Le blog de Saliou Samb

10 décembre 2013

NELSON MANDELA

Nos petits chefs, très loin des valeurs prônées par Madiba...

Par Saliou Samb

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Nelson Rolihlahla Mandela nous a quittés dans la dignité, à 95 ans. Cet homme célébré aujourd'hui par la planète entière a réussi à s'élever au-dessus des vanités de ce monde, en dépit des profondes cicatrices laissées par les années d'Apartheid. Une attitude aux antipodes de celle de nos petits chefs qui se sont tous précipités de s'entasser dans les tribunes du Soccer City Stadium de Soweto. Qu'ils auraient bien aimé lui ressembler !

Une simple question pour illustrer nos propos : lequel d'entre nos chefs d'Etats mobilisés pour "rendre hommage" à Madiba ne rêve pas secrètement, et pour des raisons aussi sordides qu'inavouables en public, de perpétuer son propre "règne" ? Nelson Mandela sera sans aucun doute et pour très longtemps encore l'une des rares fiertés d'un continent privé d'un leadership sérieux et visionnaire (le Botswana, le Cap Vert et le Ghana sont des exceptions). L'icône de la lutte contre l'Apartheid s'en est malheureusement allé avec une image très mitigée de nos pays et surtout de nos dirigeants si prompts à afficher leur solidarité douteuse quand les intérêts de leur "syndicat" sont menacés.

Le prince xhosa Nelson Mandela était d'abord un homme conscient de sa noblesse à tous points de vue. Il ne nous a pas seulement rendus fiers d'être des Africains, il a prouvé au monde entier que le seul combat qui vaille la peine d'être mené est celui de la dignité de l'homme. Mandela, c'était d'abord un personnage d'une profonde humilité, serein et conscient des enjeux de son époque. Il n'a pas seulement voulu changer le monde, il l'a changé.

Suivons ces quelques lignes de Richard Stengel dans son livre "Les Chemins de Nelson Mandela" pour prendre la mesure de la dimension de l'homme. "Tout au long de sa vie, Mandela a été un leader. Un homme capable de prendre des risques. Soldat, il aurait été celui qui sort de la tranchée pour traverser le champ de bataille en menant la charge". C'est dire que Mandela était d'abord et avant tout un homme courageux. Malheureusement, cette qualité n'est pas souvent la première chez ceux qui ont la prétention de nous diriger.

Mais Mandela n'était pas courageux pour flatter son propre égo. Il se mettait surtout et avant tout au service des autres avec une générosité et une lucidité sans limites. "Il existe en Afrique le concept d'ubuntu ; le sentiment profond que nous ne sommes humains qu'à travers l'humanité des autres ; que s'il nous est donné d'accomplir quelque chose en ce monde, le mérite en reviendra à parts égales au travail et à l'efficacité d'autrui", a dit Madiba pour rendre hommage au travail de Stengel.

L'ancien chef d'Etat sud-africain était aussi conscient de ses limites, des limites humaines. Là où ses pairs s'accrochent au pouvoir, se fourvoient dans des combinaisons pathétiques et n'hésitent guère à verser le sang des leurs pour garder leurs portraits officiels bien accrochés dans les bureaux à air conditionné, le géant africain n'a fait qu'un seul mandat. Il aurait pourtant pu s'installer dans une attitude bien répandue, où l'homme du haut de sa petitesse se compare au seul Maître à bord après Dieu, s'assimilant  au grand Timonier, seul capable de sortir son pays de l'abîme !

A sa sortie de prison le 11 février 1990, après 28 années de prison, Mandela a hérité d'un pays déchiré où l'écrasante majorité noire attendait le mauvais signal pour jeter le "Blanc à la mer" - selon l'une des expressions les plus effrayantes à l'époque. A la surprise de tous, il résista à toutes les pressions et, contre la volonté d'importants leaders de l'ANC (African national congress), a entamé l'œuvre qui va sauver son pays : la réconciliation nationale. Tout près de lui, son voisin Robert Mugabe s'est, lui, choisi une autre voie, inscrivant l'avenir de son pays en pointillés. De Mandela, l'Afrique et le monde retiendront essentiellement l'image forte d'un homme pragmatique qui, au péril de son pouvoir, a réussi à réconcilier les Sud-africains. Qui dit mieux dans une Afrique minée par la corruption, les ambitions malsaines et le mensonge ? Nos petits chefs penseraient-ils que l'hommage rendu à Mandela provoquerait une forme d'amnésie chez nous autres Africains ?

"Nous adorons les héros, mais ils sont peu nombreux. Nelson Mandela est peut-être le dernier véritable héros" (Stengel). Au rythme où vont les choses, les faits sont loin de lui donner tort.

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15 novembre 2013

Racisme

Taubira, les singes et la banane...

Par Saliou Samb

Le 13 Novembre 2013, une étape a été franchie dans le phénomène du racisme en France. A la ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Christiane Taubira, l'hebdomadaire Minute, réputé d'extrême droite, a lancé une pique qu'il voulait bien ironique, l'assimilant à une guenon qui prend la... banane. Et dire que c'était pour "rire" !

Avant ce dérapage manifeste et nauséabond, à Angers, un groupe d'enfants, dont l'innocence ne saurait être mise en doute - gardez
Christiane-Taubira
Volney
votre calme svp -, a interpellé Mme Taubira, en agitant le même cliché. Tout en se lançant dans d'hypocrites et inaudibles dénonciations aussi rares que les cheveux sur le crâne d'un chauve, la frange "décomplexée" de la classe politique française rit sous cape. Pour sa part, la ministre française, d'origine antillaise, assume son statut de femme politique cultivée, engagée et surtout beaucoup plus éduquée et plus utile à son pays qu'une bande de pitres terrés derrière du papier journal, toujours prompts à hurler leur haine à l’endroit de l'Autre.

En marge des insultes, des peaux de bananes jetées au visage, ou des attaques frontalement racistes, ce qui prête à sourire c'est la posture faussement arrogante de tous ces pauvres gens qui, en réalité, ont du mal à se regarder dans une glace. Elle est Noire (sous entendez, elle est descendante d’"esclave") donc on lui dénie son humanité. Elle est Noire donc on ne doit plus se contenter d'en parler dans les salons feutrés où fourmillent des individus, buvant du champagne, fiers de leur "race" et de leur statut d'hommes "parfaits". Elle est Noire donc elle raffole de bananes comme les singes femelles, ces guenons pour utiliser un terme plus précis. Une si "brillante" démonstration se passe de commentaires !

A ce stade, un simple rappel de l’opinion du Comte de Volney (Constantin-François de Chasseboeuf) n’est pas inutile. Volney (statue ci contre) est un savant français du 18è-19è siècle (né en février 1757 et mort en avril 1820), contemporain de Napoléon, dont les œuvres sont souvent exhumées pour rafraîchir la mémoire aux amnésiques. Ses recherches l’ont mené en Syrie et surtout en Egypte, un pays qu’il a visité entre 1783 et 1785, et où il fut intrigué par la peau fortement métissées des Coptes de son époque (à l’image des Antillais comme Mme Taubira !).

Voilà ce que Volney disait  à propos des Coptes : « (…) Tous ont le visage bouffi, l’œil gonflé, le nez écrasé, la lèvre grosse, en un mot un vrai visage de Mulâtre. J’étais tenté de l’attribuer au climat, lorsque ayant été visité le Sphinx, son aspect me donna le mot de l’énigme. En voyant cette tête caractérisée Nègre dans tous ses traits, je me rappelai ce passage remarquable d’Hérodote, où il dit ; Pour moi j’estime que les Colches sont une colonie des Egyptiens , parce que comme eux, ils ont la peau noire et les cheveux crépus » !

Pour votre gouverne, les Colches formaient une colonie de Noirs envoyés par Toutmonsis III (18è dynastie égyptienne, celui qui inaugura l'impérialisme égyptien), un des nombreux pharaons africains qui voulait ériger des marges frontières pour défendre l’empire des envahisseurs - une partie de l’Egypte avaient été occupée pendant 400 ans par des Etrangers. C’était avant son intronisation. Toutmonsis III a chassé les envahisseurs Hyksos. Ces Colches se sont retrouvés isolés du reste de l’empire après la destruction de l’empire égyptien. D’où le témoignage du « père de l’histoire ». On ne revient pas sur les détails précieux fournis par Hérodote.

Et plus loin Volney insiste : « Quel sujet de méditation, de voir la barbarie et l’ignorance actuelle des Coptes, issus de l’alliance du génie profond des Egyptiens et de l’esprit brillant des Grecs, de penser que cette race d’hommes noirs, aujourd’hui notre esclave et l’objet de nos mépris,  est celle-là même à qui nous devons nos arts, nos sciences, jusqu’à l’usage de la parole ; d’imaginer enfin, que c’est au milieu des peuples qui se disent les plus amis de la liberté et de l’humanité, que l’on a sanctionné le plus barbare des esclavages et mis en problème si les hommes  noirs ont une intelligence de l’espèce de celle des hommes blancs ! » (Volney, Voyages en Syrie et en Egypte, Paris 1787, Tome I, PP. 74 à 77).

Eh oui, messieurs, l’histoire n’a jamais été statique. L’Egypte noire est bien la nation qui a instruit la Grèce dont tout Occident actuel a hérité. Le Portugal, puissance européenne incontestable à une époque reculée, se débat de nos jours pour préserver ne serait-ce que sa dignité. La Grèce, "lumière" de l'Europe, joue également des coudes pour rester à flots. Mais avançons…

Ce qui est navrant dans cette agitation qui tient plus de la tragicomédie, c'est que Marine Lepen, sa clique et tous ceux qui pensent comme eux n'ont pas besoin d'un raisonnement solide. Ils n'ont pas besoin de notions d'Histoire, la vraie, pas celle dont on peut facilement s'accommoder comme une bourrique pour se réinventer. Ils veulent une France peuplée d’idiots à leurs bottes, une France qui exclut, "purifie", stigmatise et abrutit ses citoyens. Le vrai drame, c'est qu'ils parviennent progressivement à leurs desseins en surfant sur la vague de l'ignorance, fondée sur Histoire bourrée de mensonges que l'on refuse délibérément de décoloniser.

Les singes sont des animaux à la fois respectables, intelligents et attachants. En Afrique, dans les Antilles et surtout en Occident, on les aime bien. Mais cela ne va pas plus loin. Cependant, la réaction honteuse des journalistes de Minute, de ces enfants à l'éducation douteuse, plus préoccupés par l'écho de leurs quolibets, aidés en cela par les sourires d'adultes aigris, en quête d'emplois et de grandeur, nous conforte dans l'idée selon laquelle ces animaux sont de véritables génies en comparaison de certains disciples de Gobineau (1) qui, au finish, s'activent à les imiter. En vain.

(1) Gobineau est le chantre de l'inégalité des races humaines. Récemment, un supémaciste qui voulait créer une ville "blanche", un certain Graig Cobb, a découvert avec stupeur qu'il avait 14% de gênes africains, précisément subsahariens. Vous pouvez consulter la vidéo en cliquant sur l'un des liens suivants

http://www.youtube.com/watch?v=pLoel5EKT34

http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20131115111725/racisme-anc-christiane-taubira-cyril-ramaphosa-l-oeil-de-glez-racisme-boomerang-genetique-pour-le-supremaciste-blanc-craig-cobb.html?utm_source=Les+newsletters+Jeune+Afrique&utm_campaign=1a9aeed0f4-Newsletter_quotidienne_mailchimp15112013&utm_medium=email&utm_term=0_9e88e09281-1a9aeed0f4-337393313

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22 juin 2013

Visas pour la France

Une jeune fille admirable...

Par Saliou Samb

Bousso Dramé

Bousso Dramé, Africaine de 28 ans, qui a remporté le premier prix du Concours d'orthographe 2013  organisé par l'institut français au Sénégal, a refusé de voyager en France après avoir fait l'objet de tracasseries vexatoires et  sournoises au consultat général de France. Au-delà du symbole, sa lettre ouverte met non seulement en exergue les rapports difficiles entre demandeurs de visas et fonctionnaires d'ambassades, souvent conditionnés pour les décourager, mais également remue une part d'histoire douloureuse que nul n'a le droit d'oublier.

Personnellement, autant j'ai trouvé admirable la réaction de cette brillante demoiselle, diplômé de sciences po Paris et de la London School of economics, autant j'ai trouvé la réaction du consul général de France au Sénégal, Alain Jouret, affligeante. Jouret, exprimant sa surprise face au retentissement de la lettre de Bousso Dramé, s'est défendu du bout des lèvres et de façon "adroite"  : "Elle (Bousso Dramé : ndlr) aurait dû me contacter pour m’expliquer ce qui s’était passé. Je lui ai aussitôt envoyé un courriel auquel elle n’a toujours pas répondu".

Réponse sèche de l'intéressée : "La formulation est inappropriée, ce "aurait du" n'a pas lieu d'être. Car je ne suis pas sous tutelle de ce respectable monsieur. Je n'ai pas à lui rendre compte. Je ne suis pas une de ses employées. Je suis occupée, par ailleurs et, par conséquent, je ne peux répondre à toutes les sollicitations. Cela vaut pour tous les messages plus courtois que je reçois (...) Je suis un demandeur de visa comme tout autre et j'ai suivi la même procédure que les autres, pour la finalité que l'on connait. Monsieur JOURET, Consul de France, dit "82% des personnes interrogées se disent satisfaites ou très satisfaites". Je suis ravie de ce chiffre annoncé. Dans mon monde à moi, au moins 82% des demandeurs de visa, sont blessés par la façon dont ils sont reçus. L'adhésion massive à ma lettre ouverte clos le débat".

La lutte pour l'égalité de traitement entre les individus que nous sommes tous, quelle que soient nos origines, ne fait que commencer mais je pense qu'elle n'aboutira que quand, dans nos propres Etats africains, nous saurons dire non à l'anarchie et à la corruption avec la même force et le même cran que Bousso Dramé l'a réussi en provoquant le scandale. Seuls le courage et la vérité pourront nous aider à nous en sortir. En attendant relisons la lettre de cette jeune fille admirable (un bel exemple à suivre).

"ASon Excellence, Monsieur le Consul Général, 
A Monsieur le Directeur de l’Institut Français du Sénégal, 
Mon nom est Bousso Dramé et je suis une citoyenne sénégalaise qui, en ce jour, a décidé de prendre sa plume pour porter haut et fort un message me tenant particulièrement à cœur.
Par intérêt pour la langue de Molière, j’ai décidé de participer en Avril dernier, au Concours National d’Orthographe 2013, organisé par l’Institut Français, dans le cadre des Prix de la Francophonie. Le concours a réuni quelques centaines de candidats, âgés de 18 à 35 ans dans les Instituts Français de Dakar et de Saint-Louis ainsi que les Alliances Françaises de Kaolack et de Ziguinchor. A la suite de joutes portant sur un extrait de L’Art Français de la Guerre d’Alexis Jenni, Prix Goncourt 2011, j’ai eu l’honneur d’être primée Lauréate dudit Concours. A ce titre, un billet d’avion Dakar-Paris-Dakar et une formation CultureLab en réalisation de film documentaire au Centre Albert Schweitzer m’ont été octroyés. 
Durant ma petite vie, je n’ai eu de cesse, tout en étant ouverte sur le monde dont je suis une citoyenne, de défendre ma fierté d’être noire et africaine. Il va sans dire que je crois résolument à l’avenir radieux de ma chère Afrique. Je suis également d’avis qu’il est impératif que les préjugés qui ont prévalu au sujet des Africains et de l’Afrique, du fait du passé colonial et de la situation contemporaine difficile de ce continent, soient révolus. Il est temps que les Africains se respectent eux-mêmes et exigent d’être respectés par les autres. Cette vision d’une Afrique généreuse et ouverte, certes, mais fière et ferme dans l’exigence du respect qu’on lui doit et qu’on ne lui a que trop longtemps refusé est une conviction forte qui me porte et me transporte, littéralement.
Cependant, durant mes nombreuses interactions avec, d’une part, certains membres du personnel de l’Institut Français, et, d’autre part, des agents du Consulat de France, j’ai eu à faire face à des attitudes et propos condescendants, insidieux, sournois et vexatoires. Pas une fois, ni deux fois, mais bien plusieurs fois! Ces attitudes, j’ai vraiment essayé de les ignorer mais l’accueil exécrable dont le Consulat de France a fait montre à mon égard (et à celui de la majorité de Sénégalais demandeurs de visas) a été la goutte d’eau de trop, dans un vase, hélas, déjà plein à ras bord.
En personne authentique qui ne sait pas tricher, une décision difficile mais nécessaire s’est naturellement imposée à moi. Un voyage tous frais payés, fut-il le plus beau et le plus enchanteur au monde, ne mérite pas que mes compatriotes et moi souffrions de tels agissements de la part du Consulat de France. Une formation aussi passionnante soit-elle, et Dieu sait que celle-ci m’intéresse vraiment, ne vaut pas la peine de subir ces attitudes qu’on retrouve malheureusement à grande échelle sous les cieux africains. Par souci de cohérence avec mon système de valeurs, j’ai, donc, pris la décision de renoncer, malgré l’obtention du visa.
Renoncer pour le symbole.
Renoncer au nom de tous ces milliers de Sénégalais qui méritent le respect, un respect qu’on leur refuse au sein de ces représentations de la France, en terre sénégalaise, qui plus est.
Cette décision n’est pas une sanction contre des individualités, mais contre un système généralisé qui, malgré les dénégations de mes concitoyens, semble ne pas avoir l’intention de se remettre en cause.
Par ailleurs, je trouve particulièrement ironique que l’intitulé partiel de la formation à laquelle je ne prendrai pas part soit : « La France est-elle toujours la Patrie de Droits de l’homme. Jusqu’à quel point les Français sont-ils des citoyens d’Europe, du monde? » Cela aurait, sans aucun doute, fait un intéressant sujet de documentaire vu d’une perspective africaine et j’espère, avoir l’occasion, par d’autres voies et moyens, de participer à une future formation CultureLab. 
Je tiens à remercier, l’Institut Français tout de même, pour l’initiative de ce concours, qui, à mon avis mériterait de continuer à exister, voire se tenir à fréquence plus régulière et ce, pour stimuler l’émulation intellectuelle entre jeunes Sénégalais et pour le plaisir des amoureux de la langue française, dont je fais partie. 
Madame la Préposée au Guichet du Consulat de France - je ne connais pas votre nom, mais je vous dis au sujet de ce visa dont je ne me servirai pas : Non, merci. 
Fièrement, sincèrement et Africainement vôtre".
Bousso Dramé

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15 janvier 2013

INTERVENTION DE LA FRANCE AU MALI

Et les loups sortent du bois...

 Par Saliou Samb

Depuis plusieurs mois, après avoir mis en pièces les postes avancés de l'armée malienne, une bande de barbares enturbannés, incultes et illuminés, armés jusqu'aux dents, le diable dans le pantalon et la religion "musulmane" en bandoulière, faisait régner sa loi dans le nord du Mali. Ce chaos a été organisé sans qu'on ne puisse entendre la moindre plainte, la moindre condamnation, de la part de certains pays piliers de l'Organisation de la conférence islamique. Ces derniers jours, les frappes des armées française et africaine ayant changé la direction du vent, comme par hasard, les loups jusque là tapis dans l'ombre sortent du bois pour réclamer un cessez le feu...

islamiste012Il est important de souligner que, même du bout des lèvres ou en éternuant, aucun de ces gouvernements qui se reconnaissent entre ces lignes, n'a dénoncé la violation flagrante de l'intégrité du territoire malien, la tentative manifeste d'effacer des pans entiers de la culture négro-africaine avec la destruction à Tombouctou et Gao de plusieurs mausolées et autres symboles de la riche histoire africaine, et les lâches exactions commises sur de pauvres femmes et des populations désarmées par ces terroristes doublés de narcotrafiquants. Pire, des informations précises, indiquent que certains de ces pays - et non des moindres ! - soutenus par la propagande distillée par une chaîne de télévision qui se dit indépendante, participaient activement à entretenir ces groupes mafieux et criminels. Au nom d'une certaine Charia qu'ils rêvent de voir appliquée dans le monde libre ou par simple mépris (totalement injustifié) de l'Autre ?

Un fait saute aux yeux : les solidarités les plus fermes à l'endroit du Mali, membre à part entière de l'OCI, ne se sont manifestées que de la part des pays d'Afrique noire (membre de l'organisation ou pas) et des Etats et puissances occidentales. Or, tous ces Etats ont en commun le goût de la liberté, en dépit de la situation chaotique dans certains d'entre eux, notamment en Afrique. Au même moment, un autre pays musulman, la Syrie, dont la population est martyrisée par un clan installé autour de son président dictateur, faisait l'objet de toutes les attentions, y compris des pays africains.

Il est légitime de se poser la question de savoir pourquoi en tant qu'organisation politique censée défendre les intérêts des pays musulmans (dont le Mali), l'OCI n'a pas publiquement soutenu Bamako. Il est encore plus légitime de s'interroger sur le sens de l'appel de son secrétaire général Ekmeleddin Ihsanoglu alors que le même appel n'a jamais été lancé par l'OCI quand certains Etats membres de l'organisation s'engageaient dans des opérations militaires pour mâter des terroristes. Est-ce parce qu'ayant cru trop tôt l'affaire pliée (entendez par là accepter qu'une bande de voyous sans foi ni loi ramène l'Afrique au Moyen âge au nom d'un Islam inacceptable) ceux qui caressaient l'idée de soumettre des peuples "impies", passez moi l'expression, ont été tellement contrariés dans leur plan qu'ils se sont subitement souvenus qu'ils avaient une voix pour se faire entendre ? Comment pourrait-on justifier la position hilarante de la presse d'un pays voisin du Mali, pour qui l'intervention française est assimilable à du néo-colonialisme ? D'ailleurs entre une "colonisation" exercée par une France libre, cultivée et démocratique, et une dictature sauvage, entretenue par une bande de soudards analphabètes, y a-t-il un choix à faire ? De qui se moque-t-on en fin de compte ?

Certains pays voisins du Mali avaient largement les moyens de freiner l'avancée des djihadistes qui, en provenance de Libye, ont inévitablement traversé leur territoire pour fouler le sol malien. Ils ont manqué à leur devoir vis à vis du peuple malien pour régler des comptes mesquins avec le pouvoir de l'ancien président Ahmadou Toumany Touré, mais derrière cette attitude il y avait sans doute l'idée de transformer le Mali en poubelle pour fanatiques incontrôlables comme cela s'est passé en Afghanistan. Ils ont joué cette carte en perdant de vue le danger que pourrait représenter pour l'Afrique toute entière et pour les nations occidentales un territoire grand comme le Mali sous joug islamiste radical. Après avoir voulu nous imposer un "dialogue" (de dupes) boiteux, ils en sont réduits à organiser des séances de rattrapage en affichant des positions tardives.

Pour sa part, malgré les sérieuses inquiétudes par rapport à la détention de six de ses citoyens en otage par des mouvements comme mafieux comme Aqmi ou le Mujao, la France a pris la décision courageuse d'intervenir militairement. C'est tout à son honneur et les Africains n'oublieront jamais ce geste plein de signification. "C'est dans les difficultés qu'on reconnaît ses vrais amis" (proverbe africain).

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07 novembre 2012

ELECTIONS 2012 AUX USA

Obama, le rêve continue...

Par Saliou Samb

barack_obama_thumbAu bout de l'une des campagnes les plus disputées de l'histoire des Etats Unis d'Amérique, Barack Hussein Obama a réussi à remporter l'élection présidentielle au nez et à la barbe du mormon Mitt Rommey qui a cru jusqu'au bout en ses chances de victoire.

Que se serait-il passé si le candidat Obama ne s'était pas rendu lors du premier des 3 débats organisés durant la campagne électorale, les mains dans les poches, considérant de haut son adversaire qui l'a finalement pulvérisé dans le débat axé sur l'économie ? Sans doute l'élection présidentielle américaine aurait été beaucoup moins disputée, sans doute le président sortant aurait eu l'opportunité de prouver les efforts importants qu'il a accomplis durant son premier mandat pour maintenir à flots l'industrie automobile et maintenir le taux de chômage à un niveau "acceptable", à 7,9%, quoique très loin des 5,5% promis en 2008. Sans doute, Obama se serait montré moins timoré sur la politique américaine vis à vis de la Chine, accusé de sous évaluer sa monnaie pour doper ses exportations, là où, et il a utilisé cet argument lors du second débat, il fallait tout simplement rappeler que Rommey était un des pionniers indirect de la délocalisation de certaines entreprises américaines... en Chine. 

Au vu du résultat provisoire, environ 303 délégués et légèrement devant son adversaire pour le vote populaire (contre environ 203 délégués pour Rommey), on peut dire "heureusement qu'Obama a eu la chance de se rattraper dans les 2 débats qui ont suivi le fiasco du premier !". Finalement, pour rappeler sa pique devenue célèbre suite à un propos de Rommey qui s'offusquait de la réduction du nombre d'avions de combat de l'armée américaine, la cavalerie et les baïonnettes ont fait leur job. "Monsieur le gouverneur, vous pouvez aussi dire que nous avons moins de chevaux et de baïonnettes", avait cyniquement répliqué Obama, un brin méprisant face à tant d'inculture.

Mitt Rommey avait beau chercher à vendre son image d'ancien chef d'entreprise, il avait commis sur le statut de Jerusalem (capitale naturelle de l'Etat Hébreu selon le mormon), sur ses jugements par rapports à la Grande Bretagne à l'occasion des jeux olympiques de Londres (avec des critiques aussi maladroites qu'inutiles), sur le plan de sauvetage de l'industrie automobile américaine (il voulait accélérer la faillite des majors là où Obama a choisi de les refinancer pour éviter la catastrophe) mais surtout sur "ces 47% d'Américains qui ont une mentalité de victimes", des erreurs fatales. Si les Américains, avaient fermé la paranthèse Obama pour un homme aussi guindé, aussi décalé de la réalité, qui a eu le toupet de choisir une tribune entre 4 murs dans une rencontre de donateurs pour lancer des attaques aussi méprisantes vis à vis de la moitié des Américains dont il prétendra plus tard avoir besoin des voix, ç'aurait été une très grande déception.

La crise financière qui frappe le monde depuis le milieu des années 2000 est d'abord le fait du libéralisme débridé défendu par Rommey, des mauvais choix d'un George Bush fils qui et sur l'Irak et sur bien d'autres sujets aurait pu faire de bien meilleurs choix. Rommey voulait remettre au goût du jour le style Bush qui a fait tant de mal à l'Amérique. Ses compatriotes lui ont dit non.

Revenu de l'enfer après son premier débat (véritable déclencheur du faux suspense qui a tenu en haleine ceux qui ont suivi l'élection), Obama a sans doute retenu la leçon (d'humilité). Et pour les 4 prochaines années, poursuivant son rêve à la tête de la nation la plus puissante du monde, il n'aura plus aucune excuse.

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20 octobre 2012

INTERVENTION ARMEE NORD MALI

Allez-y, négociez avec les fanatiques !

Par Saliou Samb

amputationLe nord Mali est depuis 7 mois la proie d'intégristes musulmans partisans de l'application rigoureuse d'une charia qu'ils veulent imposer au monde négro-africain. A notre avis, sous le mince vernis du combat religieux, la tentative de déstabilisation du mode de vie des Maliens n'est que l'illustration du mépris affiché par une bande de barbares illuminés et incultes. Devons-nous nous laisser faire ? En observant l'image de cet homme amputé par les islamistes, la réponse coule de source.

Allez-y, négociez avec ces fanatiques enturbannés, ces barbares aux sourires féroces qui ont fini par se convaincre qu'ils sont les missionnaires de Dieu. Allez-y, foutez-vous de nos gueules, acceptez l'inacceptable au nom de la "récompense éternelle". Allez-y, suivez tous ces diplomates en costards cravates regroupés dans des endroits aseptisés, partisans du dialogue - et donc du statu quo -, indifférents à la souffrance des peuples du nord Mali humiliés et réduits à l'esclavage. Oui, suivez-les, sans perdre de vue que ce sont eux qui négocient directement le montant des rançons avec les terroristes.

Vous êtes-vous interrogés sur l'origine des moyens qui leur ont permis de construire de véritables châteaux dans leurs pays et de mener un train de vie qui pourrait faire pâlir d'envie les plus riches d'entre vous ? Allez-y, donnez leur encore plus de temps pour se livrer à leur sale besogne, à leurs bas trafics...

Allez-y, négociez avec ces terroristes moyenâgeux, trafiquants de drogue et kidnappeurs. Allez-y, négociez avec ces soudards, tentez de les convaincre que la jeune fille a le droit d'aller à l'école et que cela contribue non seulement à son éducation mais aussi à celle du monde entier.

Allez-y, négociez avec des barbares du désert si raisonnables quand il s'agit de couper la main d'un présumé voleur déclaré "coupable" par un tribunal de fortune, si habiles pour loger une balle dans la tête d'un malheureux accusé de meurtre sans aucune enquête rigoureuse, et qui éprouvent du plaisir à réduire en bouillie les têtes de fornicateurs ! Il y a quelques semaines, un malheureux couple de Tombouctou, qui avait des enfants hors mariage, s'est retrouvé enseveli jusqu'au cou : nos juges et bourreaux enturbannés, pour "l'exemple", leur ont jeté des pierres à la tête jusqu'à ce que mort s'ensuive. Les enfants du couple peuvent noyer leur chagrin dans les larmes, au nom de Dieu...

Allez-y, négociez avec ceux qui en Afghanistan, n'hésitent pas à verser de l'acide au visage de pauvres jeunes filles innocentes et sans défense pour les empêcher d'aller à l'école. Allez-y, négociez avec les gens qui ont lâchement tenté d'assassiner une gamine de 14 ans, au nom de Dieu, parce que Malala (c'est son nom) refusait de baisser la tête et d'accepter qu'une bande sauvages lui bloque l'accès à l'école.

Allez-y, utilisez votre verbe si convaincant depuis 7 mois, mettez en branle vos arguments si rassurants, tentez de raisonner ceux qui ne connaissent et ne comprennent que le langage de la force. Allez-y, organisez d'inter(minables) conférences pour développer une "stratégie commune", abandonnez le terrain à ces gens sans foi ni loi, ces aventuriers de Dieu qui, en théorie tout au moins, ont décidé de sacrifier leurs plaisirs ici bas pour un monde où des "ruisseaux coulent éternellement".

Sont-ils si convaincus d'un au-delà meilleur ? Nous en doutons fort car entre leur méchoui de chameau et le sentiment de pouvoir absolu, leurs 4 femmes voilées de la tête aux pieds, leurs esclaves étoffant leur harem, toutes sans avenir autre que celui d'entretenir les caprices du mâle dominant, réduites à l'ignorance et l'état primaire,  il est clair que ces intégristes sanguinaires n'ont pas tout abandonné. Qui est fou ?

Allez-y, négociez avec eux et l'Afrique noire, privée de ses mausolées, de sa culture et de sa liberté, se développera avec des tapis de prière.

 

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07 juillet 2012

DESTRUCTIONS DES MAUSOLÉES AU MALI

Non, jamais nous ne croirons en votre Dieu (des ténèbres) !

Par Saliou Samb

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Une bataille cruciale se joue actuellement au Mali, un pays partagé entre une junte militaire égarée dans ses ambitions et des islamistes armés qui ont profité du manteau de la rébellion de bien naïfs Touaregs pour faire main basse sur toute la partie nord de ce pays phare d’Afrique noire. Entre une solution politique plus que boiteuse, défendue à la fois par le président burkinabé Blaise Compaoré et les principaux pays occidentaux, et une solution militaire envisagée par les Etats africains, les plus directement menacés par la crise, il faudra faire un choix rapide pour mettre un terme aux souffrances des populations aujourd’hui plongées dans les ténèbres d’un inadmissible obscurantisme.

La situation au Mali s’assimile à la tragédie du crapaud qui voulait être plus gros que le bœuf. Tombouctou, la ville du grand érudit Ahmed Baba (1), construite depuis des siècles sur un mélange d’idéologie islamique et de culture noire, est en train d’être saccagée par des voyous se réclamant de l’Islam. Gao, la ville des Askia, qui, dans le mouvement de Tombouctou,  a embrassé la religion du prophète Mohamed (Psl), souffre actuellement le martyre, du fait des mêmes individus violents dont le seul objectif est de contrôler la pensée de l’Homme. Des villes comme Tessalit et Kidal ne se portent guère mieux pour les mêmes raisons…

Ce qui se joue au Mali dépasse le simple cadre d’une guerre classique entre des individus sans foi ni loi, introduits maladroitement par une « rébellion » interne, et une armée malienne humiliée par tant de défaites militaires. Ce qui s’y joue, c’est un combat pour notre liberté à tous et qui ne saurait être mené par les Maliens seuls. Quand une bande de barbus, dangereusement endoctrinés par des thèses pseudo-religieuses, prône et défend une guerre « sainte » où la petite fille aura peur de se rendre à l’école pour éviter qu’on lui verse de l’acide au visage, où les femmes devront faire plus que se couvrir la tête, emprisonnées qu’elles seront dans une tenue aussi incommodante que ridicule (et qui n’a rien d’islamique !), où les hommes seront forcés à porter la barbe dans une dictature barbare qui contrôle même la longueur des tenues vestimentaires, il est vain de croire aux vertus du dialogue.

Ne sommes nous pas mieux placés pour comprendre le sens et l’enjeu de la liberté, nous, Africains, qui avons souffert de l’esclavage et qui avons subi les affres de la colonisation ?

La totalité des monuments détruits, tous sous la protection de l’Unesco, étaient plusieurs fois centenaires et faisaient la fierté des Africains en général et des Maliens en particulier. Ils nous permettaient, faute de mieux dans cette région ouest africaine, de conserver une partie de notre mémoire collective altérée par des siècles de falsification honteuse.

Au demeurant, la destruction d’aussi importants vestiges de notre histoire procède d’abord d’une volonté manifeste d’imposer aux Africains des 

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codes et une culture qui ne sont pas les leurs. Elle sonne comme une humiliation de plus que nous font subir des personnes qui, non contentes de nous obliger à choisir leur Dieu et leurs prophètes, usent aujourd’hui d’une violence aussi gratuite que bestiale pour effacer notre mémoire. Enfermés dans leurs mensonges (aucune de leurs thèses ne résiste à une vraie critique scientifique !), ces pillards qui savent qu’ils nous doivent tout, n’ont jamais renoncé à leurs velléités expansionnistes, comme cela se faisait au moyen âge. C’est une démarche totalement inacceptable.

Dans leur œuvre destructrice, le mépris affiché par les brigands de Tombouctou devrait sonner chez nous la révolte et nous obliger à nous remettre en cause dans nos relations avec les autres. Nous aurons aussi besoin de clarifier nos rapports avec certains Etats musulmans, clairement identifiés comme les bailleurs de fonds des terroristes islamistes qui pensent imposer la Charia en Afrique. Tant que nous continuerons d’accepter cette attitude condescendante de la part de gens qui ne sont rien d’autres que des mystificateurs du vendredi, notre sort sera celui d’une troupe qu’on grossit à volonté et qu’on mâte pour se faire plaisir. Notre destin d’Africains ne devrait pourtant pas se résumer à suivre la meute comme des êtres qui ont perdu tout sens de la douleur, comme une bande de moutons sans âme qui se contente de subir sans réagir. Le choc des cultures est inéluctable ; nous sommes dans l’obligation de l’assumer pour ne pas que, dans un future proche, une horde de sauvages réduise nos petits enfants  à l’esclavage. Et pour éviter un tel désastre, dans un élan commun, nous devons dire stop à tous ces farfelus qui sillonnent le monde, plastronnant dans différents palaces avec leurs faux complexes de supériorité. Nous devons dire d’une voix ferme et forte et qui aura plus beaucoup plus d’impact sur ce qui leur reste d’humanité qu’une hypothétique intervention militaire, même si cette dernière est vivement souhaitée : allongez vos barbes et raccourcissez vos pantalons mais jamais nous ne croirons en votre Dieu (des ténèbres) !

(1)    Le célèbre savant noir du XVII siècle, Ahmed Baba, fut l’un des plus grands théologiens du moyen âge. Son aura s’étendait bien au-delà de Tombouctou. Il détruisit dans une thèse argumentée la fameuse « malédiction » de Cham, le personnage biblique présenté par l’imaginaire collectif comme l’ancêtre des Noirs. Cham serait un fils de Noé.

Photos : Telegraph, AFP

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07 mai 2012

PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE

Bye bye Mister Bling Bling !

Par Saliou Samb

u1836-sarkonumbers2_0Il avait misé sur les divisions des Français, arpenté des chemins tortueux, repris à son compte les thèmes chers au Front national (nation, immigration, sécurité, etc) et promis à ses compatriotes, sans doute pour les amadouer, de relancer une croissance économique plombée par la crise financière. Il y avait mis son style propre, moulé à la fois dans un mélange de démagogie, de mépris, de prétention et de condescendance. Jamais vie privée d’un président de la république française n’a été aussi exposée pour son propre plaisir ! Même Felix Faure, mort en pleins ébats (le 16 février 1899), obligeant sa partenaire d’un après midi à filer à l’anglaise, n’était pas allé aussi loin. A l’heure des comptes, l’homme qui promettait à ses partisans une « France forte » s’est retrouvé, sous les coups de boutoir de son adversaire qu’il a trop longtemps sous estimé, le nez dans la poussière sans comprendre ce qui lui arrive.

De Nicolas Sarkozy, les Français retiendront sans doute l’image d’une personnalité incroyablement agitée, volontariste, s’affichant au Fouquet's quelques heures seulement après son élection, puis bronzant  à bord du « yatch d’un ami » et qui aimait à s’adresser à ses interlocuteurs sur un ton de donneur de leçons.  Imbu de sa personne, il cherchait surtout à jouer sur les peurs.  Les Français se souviendront également d’un président qui a voulu manœuvrer dangereusement pour imposer son fils à la tête du prestigieux quartier de la Défense. Passons, sur le projet de loi sur le « rôle positif de la colonisation » heureusement bloqué à temps. Passons également sur toutes ces décisions concernant la presse publique française cherchant tout simplement à assujettir cette dernière à son pouvoir ! Quid du projet de suppression du juge d’instruction, trop « libre » au goût de Nicolas ?

Les Américains trouveront « méprisable » (qualificatif donné par un éditorialiste du New York times à l’extrême droitisation du discours du désormais ex président français) cette course effrénée aux voix des militants de Marine Lepen. Les Asiatiques se souviendront de ses convictions changeantes dans le bras de fer qui l’a opposé à la Chine. Les Africains, eux, auront beaucoup de mal à oublier le « discours de Dakar », même s’ils ont découvert plus tard que le texte a été rédigé par un « mauvais génie » (son conseiller spécial, Henri Guaino). Evidemment, son ministre de l'intérieur Claude Guéant, l’homme pour qui « toutes les civilisations ne se valent pas » (il fallait oser le dire, sans blague !), taxé d’attaché de presse du Front national par un humoriste français, ne saurait impressionner Guaino au chapitre de boulettes…

Tout au long de sa présidence, Nicolas Sarkozy a en réalité tenté d’imposer une marque confuse : contre l’avis de bon nombre de ses compatriotes, il a reçu à grandes pompes un Mouhamar Kadhafi avant de lâcher quelques mois plus tard le dictateur de Tripoli. L’histoire dira plus tard si cette extension du mandat des Nations Unies était plus une volonté de solder des comptes personnels (1) ou s’il l’a réellement fait pour sauver le peuple de Benghazi.  Avec les mêmes honneurs, il a reçu le Syrien Bashar El Assad, celui-là même dont il a dénoncé, durant les derniers mois de son mandat, la boucherie orchestrée contre son propre peuple. Et par la suite, c’était pour faire la leçon à Laurent Gbagbo, quoique ce dernier ne soit pas un modèle.

Sarkozy, l’homme qui voulait nettoyer la « racaille » des banlieues parisiennes, était surtout un sacré personnage qui aimait passer pour quelqu’un qui avait de l’autorité, qui aimait les histoires sans maîtriser les contours des tensions inutiles qu’il provoquait (Islam de France et Islam en France, travail et vrai travail, la liste est trop longue), qui adorait parler d’histoire sans prendre la peine de donner à ce mot tout son sens.

L’échec  du 6 Mai est à donc un échec personnel du créateur de l’UMP. Comme les Sénégalais l’ont fait avec Abdoulaye Wade (battu par Macky Sall), ses compatriotes en élisant François Hollande, ont tout simplement voulu lui dire à Sarkozy, ce personnage atypique, aimant la vie, les discours lyriques et feux des projecteurs, « bye bye mister bling bling » !

(1) Le site médiapart à publié un document indiquant que Kadhafi aurait financé la campagne de 2007 de Sarkozy à hauteur de 50 millions d’euros soit deux fois plus qu’il n’en faudrait pour un campagne normale.

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28 février 2012

LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT ABDOULAYE WADE

Vous y croyez vraiment, maître ?

Par Saliou Samb

Cher maître Wade, je vous adresse ces quelques mots pour papoter un peu avec vous, loin des résultats farfelus de Serigne Mbacké Ndiaye ou de Farba Senghor, du bruit infernal des meetings politiques et du vacarme provoqué par les apprentis sorciers de tous bords. C’est vrai que vous n’êtes pas obligé de m’écouter, mais vous serez mal avisé d’ignorer mes remarques dans ce style bien à vous qui a causé votre perte. Avant de débuter mon propos, maître Wade, il me paraît important de dénoncer l’attitude pathétique de tous ceux qui, autour de vous, vous ont fait croire au père Noël durant cette éprouvante campagne électorale. Ce sont eux les traîtres ! Et je m’en explique.

ABDOULAYE-WADEEnfant, du temps de Léopold Sédar Senghor, lorsque les classiques de Jean de Lafontaine étaient encore rigoureusement enseignés, la fable du corbeau et du renard nous invitait à plus d’humilité dans notre misérable vie. Oui, maître, tout flatteur vit aux dépends de celui qui l’écoute ; vous l’avez oublié, aujourd’hui vous l’apprenez à vos dépends.

A présent, face à la froideur des résultats réels sur le terrain, que valent les gesticulations d’un Serigne Mbacké Ndiaye, les sorties hasardeuses d’un Farba Senghor ou les explications abracadabrantes d’un Iba Der Thiam devant la puissance et la fermeté de la voix du peuple ? Un score provisoire de 32,17%, vous l’avez reconnu vous-même ! Où sont les 53% qu’on vous avait promis « dès le premier tour » pour vous permettre de terminer vos « chantiers » ? Que vous a rapporté cette interprétation à géométrie variable de la nouvelle Constitution sénégalaise dont vous dites être l’inspirateur et dans laquelle vous juriez, face caméra, que vous aviez « bloqué les mandats – présidentiels - à deux » et que pour vous il n’était pas question de vous représenter en 2012 ? Que vous coûte aujourd’hui le départ de tous ces compagnons de lutte pour le Sopi, tout ce pouvoir remis à votre seul fils dans le but d’en faire, en vain, un individu respectable et surtout respecté des Sénégalais ? Que vaut en définitive votre appel lancé au dictateur Mohamar Kaddafi depuis Bengazi, « les yeux dans les yeux » et dans la foulée à Laurent Gbagbo, invitant tous les deux à quitter le pouvoir ? D’ailleurs qu’est-ce qui vous a pris durant toutes ces années de présidence passées à vouloir imposer votre fils à vos compatriotes, là où le bon sens vous commandait de préparer sereinement, dans votre parti, un dauphin qui aurait pu rectifier dans le bon sens ou poursuivre votre œuvre personnelle ?

« Ceux qui peignent les paysages se tiennent dans la plaine pour considérer la forme des montagnes et des lieux élevés ; et pour examiner les lieux bas, ils se juchent sur les sommets. De même, pour bien connaître la nature des peuples, il faut être prince ; pour connaître les princes, être du peuple », disait Nicolas Machiavel. Vous, l’homme du peuple, maître Wade, vous vous êtes terriblement mépris, par vanité et par orgueil, sur l’affection que les Sénégalais vous portent. Je crois que le plus grave dans votre démarche, c’est que durant vos années de règne, je n’ai jamais eu l’impression que vous avez réussi à prendre de la hauteur par rapport aux événements et aux crises que vous avez eu à gérer.

A vrai dire, maître Wade, jamais je n’aurais imaginé un seul instant,  au crépuscule de votre vie politique, après vos 26 ans passés dans l’opposition récompensés par 12 ans au pouvoir, que vous en seriez là, sans voix, le regard perdu, cherchant pour justifier votre démarche insensée à vous accrocher aux bras d’insignifiants flagorneurs comme ceux dont vous avez fini par aimer la compagnie.

Maître Wade, votre aveuglement vous a conduit à ruiner votre image auprès de générations d’Africains qui ont tant cru en vous. Vous avez anéanti leurs espoirs placés en votre personne en tentant de manière cavalière, à plus de 86 ans, de vous accrocher à un pouvoir usé, discrédité et décrié. Wax waxett (Ndlr : j’ai dit, je me dédis ! en langue Wolof), qu’est-ce qui vous a pris de plomber ainsi votre campagne électorale et ce qui vous restait de votre capital crédit ?

Attaqué et critiqué de toutes parts dans la perspective d’un second tour, rejeté en bloc par ceux qui ont catégoriquement refusé de voter pour vous (plus de 60% de l’électorat au moins), vous vous obstinez aujourd’hui à continuer à faire dans la diversion, en entretenant l’illusion d’une possible réélection. Franchement Maître, vous y croyez vraiment ?

Maître Wade, je ne vous apprends pas qu’il est très important pour un homme politique de savoir décrypter les signaux négatifs, surtout en fin de règne. Tout comme cela vous a été démontré au premier tour, si vous persistez à vouloir coûte que coûte faire durer un suspense qui n’en est pas un, vous ne susciterez que plus de rejet encore et plus de colère. Aucune œuvre humaine n’est parfaite et de ce point de vue, il vous appartient de tirer les conséquences de votre retentissant échec personnel en prenant la bonne décision qui s’impose désormais à vous. Au premier tour, j’ai l’impression que vous avez seulement été égratigné et ramené fort justement à la raison. Au second tour, soyez convaincu que vous serez humilié. 

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24 octobre 2011

LA LIBYE DE L'APRES KADHAFI

Vers une "démocratie" des intégristes musulmans ?

"Je sais que la non violence est infiniment plus grande que la violence elle-même. Mais s'abstenir de punir n'a de sens que lorsqu'il existe le pouvoir de punir. Cent mille Anglais ne sauraient effrayer Trois cent millions d'Indiens" (Mahatma Ghandi)

Par Saliou Samb

article_kadhafi_mortLes images d'un Kadhafi, décoiffé (tout un symbole), le visage en sang, tenant à peine encore sur ses deux jambes et malmené par une foule sauvage, puis couché à même le sol, comme un mouton ayant subi le supplice de la Tabaski (Eid El Kebir), avant d'être embarqué inerte dans un pick up rebelle, ces images là ont fait le tour de la planète. Au delà de cette scène lamentable, assaisonnée par la rhétorique hypocrite d'une coalition occidentale, se pose le problème d'un continent qui file tout droit dans le mur.

Il ne s'agit pas pour nous de défendre ici un homme que nous avons déjà décrit, à travers les colonnes de ce blog, comme un dictateur illuminé, violent, fantasque et dont le départ du pouvoir était plus que nécessaire : il s'agit de revenir aux principes de base qui permettent de distinguer clairement une société civilisée et une autre plongée dans la barbarie. Oui, par ses méthodes expéditives et cruelles, son égocentrisme démesuré, ses diatribes irresponsables, Kadhafi se comportait comme un être arriéré et complètement déconnecté de la réalité. Mais ceux qui, poussés par le "vent de la liberté et la soif de la démocratie", qui de gaieté de coeur (on revoit encore l'image de ce jeune homme se vantant de l'avoir frappé avec sa chaussure !) ont accepté de le lyncher et qui, une fois les mains couvertes de sang et les visages horrifiés, tentent de rattraper leur bourde en maquillant cette exécution sommaire par "une balle dans la tête" valent-ils mieux que lui ? C'est quoi l'intérêt de capturer un prisonnier de guerre aussi important qui devait s'expliquer sur sa gestion de la Libye (attentats terroristes, rébellions en Afrique, etc) et d'organiser une séance de torture pour l'exécuter sans jugement, sans saisir l'opportunité de lui démontrer que le meilleur des mondes est un monde libre ? Pourquoi les soldats du CNT se sont montrés aussi violents alors qu'ils avaient bel et bien le pouvoir de punir Kadhafi et sa clique ? Ces questions méritent d'être posées tant l'assassinat du dictateur libyen est à la fois suspecte, lâche et inadmissible.

Que ceux qui croient encore en ce Conseil national de transition (CNT) se préparent à déchanter : ces gens-là, quoique courageux et volontaristes ne feront pas l'affaire de la Libye. Et les indices pour appuyer la thèse de l'échec de la "révolution" ne manquent pas. Ils vont des déclarations dangereuses de Moustapha Abdeljalil, interdisant les banques classiques (pratiquant "l'usure"), à sa décision rappelant qu'aucune loi autre que celles inspirées de la Charia ne sera acceptée en Libye et sans oublier celle annonçant pompeusement le retour de la polygamie. Sans blague ! Et les thuriféraires de la "démocratie", ces défenseurs occasionnels des "droits de l'homme", parviennent encore à garder le sourire. Pourtant, nul besoin de dire que sans imposer un émirat islamiste, ces mesures semblent chimériques au 21è siècle...

A notre avis, le plus pire est à venir car, à côté, la Tunisie tend les bras aux islamistes d'Ennahda et personne ne serait étonné de voir l'Egypte, avec son armée aux moyens démesurés, tomber sous la coupe des Frères musulmans. De quel moyens disposerait une Afrique subsaharienne (excepté le Nigeria et l'Afrique du sud) face à la forte pression d'Etats aussi puissants régis par la Charia quand ces derniers voudront exporter leur loi au-delà de leurs frontières ? Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que le pouvoir algérien s'est montré très réservé vis à vis du CNT en rappelant le passé islamiste de la plupart de ses ténors (Ndlr : un ancien directeur des services de renseignements français n'avait réussi à obtenir que 14 noms sur les 40 qui composaient à l'époque la liste des nouveaux maîtres de la Libye, le reste étant sciemment dissimulé par le CNT). En clair, "nous ne sommes pas avec Kadhafi, mais nous n'avons pas confiance dans votre capacité à gérer un état démocratique en préservant un minimum de respect des droits de l'homme". Depuis que la cacophonie s'est installée autour du départ du fou de Tripoli, c'est à notre sens la position la plus intelligente de la part d'un pays africain directement touché par la crise libyenne.

C'est à partir de là que l'on mesure toute l'étendue de l'échec en Libye de la politique de l'Union africaine (UA), notre organisation fantoche qui, tout au long du "printemps arabe"  - annonçant finalement un hiver glacial -, a voulu gérer une "affaire de famille". C'est cette approche pathétique et frileuse, pendant que l'OTAN formait sa coalition, pendant que l'ONU faisait voter une résolution autorisant la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne et des frappes ciblées pour "préserver la vie des civils" (la ficelle était trop grosse), qui est aujourd'hui à la base de le drame qui risque de se dérouler sous nos yeux, en Afrique du nord.

Au nom d'une certaine intangibilité des frontières, nos minuscules chefs ont préféré préserver leurs relations tumultueuses avec un Kadhafi ingérable à la bonne décision qu'il fallait prendre à l'époque, dès après les premières frappes aériennes occidentales, à savoir lâcher le dictateur de Tripoli pour accélérer sa chute dans la dignité. Une décision qui aurait eu au moins le mérite de permettre à l'UA de garder la main...

Après une telle faute de prévision, comment l'organisation continentale va parvenir à influencer le cours des choses en Libye ? Comment va-t-elle rendre sa voix plus audible que celles d'un Sarkozy et sa perception du "paysan africain" (discours de Dakar), d'un Berlusconi empêtré dans ses histoires de moeurs, surtout après avoir fermé les yeux sur les humiliations subies par les négro-africains à Tripoli, Bengazi, Misrata, etc ? A moins d'une brouille avec leurs alliés occidentaux, aggravée par d'éventuelles erreurs de Abdeljamil et ses compagnons de lutte dans la gestion de la société libyenne, qui obligeraient le CNT à faire appel à l'étranger pour éteindre des tensions en Libye, on voit mal comment notre organisation continentale va empêcher les islamistes de faire main basse sur ce pays stratégique. Voilà où nous en sommes : l'histoire s'est encore une fois déroulé sous nos yeux et, même si cela est très insuffisant, nous ne pouvons rien faire d'autre que croiser les doigts et prier.

PS : Photo prise par un journaliste de l'AFP à travers des images filmées à partir d'un téléphone portable

 

 

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