dans sa façon de penser (Vercoutter, Leclant...).
Le professeur Leclant à noté que des traits paléoafricains importants méritaient d’être étudiés dans la vie culturelle de l’Egypte. Il a cité par exemple le babouin du dieu Thot et la constance dans l ‘iconographie, des peaux de panthère « ; comme vêtement rituel lors du culte rendu par Horus à Osiris.
Le professeur Gordon Jacquet à montré que l’absence de mots d’emprunt prouve que les échanges entre l’Egypte et la Mésopotamie à l’époque prédynastique et au début de l’époque dynastique étaient quasi-nuls. Le professeur Holthoer abonde en sons sens et y fait une démonstration linguistique.
Le professeur Vercoutter a finalement reconnu l’homogénéité des peuples africains vivant dans la vallée du Nil jusqu’aux limites sud du Delta.
Le professeur Diop a rappelé que le professeur Petrie avait découvert à Abydos une image représentant les Anou et montré que les principales villes égyptiennes comportent dans leur rédaction l’insigne des Anou, le pilier ON ou IOU.
Le professeur OBENGA poursuit la démonstration linguistique commencée par le professeur DIOP et montre à partir de toute une série de démonstrations comment il serait possible dans le futur de "dégager un "négro-égyptien" comparable à l’"indo-européen".
Mme GORDON-JAQUET souligne l’intérêt d’une approche toponymique pour "étayer l’assertion suivant laquelle il ne s’est produit en Égypte aucune immigration ou invasion massive de populations étrangères depuis l’époque néolithique au moins".
Le professeur Jean DEVISSE communique aux participants les résultats d’une enquête iconographique relative à trois manuscrits (nouvelles acquisitions de la Bibliothèque nationale française) témoignant de la représentation d’Égyptiens libres "sous les traits et la couleur de Noirs".
2- L’origine Indo-européenne de l’Egypte : (thèse perdante)
Le professeur LECLANT "a insisté sur le caractère africain de la civilisation égyptienne. Mais selon lui, il convenait de bien distinguer "race" et culture, comme l’avait fait le professeur VERCOUTTER. Il considère que "l’anthropologie physique, en Égypte, n’en est qu’à ses débuts" et "que le problème du peuplement de l’Égypte ancienne était considérable et ne pouvait être résolu, pour le moment, par une approche synthétique encore très prématurée".
Pour le professeur GHALLAB, ce n’est qu’au "paléolithique tardif que la race noire s’est manifestée de l’Atlantique à la mer Rouge". "Une culture nègre n’est apparue vraiment qu’au néolithique".
Le professeur ABDALLA considère pour sa part qu’il est "peu important de savoir si les Égyptiens étaient des noirs ou négroïdes : le plus remarquable était le degré de civilisation auquel ils étaient parvenus. Il existait, a-t-il, dit des indices importants fournis par l’anthropologie physique concernant la présence de Noirs dans le peuplement ancien, mais il était abusif de généraliser et de dire que ce peuplement étaient entièrement noir ou négroïde". Il aborde ensuite le volet linguistique en indiquant qu’il n’a pas été convaincu par les démonstrations effectuées par le professeur DIOP : "les similarités signalées étaient accidentelles [...] Les preuves fournies de parenté plaideraient bien plus en faveur de la dispersion de l’égyptien ancien en Afrique que de sa parenté avec les langues africaines actuelles".
Pour lui, la langue égyptienne n’est pas une langue africaine directe ; elle appartenait à un groupe proto-sémitique, et de nombreux exemples pouvaient être cités à l’appui de cette définition".
Le professeur SAUNERON intervient au cours d’un vif échange entre les professeurs ABDALLA et DIOP portant sur la traduction du terme égyptien KM (Kemet, Kamit) : il confirme que ce terme désigne la couleur NOIRE, chose récusée initialement par le professeur ABDALLA.
Le professeur DEBONO informe que ses recherches dans la montagne thébaine ont permis de prouver l’existence de l’homme le plus primitif. Il rappelle qu’un fragment de calotte crânienne découvert en 1962 au Gebel Silsileh (nord de Kom-Ombo) datant probablement du paléolithique moyen "constituait la plus ancienne trace humaine découverte en Égypte." Il précise que ce même site avait livré d’autres vestiges humains se rapportant respectivement au paléolithique supérieur et à l’épipaléolithique. Les restes humains relatifs à l’épipaléolithique attestent, selon le professeur AGUIRÉ qui les a étudiés, "la présence d’un cromagnoïde apparenté peut-être à la race de Mekta el Arbi en Afrique du Nord et Asselar."
S’agissant enfin du néolithique et du prédynastique, les fouilles menées à El Omari (dans le nord de l’Égypte), fournissent "de nombreux restes humains en bon état de conservation." Référence est faite à l’étude du professeur DERRY sur les différences raciales entre le nord et le sud aux époques concernées. "Contrairement à ceux du sud, les ossements d’El Omari s’apparentaient nettement à la prétendue race nouvelle des constructeurs de la pyramide. Elle montrait des affinités sans doute libyco-asiatiques. La civilisation méadienne, dont on a retrouvé les cimetières, l’un à Méadi et l’autre à Héliopolis, a prouvé, par les témoignages dégagés, l’existence d’une race assez semblable à celle d’El Omari."
Dans le domaine de l’iconographie, il pense qu’il doit être possible de tirer des informations sur les contacts et les déplacements entre peuples à partir de comparaisons faites avec :
. les représentations iconographiques humaines (figurines ou dessins sur les vases) trouvées dans la région nord de l’Égypte (Fayoum, Mérimdé, El Omari), en Haute-Égypte et en Nubie.
. les nombreux dessins rupestres découverts en Haute-Égypte, en Nubie et dans d’autres régions de l’Afrique. S’agissant de l’aspect linguistique, il affirme l’utilité d’une reconstitution du langage préhistorique égyptien. Il aborde enfin la question du peuplement de la vallée du Nil par l’étude des industries lithiques : leurs caractéristiques typologiques, leur répartition géographique.
3- CONCLUSION DU COLLOQUE :
Aux théories avancées, les professeurs DIOP et OBENGA ont taché de démontrer l’unité du peuplement de la vallée par des Noirs et les progrès de ce peuplement du sud au nord."
Dans le domaine linguistique, le rapporteur écrit qu’un large accord s’est établi entre les participants". "Les éléments apportés par les professeurs DIOP et OBENGA ont été considérés comme très constructifs. (...) Plus largement, le professeur SAUNERON a souligné l’intérêt de la méthode proposée par le professeur OBENGA après le professeur DIOP. L’Égypte étant placée au point de convergence d’influences extérieures, il est normal que des emprunts aient été faits à des langues étrangères ; mais il s’agit de quelques centaines de racines sémitiques par rapport à plusieurs milliers de mots. L’égyptien ne peut être isolé de son contexte africain et le sémitique ne rend pas compte de sa naissance ; il est donc légitime de lui trouver des parents ou des cousins en Afrique."
S’agissant de la culture égyptienne : "Le professeur VERCOUTTER a déclaré que, pour lui, l’Égypte était africaine dans son écriture, dans sa culture et dans sa manière de penser.
Le professeur LECLANT a reconnu ce même caractère africain dans le tempérament et la manière de penser des Égyptiens.
Ainsi, Les thèses défendues par les professeurs Diop et Obenga ont finalement été approuvées par tous les participants sauf un.
En conclusion, le rapport officiel du Colloque stipule que :
"La très minutieuse préparation des communications des professeurs Cheikh Anta DIOP et OBENGA n’a pas eu, malgré les précisions contenues dans le document de travail préparatoire envoyé par l’UNESCO, une contrepartie toujours égale. Il s’en est suivi un véritable déséquilibre dans les discussions."
Source : Africamaat
22 septembre 2006
Emigration clandestine : le Miroir aux alouettes
Par Saliou Samb
Les images insoutenables de Ceuta et Melilla, du nom des enclaves espagnoles en plein continent africain - Eh oui ! - , point de passage de nombreux candidats à l'exil, renforcées par celles des pirogues de clandestins africains exténués, misérables, débarqués par des gardes-côtes occidentaux qui prennent soin de mettre des gants et des masques pour ne pas se souiller, sont les symboles forts d'un des plus grands fléaux de notre temps : l'émigration clandestine.
Le fait le plus choquant dans cette situation terrible est l'énorme mensonge qui entoure les motivations des émigrés et les politiques occidentales en direction de l'Afrique, entretenant pour quelque temps encore le mythe d'une Europe qui a pourtant largement contribué à destructurer les sociétés africaines.
Pour l'Européen moyen - voire l'Européen tout court - et l'Africain adepte de la fuite en avant et des raccourcis simplistes, la raison première qui pousse les jeunes gens à fuir leur pays, leur continent, est la misère. Le fait est indéniable mais derrière cette situation réelle ou supposée, il convient de dénoncer l'attitude démissionnaire de ceux-là mêmes qui doivent entretenir l'espoir sur leur propre continent.
Il serait malhonnête de nier l'évidence de la misère qui sévit sur une bonne partie des États africains, pris en otage par des hordes de prédateurs dont l'opportunisme et l'inconscience se le disputent à l'inculture et à la mauvaise foi. Il serait tout autant illusoire de penser que ces gens qui prennent le temps de monter des histoires à dormir debout pour obtenir ne serait-ce qu'un statut de réfugié en Europe ou aux États-Unis, abandonnant leurs familles, leurs terres et... leur dignité vont arrêter leur manège, comme subitement frappés par leur conscience.
Il serait également naïf de croire que l'Occident, qui ne réchigne point à nous déverser toutes sortes d'experts ou de coopérants, parfois incompétents et arrogants, payés à prix d'or, entraînant dans leur sillage des sociétés, pompeusement appelés multinationales, ne cherchant qu'à piller nos ressources minières, avec des rapports totalement déséquilibrés, engage des actions philanthropiques sur le continent noir.
Combien d'Africains, de bonne foi, entraînés par la seule volonté de renforcer leurs connaissances accadémiques dans un domaine précis, par le désir de faire du commerce, pour des raisons professionnelles, ou tout simplement le souhait d'aller faire du tourisme en Occident, ont dû subir l'humiliation des ambassades, affronter la chaleur de la rue où ils sont parqués comme du bétail, le mépris et le regard d'un personnel "diplomatique" souvent discourtois ?
Ne serait-il pas nécessaire de cerner le problème à la racine, de mettre un terme aux discours teintés de clichés misérabilistes pour trouver une bonne fois pour toutes une solution durable ?
La question de l'émigration clandestine est essentiellement liée à la misère, non pas matérielle comme le fredonnent en choeur ceux qui font de la frime un mode de vie, nous revenant souvent d'Occident avec une voix empruntée et des manières ridicules, mais culturelle.
En réalité, l'élément psychologique qui conduit un homme à refuser de s'engager résolument dans la lutte pour la reconnaissance de ses droits dans son propre pays, pour aller monnayer sa dignité dans un pays où il n'est pas le bienvenu, est lié à une perte d'identité, une absence de repères qui crée en lui un complexe d'infériorité entretenu par la fausse image de l'Occident.
Il ne faut pas se leurrer ; autant les systèmes érigés par la plupart de nos responsables politiques sont dangereux et désespérants pour les individus qui vivent en Afrique, autant l'Europe par une tendance au repli sur elle-même, pollue l'atmosphère politique en Afrique, faisant de l'aide au développement - qu'on serait bien inspiré de supprimer ! - et de la coopération un moyen de chantage.
En fait d'aide, il s'agit tout simplement de retirer par la main gauche - par l'implantation des multinationales - ce que la voisine de droite avait fait semblant de donner. Le tableau est à la limite du baroque !
Le résultat d'une telle tragi-comédie est l'appauvrissement progressive du continent, déjà privé de la partie la plus importante des revenus de ses ressources minières - distribuée à une poignée de patrons européens et à leurs complices africains -, et qui doit affronter dans quelques années l'immigration choisie ou concertée du "très sérieux" Nicholas Sarkozy. Dire que ce dernier n'est pas d'ailleurs le seul à caricaturer l'âme africaine car, partout en Europe et même aux États Unis, les partis ou pseudo groupes de pression conservateurs, voire d'extrême droite font une poussée inquiétante. En somme, on veut de nos ressources minières, à vil prix, on veut bien nous exploiter de manière éhontée sur notre propre continent, mais on ne veut surtout pas de nous en Europe ! Comme le dirait Tarik Ramadan, le penseur Suisse d'origine arabe, "on normalise le discours de l'extrême droite"...
Face à ce constat, il convient pour les Africains de faire une prise de conscience en engageant résolument les batailles indispensables pour opérer les changements nécessaires d'abord en Afrique, et une fois l'outil maîtrisé, renverser le rapport de forces pour enfin entretenir dans la dignité des relations équitables avec le reste du monde.
Dès lors, une question cruciale se pose : sommes-nous trop lâches pour changer notre propre destin sur notre propre continent, le prendre en main et briser définitivement le mythe de l'Occident ?
Le miroir aux alouettes n'a que trop scintillé. L'Occident qui entretient un terrible mensonge sur la vraie histoire du continent noir, là où la Raison est née, continuant à perpétuer des préjugés fallacieux et des a priori ridicules pour maintenir en nous ces entraves culturelles qui nous infantilisent, n'a que faire de nos guerres, de nos dictatures et de nos angoisses. C'est du jus de chaussette pour les Occidentaux !
Comprendre ce mécanisme c'est le début de la responsabilité. L'ignorer, c'est se laisser entraîner dans le cercle vicieux des débats stériles qui ont conduit certains écrivains européens à l'imagination fertile et aux préjugés tenaces à prononcer avec une joie mal dissimulée l'oraison funèbre du continent noir (1).
(1) voir « Négrologie » de Stephen Smith, directeur du desk Afrique du journal Le Monde.
29 juin 2006
Les femmes dans l’antiquité et la femme africaine :
Par René Louis Parfait Etilé
Aujourd’hui, dans les trois religions qui sont présentées comme monothéistes, judaïsme, christianisme et Islam, la femme ne fut jamais considéré comme Dieu. Le concept d’un Dieu masculin semble avoir toujours existé. Pourtant, la prédominance très ancienne de la déesse-mère est un fait indiscutable. Dieu fut d’abord une femme. Soyons plus clair : Dieu fut d’abord Déesse. En effet les Vénus stéatopyges (aux fesses grasses) furent les premières divinités (ayant visages humains) de l’histoire de l’humanité (voir aussi les statuettes aurignaciennes stéatopyges). Dieu en tant que potentat unique et masculin n’a pas de tout temps existé dans nos croyances.
Avant de parler des femmes de l’antiquité, jetons un coup d’œil sur une catégorie de femmes persécutées à la fin du Moyen Age : Des guérisseuses, diabolisées par une Église à la recherche de boucs émissaires pour confronter son unité face aux hérésies, deviennent ces sorcières qui vont connaître l’enfer sur terre. Ces hommes misogynes de l’Inquisition vont exorciser leur haine de la femme, coupable selon eux d’un péché originel. Le pape Innocent VIII (qui porte mal son nom) promulgue en 1484 la bulle Summis desiderantes affectibus où il exhorte les prélats à réprimer encore plus durement la sorcellerie. Il était admis que la femme était davantage tournée vers les pratiques magiques et qu’elle était plus souvent « un monstre ». Les femmes représentent plus de 80% des persécutés et lorsqu’elles sont reconnues coupables de sorcellerie, elles sont brûlées. « Elles sont plus méchantes » dit un ouvrage de l’époque. L’occident médiéval est donc très marqué par une domination totale de l’homme sur la femme. La femme est d’abord sous l’autorité de son père et lors d’un mariage éventuel, sous l’autorité de son mari. L’épouse doit obéir à son mari ; c’est lui qui gère les biens. La répression de l’adultère est au détriment exclusif de la femme : sur la plainte du mari, la femme convaincue d’adultère est enfermée à temps ou à perpétuité dans un couvent et perd sa dot ou son douaire. Le discours, souvent antiféministe, découle en partie du statut d’Ève dans la Bible. En effet, la Bible donne à la femme la responsabilité du péché originel : « La femme vit que l’arbre était bon à manger et séduisant à voir, et qu’il était, cet arbre, désirable pour acquérir le discernement. Elle prit de son fruit (défendu par Yahvé) et mangea. Elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il mangea. »
Après ce rappel, nous proposons de comparer la condition de la femme africaine de l’époque pharaonique avec la condition des femmes mésopotamiennes, grecs, romaines, hébreux et arabes de l’Antiquité.
LA FEMME MÉSOPOTAMIENNE
Les lois babyloniennes, réunies pour la première fois en 1750 avant J.-C. dans le Code d’Hammourabi, précisent que le chef de famille (évidemment un homme) est propriétaire de son épouse et de ses enfants. La femme ne peut pas disposer de sa dot librement. La dot est transmise aux enfants mâles après son décès. Pour l’épouse, un divorce relève d’un véritable « parcours du combattant ». Les lois, écrites en Mésopotamie, proclamaient la supériorité de l’homme.
L’Historien Hérodote a écrit à propos d’une loi de Babylone : « la plus honteuse des lois de Babylone est celle qui oblige toutes les femmes du pays à se rendre une fois dans leur vie au temple d’Aphrodite pour s’y livrer à un inconnu ...Celles qui sont belles et bien faites sont vite de retour chez elles, les laides attendent longtemps sans pouvoir satisfaire à la loi ; certaines restent dans le temple pendant trois ou quatre ans ».
LA FEMME HEBREU
Yahvé créa l’homme à son image mais la femme est tirée de l’homme.(Gn 1/26, Gn 2/18, Gn 2/22) Puis la femme commet le premier péché de l’histoire de l’humanité (Gn 3/6), celui qui coûtera la vie à l’homme. A Sodome, c’est encore une femme qui désobéit (la femme de Lot, Gn 19/26). Puis dans la montagne, les deux filles de Lot font boire du vin à leur père pour coucher avec lui ( Gn 19/30 à 19/38 ). Pour la purification de la femme accouchée, on précise : si elle enfante une fille, elle reste deux fois plus longtemps impure que pour l’accouchement d’un garçon. ( Le Lévitique 12 ).
D’après Yahvé : un homme entre vingt et soixante ans vaut 50 sicles d’argent alors qu’une femme n’en vaut que 30. La valeur d’un individu est fonction de son sexe et de son âge. ( Le Lévitique 27 ) Lorsque Miryam, ainsi qu’Aaron, parla contre Moïse à cause de la femme kushite qu’il avait prise, seule Miryam est punie, bien qu’Aaron se reconnaisse lui-même aussi coupable qu’elle ( Les Nombres 12 ). Samson, un héros local, est consacré au Dieu Yahvé dès le sein de sa mère, et son "naziréat" est la source de sa force. Il est trahi par une femme, Dalila. Athalie (841-835 avant J.-C.) entreprend d’exterminer toute la descendance royale.(2 R 11/1)
On peut rajouter ce que dit l’Hébreu Paul : (Paul est un homme qui déteste les femmes. Il suffit de lire ses épîtres pour s’en convaincre) Paul est celui qui dit : « Le chef de tout homme, c’est le Christ ; le chef de la femme, c’est l’homme ; et le chef du Christ, c’est Dieu. », « Ce n’est pas l’homme, bien sûr, qui a été créé pour la femme, mais la femme pour l’homme. », « Que les femmes soient soumises à leurs maris comme au Seigneur : en effet, le mari est le chef de sa femme... », « Pendant l’instruction, la femme doit garder le silence, en toute soumission. Je ne permets pas à la femme d’enseigner ni de faire la loi à l’homme. Qu’elle garde le silence. C’est Adam en effet qui fut formé le premier, Ève ensuite. Et ce n’est pas Adam qui se laissa séduire, mais la femme qui, séduite, se rendit coupable de transgression » (1Cor 11/3, 1 Cor 11/8 à 11/9, 1 Cor 14/34 à 14/35, Ep 5/21 à 5/24, Col3/18, 1 Tm 2/11 à 2/14, Tt 2/5).[nb : Paul est aussi appelé Saul dans la Bible ] Remarques : Paul est un Pharisien, Hébreu fils d’Hébreux ( Ph 3/5 à 3/6 ) et il est citoyen romain de naissance ( Ac 22/22 à 22/29 ).
Or les pires ennemis de Jésus d’après les évangiles sont les Sadducéens et les Pharisiens. Pour Jésus, les Pharisiens sont des hypocrites ( Mt 15/1 à 15/7, Mt 22/15 à 22/18, Mt 23/15, Mt 23/27, Mt 23/29, Mc 7/5 à 7/6, Mc 12/13 à 12/15, Lc 12/1 ). La justice des pharisiens n’est pas bonne : « Car je vous le dis : si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux. » (Mt 5/20) Pour Jésus, les Hébreux n’ont pas la foi car ils ne croient pas en lui. (Mt 8/9 à 8/12) Les épîtres de Paul sont en contradiction totale avec le message humaniste et universel de Jésus. D’après plusieurs évangiles apocryphes c’est une femme, Maria la Magdaléenne, qui était l’apôtre principal de Jésus.
Simon Pierre contredit aussi Jésus quand il dit dans l’Évangile apocryphe de Thomas : « les femmes ne sont pas dignes de la vie »
LA FEMME ARABE
Période préislamique : La femme bédouine était considérée comme un être faible irresponsable. L’absence de statut mettait bien souvent la femme au même niveau que les chameaux chez les Bédouins. La naissance d’une fille n’était guère appréciée. Avant l’Islam, la coutume était souvent de tuer les filles à la naissance, en les enterrant vivantes. La volonté de la femme ne comptait pas dans le choix de son futur époux.. C’est son père, son frère ou son tuteur qui décidait à sa place. Il y a achat de l’épouse. Le mariage pouvait se faire aussi par échange. La femme était une partie du patrimoine, un bien. Les épouses et les filles d’un défunt faisaient partie des biens à partager. Inversement, l’homme hérite de ses épouses. L’homme répudiait sa femme comme bon lui semblait.
Période Islamique : Bien que le Coran consacre une Sourate entière (la sourate 19) à Marie (la mère de Jésus), il est dit dans le Coran : « Les maris sont supérieurs à leurs femmes » Sourate 2, Verset 228 « Les hommes sont supérieurs aux femmes à cause des qualités par lesquelles Dieu a élevé ceux-là au-dessus de celles-ci ...Vous réprimanderez celles dont vous aurez à craindre l’obéissance ; vous les reléguerez dans des lits à part, vous les battrez ; mais aussitôt qu’elle vous obéissent, ne leur cherchez point querelle... » Sourate 4 Verset 38 Néanmoins l’islam, unificateur des Arabes, a tenté d’améliorer le statut de la femme bédouine (par exemple la fille hérite de biens mais moins que son frère). L’homme, qui veut divorcer, n’a besoin d’aucun motif mais si la femme décide de divorcer, elle doit fournir de très bonnes raisons.
Dans la Grèce Antique, les femmes sont inférieures aux hommes. Elles ne sont pas citoyennes. Le mari a « le droit de vie et de mort » sur l’épouse et les enfants. La domination masculine étouffait la voix des femmes comme on l’a rarement vérifié ailleurs. L’identité personnelle de la femme est niée. Elle est « fille de » ou « épouse de ».
Aucune civilisation ancienne n’a accordé une place aussi visible, aussi tranquillement officielle, aux relations homosexuelles que celle de la Grèce antique. Le statut privilégié de l’homosexualité masculine est plus valorisant que la fréquentation des femmes dans la société grec. Les grecs allaient jusqu’à mettre de jeunes garçons à la disposition des hommes de leur entourage. Examinons les pensées de deux Grecs, Platon et Aristote :
Platon (429 - 347 av.J.-C.) Platon soutient que les hommes qui, dans leur première vie, « étaient lâches ou qui passaient leur vie dans l’injustice...furent changés en femmes à la seconde naissance », attestant ainsi de ce qu’être une femme est une punition du sort. Platon affirme que les femmes sont en toutes choses « moins bonnes » que les hommes. L’érotique homosexuelle masculine est valorisée dans la mesure où elle est le support de la transmission du savoir et de la pensée, de l’ancien au jeune (selon la pratique pédérastique de la cité grecque).
L’hétérosexualité quant à elle est associée au registre de la procréation. L’ homosexualité masculine est justifiée par une procréation intellectuelle et morale (accoucher les esprits). La procréation de l’esprit (homme avec homme) est supérieure à la procréation physique (femme avec homme). Chez Platon est suggéré une infériorité de la raison féminine par rapport à la raison masculine. Le père est ressource, la mère est pénurie. Les hommes qui cherchent la sagesse préfèrent la procréation par l’esprit, et se tournent vers les hommes ; ceux qui cherchent la procréation par le corps se tournent vers les femmes.
Aristote (384 - 322 av.J.-C.) Aristote situe la femme aux limites de la cité et de la sauvagerie, de l’humain et de la brute. La capacité délibérative de la femme est nulle. Elle ne partage pas la position constitutive du citoyen. Il n’y a même pas de mot pour désigner la citoyenne ou l’Athénienne dans la cité. Aristote rapproche le destin de la femme à celui de l’esclave. Les femmes sont une menace pour la vie harmonieuse de la cité. Le « désordre » des femmes est pire que celui que sèment « les ennemis eux-mêmes ». Pour Aristote, la femme est un être « plutôt inférieur » alors que l’esclave « un être tout à fait médiocre ». La femme et l’esclave sont « des êtres faits naturellement pour obéir ».
Les différences physiques ou « psychologiques » entre hommes et femmes ne sont pas seulement pensées en termes de supériorité-infériorité, mais définissent la « femelle » en termes de défectuosité, de manque, voire de monstruosité. Si le sperme du mâle dépérit, il engendre une femelle, qui ressemble à sa mère. Si le sperme de mâle est fort, comme c’est la règle, il génère unmâle. Présentée comme une défectuosité, cette dissemblance qu’est la naissance d’une fille constitue pour Aristote le premier écart de l’humanité parfaite, la première manifestation de monstruosité. La femme est donc pour Aristote la première manifestation de la monstruosité. Le monstre est l’enfant qui ne ressemble pas à son père. Si il n’y avait que des géniteurs mâles, l’ humanité serait parfaite.
La femme romaine est une mineure perpétuelle. L’homme a droit de vie et de mort (uitae necisque potestas) sur sa femme (par exemple, le fait que sa femme boive du vin pouvait suffire !). La femme romaine reste sous la tutelle de son père jusqu’au mariage. Dans tous les cas, l’épouse a besoin du consentement de son tuteur. Dans le droit romain, la condition des femmes est pire que celle des hommes, elles sont inférieures aux hommes. D’après D. Gourevitch (directrice d’études à l’École pratique des hautes études) et M-T Raepsaet-Charlier (professeur à l’Université libre de Bruxelles) : « Trois incapacités principales frappent la femme : la puissance paternelle (patria potestas) du père de famille (pater familias), la tutelle (tutela) qui en est le substitut pour les pupilles et pour les femmes après le décès de leur père, et la manus ( littéralement « la main », mais on emploie traditionnellement le terme latin pour désigner cette autorité maritale) du mari dans le cadre du mariage sous sa forme ancienne. » La femme n’a jamais eu sur ses enfants cette « puissance paternelle ». « Les femmes sont donc des mineurs perpétuelles » Le femme n’a aucun droit politique. Elle « ne peut exercer aucun des droits essentiels du citoyen romain ». Elle est écartée de toutes les fonctions civiques ou publiques.
« L’obligation de fidélité conjugale n’existe à Rome qu’à charge de la femme. » Et pour la sociologie du mariage : « la charge la plus importante des femmes est de recevoir (le sperme) et de protéger le produit de la conception » Selon Pierre Brulé (Professeur d’histoire grecque à l’Université Rennes-II) : « Les Romains ne donne même pas de nom à la femme, qui n’est normalement désigné que par le nom de la famille de son père mis au féminin. » Selon Paul Veyne (Professeur au Collège de France) : « l’homosexualité active (masculine) est partout présente dans les textes romains. Cicéron a chanté les baisers qu’il cueillait sur les lèvres de son secrétaire-esclave...Virgile avait le goût exclusif des garçons...Horace répète qu’il adore les deux sexes. » Plutarque écrivait : « La femme mariée idéale est muette et ne s’exprime pas en l’absence de son mari » Une autre phrase de l’époque qui veut tout dire : « Si nous pouvions vivre sans femmes, nous nous passerions volontiers de ce fardeau ».
En Égypte, les femmes étaient les égales des hommes devant la loi. Des femmes ont eu droit à leur propre pyramide. La femme mariée possédait une partie des biens du couple. Les couples sont courants dans les peintures, les statuts, les bas-reliefs. Les égyptiens tiraient une fierté certaine de leur ascendance maternelle. L’importance accordée à la lignée maternelle était courante chez les africains noirs de l’Antiquité. Les femmes pouvaient intervenir librement au cours d’un procès, en tant que plaignante, accusée ou témoin. Sauf si un testament en décidait autrement, tous les enfants recevaient une part égale d’héritage. Les égyptiennes pouvaient se lancer dans les affaires et la société ne voyait aucun inconvénient à ce que les filles reçoivent un enseignement. Même des ménagères, à Deir el-Médineh (une ville ouvrière de Haute-Égypte), savaient lire et écrire (voir les ostraca retrouvés sur ce site). Légalement, les postes importants n’étaient pas fermés aux femmes (aucun texte égyptien ne s’oppose à la possibilité de promotion). La dame Nébèt fut Vizir à l’Ancien Empire ( Vizir est l’échelon le plus élevé de la hiérarchie sociale, juste au-dessous du pharaon ; le vizir était le bras droit du pharaon et le coordinateur de toutes les activités).
L’égyptienne possède une certaine liberté dans le choix de son époux (mais elle doit avoir l’accord de son père). Et si la femme adultère risquait de perdre des biens lors du divorce, il était jugé inacceptable qu’un homme puisse avoir des rapports sexuels avec une femme marié. Les défuntes recevaient un mobilier funéraire similaire à celui des hommes. Dieu, en Égypte, crée ensemble l’homme et la femme. Dès le IIIe millénaire, on trouve des femmes pharaons (femmes régnant seules) : On a trouvé de nombreux indices qui attestent du règne d’une femme dès la première dynastie (Mérit-Neïth est en réalité le troisième pharaon de la première dynastie) ; La femme pharaon Nitocris de la VIe dynastie ; La femme pharaon Sobek-Néférou de la XIIe dynastie ; La femme pharaon Hatshepsout de la XVIIIe dynastie (certainement la plus importante des femmes pharaons) ; Néfertiti, à la XVIIIe dynastie, épouse d’Akhénaton, semble être pharaon car toutes les apparences nous laissent supposer qu’elle régnait avec son mari ; La femme pharaon Taousert de la XIXe dynastie. Traditionnellement c’est l’homme qui régnait en Égypte, cependant personne ne s’opposait à l’accession des femmes au trône. Lorsque le pharaon (homme) était mineur, sa mère pouvait devenir régente.
( Remarques : nous ne mettons pas dans la liste des pharaons Cléopâtre parce qu’elle n’était pas d’origine africaine noire. Cléopâtre est une souveraine d’origine étrangère. A son époque, les africains n’étaient plus les maîtres de l’Égypte car en 332 av.J.-C, faisant suite à l’invasion perse, le roi de Macédoine Alexandre fait la conquête de l’Égypte. A la mort d’Alexandre, l’Égypte échoit à Ptolémée, un général d’Alexandre. Cléopâtre est la dernière régnante de la dynastie ptolémaïque. ) La légitimité découle de la femme et le futur roi est très souvent le fils d’une authentique princesse d’Égypte. Les reines sont dépositaires du sang divin.
L’égyptienne, femme noire (Cf. notre document intitulé « Les Origines Nègres de l’Égypte Antique »), est légalement maîtresse de maison. La dame Péseshet, est la première femme médecin connue de l’ histoire de l’ humanité (IIIe millénaire). Elle a obtenu le titre de « Chef des femmes-médecins ». Dans la grammaire égyptienne, le collectif est féminin. Selon Diodore (Historien grec ayant visité l’ Égypte) : « Les maris (égyptiens) s’engagent dans le contrat de mariage à obéir en tout à leur épouse » Selon Hérodote (Historien grec ayant visité l’ Égypte) : « chez eux (les égyptiens), ce sont les femmes qui vont au marché et font du commerce de détails ; les hommes restent au logis, et tissent... »
L’ Archéologie a montré que l’on pouvait trouver « Les textes des Pyramides » dans le tombeau des reines et d’après la religion égyptienne, c’est un homme, Seth, qui commet le péché originel (mais l’humanité n’est pas condamnée comme dans l’Ancien Testament) L’équilibre cosmique, la vérité et la justice sont symbolisés par une femme, la fille bien-aimée de Rê, Maât.
[Chez les Troglodytes] Les femmes jouissaient d ’une certaine autorité morale et étaient respectées. Lors des bagares entre hommes au sujet des pâtures, les femmes intervenaient et séparaient les combattants. (Strabon, XVI, 4, 17 ; Agatharchide, V, 63)
[Au moins chez les Mégabares] Il est interdit de frapper les femmes d ’aucune manière (Diodore II, 33, 4)
[Chez les Amazones] Le rôle militaire incombe aux femmes. Tout le temps qu ’elles sont soumises aux obligations militaires, elles conservent fidèlement leur virginité. Les hommes sont confinés à la maison. Ils exécutent docilement les tâches assignées par celles avec qui ils vivent. Ils ne participent ni à la guerre ni au pouvoir, et n ’ont aucun droit d ’exprimer leur avis sur les affaires publiques, ce qui risquerait de les enhardir jusqu ’à vouloir s ’imposer aux femmes. Lors des naissances, les nouveau-nés sont remis aux hommes, et ceux-ci les nourrissent avec sollicitude de lait et d ’autres aliments cuits, en rapport avec leur âge (Diodore, III et Apollonios de Rhodes)
[Soudan Méroïtique] Voici ce qu’en dit le savant Sénégalais Cheikh Anta Diop dans son livre Nations Nègres et Culture : « On peut remarquer l ’absence de reine dans l’histoire grecque, romaine,..., perse ; (...) les reines étaient fréquentes en Afrique Noire et lorsque le monde indo-européen acquit assez de force militaire pour se lancer à la conquête des vieux pays qui l ’avait civilisé, il se heurta à la résistance farouche, irréductible, d ’une reine dont la volonté de luttedont la volonté de lutte symbolisait l ’orgueil national d ’un peuple qui, jusque-là, avait fait marcher les autres sous ses lois. Il s ’agit de la reine Candace du Soudan Méroïtique qui impressionna toute l ’antiquité par la résistance qu ’elle opposa à la tête de ses troupes aux armées romaines de César Auguste. La perte d ’un œil au combat ne fit que redoubler son courage ; le mépris dont elle témoignait pour la mort, son intrépidité forcèrent l ’admiration , même celle d ’un chauvin comme Strabon : ‘ Cette reine eut un courage au-dessus de son sexe ’ »
CONCLUSION
La place de la femme, dans la société égyptienne est l’une des preuves de l’avance de cette Civilisation dans le monde antique. Les femmes bénéficiaient d’un statut beaucoup plus favorable dans la vallée du Nil (en Afrique) que dans toutes les civilisations antiques étrangères. L’égyptienne fit grande impression sur le reste du monde antique. Malheureusement, avec l’invasion de l’Égypte par des peuples étrangers (sémites et indo-européens) à la Basse Époque, l’égalité entre l’homme et la femme s’estompa. Les Grecs et les Romains avaient recours à l’infanticide des bébés de sexe féminin. Grecs et Romains mettaient les nourrissons non désirés sur un tas d’ordures pour qu’ils soient dévorés par les bêtes sauvages. Ce comportement barbare est inconnu à Kemet (l’Égypte). Dans les autres sociétés anciennes étrangères (sémites et indo-européennes), les femmes étaient juridiquement inférieures aux hommes.
L’ Europe du début du XXe siècle ( c’est à dire plus cinq mille ans après le début de l’Histoire en Égypte ) n’avait pas atteint dans ce domaine le niveau du « Pays des Noirs » (Kemet ou Kemmiou, « le pays de Kam » des Hébreux c’est à dire l’Égypte). IL a fallu attendre la seconde guerre mondiale pour voir la femme voter en France !.
Un sage a dit : « Si vous voulez mesurer la valeur d’une Civilisation, regardez d’abord comment elle a traité les femmes, les pauvres et les faibles ».
(nb : La femme est la seule à transmettre les mitochondries à ses enfants et il est temps de reconnaître « à haute voix » que la mère apporte plus dans le patrimoine génétique de l’enfant que le père).
